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VICTOIRE ! (Place à d’autres batailles)
La Pastèque  •  1er octobre 2015  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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Camarades, militants ou sympathisants de la cause environnementale, membres actifs, passifs et dubitatifs de la base sociétale du développement durable, les raisons de nous réjouir sont rares : malgré notre mobilisation, la planète qui nous héberge morfle sans cesse davantage et les indicateurs de son état affichent tous le rouge-écarlate du danger.
Cent fois, mille fois, nous aurions pu succomber à la tentation de la résignation ; nous avons su résister et nous en sommes aujourd’hui récompensés par une victoire qui marquera non seulement l’histoire de nos luttes mais aussi celle de l’humanité !
Car oui, Oui !, OUI !!!!, camarades, nous avons gagné ! : le combat contre le réchauffement global et ses conséquences climatiques est bel et bien devenu une priorité majeure chez nos décideurs.

A coup sûr, des esprits chagrins, pessimistes congénitaux, misanthropes négativistes et autres peines-à-jouir catastrophistes objecteront que « rien n’est fait », que « l’on est encore très loin des engagements contraignants et équilibrés indispensables à la sauvegarde d’un écosystème viable ».
Ignorons ces aigris permanents et ces pleureuses patentées. Ni leur bile, ni leurs larmes, ni leurs litanies mortifiantes ne pourront effacer l’évidence des faits et encore moins celle des chiffres : notre cause rassemble, notre cause triomphe !

Aujourd’hui, camarades, le Pape François est avec nous !
Son encyclique « Laudato Si’ » [1] présentée le 18 juin dernier reprend quasi mot pour mot notre message : l’homme est le « principal responsable » du changement climatique, tous les gouvernements doivent agir sans délai pour éviter la « catastrophe » et les pays riches cesser de faire porter aux plus pauvres les conséquences de leur mode de vie « consumériste » et de leur « gaspillage ». Comme nous (ou, plus exactement, certains d’entre nous), François prône « une certaine décroissance dans quelques parties du monde » pour permettre « une saine croissance en d’autres parties » et critique vivement le pouvoir de la finance en constatant que « la soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des sommets mondiaux sur l’environnement ».
Avec lui et son statut d’infaillibilité, ce sont 1,2 milliard de catholiques qui pèsent à nos côtés !

Mais ce n’est pas tout, camarades : aujourd’hui, la communauté musulmane partage elle aussi notre combat !
Une soixantaine de ses leaders (dignitaires, enseignants religieux, etc.) venus de 22 pays et réunis en symposium à Istanbul ont en effet publié, le 18 août, une « Déclaration islamique sur le changement climatique » [2] dans laquelle, après avoir dénoncé « la cupidité humaine » et « l’utilisation déraisonnable et court termiste des énergies fossiles », ils pressent les dirigeants internationaux de trouver un accord sur le climat ambitieux, avec des objectifs clairs et des moyens contraignants pour les faire respecter. Le texte insiste en outre sur la nécessité de veiller aux populations les plus fragiles et de laisser un monde viable aux générations futures. Mieux : il appelle à laisser « plus de deux tiers des stocks d’énergies fossiles dans le sol et investir massivement dans les énergies renouvelables » ! C’est quand même sacrément culotté quand on sait que cinq des dix pays plus gros producteurs de pétrole sont musulmans !

Imaginez la tête de Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, souverain d’Arabie Saoudite, qui gouverne son pays, premier producteur mondial d’or noir [3], selon les préceptes de l’islam le plus strict/réactionnaire/obscurantiste (biffez les mentions inutiles) et qui se voit inviter par les autorités dudit islam à renoncer à l’essentiel de ce qui fonde sa richesse, son pouvoir, la puissance de son Etat. (Au moins a-t-il la chance d’avoir encore une tête, lui qui cautionne des décapitations à tour de bras au nom du Coran.)
La pilule doit lui paraître d’autant plus amère que le directeur du département des fatwas et des jugements sur la charia de l’académie d’Arabie Saoudite fait partie des signataires de la déclaration. Même si, contrairement à la multinationale catholique gérée en direct par le Pape, le consortium Allah & Mahomet ne dispose pas d’une voix forte et unique pour guider ses membres invités à se référer à des prédicateurs décentralisés, il sera difficile à Sa Majesté de feindre ignorer une position portée par un de ses plus proches conseils…

