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Vers des débats parlementaires en mode The Voice ?
Jean-François Pütz  •  8 mai 2014

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Une fois n’est pas coutume, un peu de légèreté dans cette rubrique souvent teintée de dispositions législatives abstraites, de « nonobstant », ou encore de « sous réserve de… ». A l’instar d’un concept en vogue dans le CoDT, je m’autorise un « écart »… Un petit clin d’œil pour mettre en avant l’agenda pour le moins chargé de nos députés wallons ces dernières semaines. Et pour cause…

Au cas où vous reviendriez de la planète mars et que la chose vous aurait échappé, des élections se tiendront le 25 mai prochain. Bien que ce soit un peu raccourci, qui dit élections, dit fin de législature ; qui dit fin de législature, dit fin de l’activité parlementaire. Le Parlement wallon n’échappant pas à la règle, l’activité parlementaire est donc ajournée depuis ce 25 avril.

Les semaines qui précèdent le terme d’une législature s’avèrent généralement très chargées vu que les dossiers doivent être clôturés. Le travail législatif fut donc particulièrement intense avec des réunions qui se sont enchainées bien au-delà de la fréquence habituelle des commissions parlementaires. Alors que ces dernières se réunissent généralement tous les 15 jours, force est de constater que certaines commissions ont tourné à plein régime avec deux voire trois séances par semaine. Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, ces commissions visent notamment à débattre des différents projets et propositions de textes législatifs.

Parmi les travaux parlementaires qui ont retenu l’attention, l’on peut notamment pointer les discussions relatives au CoDT (Code de développement territorial) avec pas moins de 250 heures de réunions en commission dont certaines se sont terminées aux petites heures de la nuit (1h50, 2h10, 2h54, 5h35). Les comptes rendus des différentes réunions n’indiquent pas si les parlementaires venaient munis de leur sac de couchage et de leurs charentaises ; quoiqu’il en soit les nuits étaient courtes (ou longues selon les points de vue). Reste à espérer que les quelques heures de sommeil qu’ils s’accordaient leur permettaient de dormir du sommeil du juste. Appelés à assimiler un nombre innombrable d’articles de loi, je serais curieux de savoir combien se réveillent en sursaut en pleine nuit, cauchemardant qu’ils se font attaquer, par exemple, par un périmètre U ?

A l’instar de certains palmipèdes que l’on rassasie goulûment les semaines précédant les fêtes de fin d’année (âmes sensibles sautez directement ce paragraphe), le gavage législatif serait-il sur le point de voir le jour ? Ne m’en tenez pas rigueur, l’image n’est probablement pas des plus élégante, j’en conviens, mais vu la fréquence des réunions en commission, on pourrait imaginer sans trop de difficulté le parlementaire regardant vers le ciel, bouche grande ouverte, l’entonnoir de circonstance dans lequel l’on ingurgite la dizaine, voire la centaine, de dispositions législatives tout texte confondu. Quoiqu’il en soit, avec ce qu’ils doivent digérer, la crise de foie est proche et la cirrhose législative pourrait s’avérer imminente…

Pas simple tous les jours la vie de nos députés qui plus est au moment du rush parlementaire final. D’autant plus difficile de faire des heures supp en cette période de l’année où les beaux jours reviennent, les travaux au jardin s’amoncellent, les classiques ardennaises font leur grand retour, les play-offs 1 et la ligue des champions entrent respectivement dans leur phase décisive sans parler, bien que plus à la marge, de la préparation de la campagne électorale.

A l’inverse, on ne va pas non plus plaider pour que nos représentants débattent en mode « divertissement » de textes de loi qui affecteront le quotidien des citoyens. Imagineriez-vous une seule seconde une discussion sur le CoDT, le Code wallon de l’agriculture, le décret éolien en mode The Voice ? Le ministre présente le projet de décret devant tous les fauteuils des parlementaires qui lui tournent le dos et, au moment de la présentation du permis parlementaire par exemple, tous les députés buzzent à l’unisson en disant « PeP ! I want you » ! Non moi, je vous le dis, c’est pas crédible.
Au vu de tous ces éléments et, indépendamment du fond des dossiers et même si on ne partage pas toujours leurs idées, leurs réflexions, un petit hommage semble de circonstance face à ce rythme « rock and roll ».

Si les députés manipulent le verbe avec une certaine dextérité, s’ils sont souvent à l’affut d’un bon mot, d’un trait d’esprit, de petites piques assassines ou de grandes tirades au picrate, l’on ne peut rester de marbre à cette déclaration d’un député qui semble sincère lequel, au terme d’une séance nocturne en commission, déclarait face au rythme soutenu des réunions : « J’aimerais bien arriver vivant aux élections ».
Monsieur le député, c’est tout le mal que l’on vous souhaite.