Par-delà cet exemple symbolique, la « Déclaration islamique » concerne un public potentiel de 1,6 milliard de personnes qui s’ajoutent aux 1,2 milliards de fidèles catholiques déjà comptabilisés, ce qui fait 2,8 milliards de croyants spirituellement et hiérarchiquement ralliés à la cause !
Si on y ajoute les 350 millions (selon la police) à 1,7 milliards (selon les organisateurs) de bouddhistes theravâda, mah ?y ?na et vajray ?na dont la pratique se fonde précisément sur un respect intégral de la nature et du vivant, on arrive à un total compris entre 3,15 et 4,5 milliards de terriens. Si ça, ce n’est pas une sensibilisation de masse… !

Evidemment, les pisse-froid se plairont à railler le caractère abstrait et lointain de cette mobilisation. Mais raillera bien qui raillera le dernier ! Car notre succès se manifeste également ici et maintenant, largement et concrètement. La preuve : fin septembre, un collectif de signataires parmi lesquels le Bond Beter Leefmilieu, la Fondation pour les Générations Futures, Goodplanet ou encore Natuurpunt cohabitent avec Solvay, Unilever, Union Chimique Belge, Electrabel, Nestlé, etc. (ce qui, notons-le, atteste de l’ouverture d’esprit d’un milieu associatif souvent taxé d’intégrisme !) publia dans « Le Soir » une tribune intitulée « Il faut viser un accord ambitieux à la Conférence sur les changements climatiques  ».
Certes, ce texte prête une portée particulièrement limitée au terme « ambitieux » et énonce sans ambiguïtés les motivations avant tout économicistes de certains signataires mais il a le mérite d’exister. En dépit de toutes ses limites, il tranche radicalement avec l’immobilisme longtemps prôné par le monde des entreprises.

Pas encore convaincus ?
Et voir nos ministres fédéral et régionaux en charge de la problématique climatique lancer une mobilisation « Un clic pour le climat !  » [4], ce n’est pas un signe fort, ça ?
Jusqu’ici, ce genre de campagne relevait de l’action des associations environnementales désireuses « d’envoyer un signal fort à nos représentants ». Nonobstant le fait que certains fulmineront sans doute de voir les pouvoirs publics les priver d’une raison d’être et du budget y afférent, cette appropriation de la démarche par le politique n’est pas anodine.

Sachant que, par ailleurs, Ban Ki Moon (Secrétaire général de l’ONU), Barack Obama, Arnold Schwarzenegger, Bartholomé 1er de Constantinople, Claude Lelouch, Edgar Morin, les boss du G7 (qui proposent de faire passer à 70% les réductions d’émissions de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à leur niveau de 2010 !), Muhammad Yunnus, Nicolas Hulot, Leonardo Di Caprio, Monsieur Istasse (mon boucher), Swamiji Amritasvarupananda, Adolfo Pérez Esquivel, Nathalie Kosciusko-Morizet, Noam Chomsky, Desmond Tutu, Naomi Klein et des milliers d’autres personnalités internationales [5] se sont engagées publiquement pour demander des mesures immédiates, fortes et contraignantes de lutte contre le réchauffement global, vous conviendrez qu’on a drôlement bien travaillé !
Non seulement les leaders d’opinion de toutes natures et obédiences ont été pleinement conscientisés mais la question climatique figure aujourd’hui en haut de l’agenda des décideurs politiques et économiques. Ne rechignons pas à savourer cette victoire… et passons à la prochaine bataille.

Evidemment, on peut déplorer que l’immense majorité du « grand public » s’intéresse à l’enjeu sans ressentir le besoin de s’engager tant soit peu dans ce combat. Etre informé et conscient du problème est une chose ; avoir la volonté de s’activer à la folie, passionnément, beaucoup ou même un peu pour le solutionner en est une autre sans commune mesure. Trop éloigné. Trop abstrait. Trop flou. Trop vaste. Trop complexe. Trop « trop ». Pas envie de se charger la (bonne ou mauvaise, c’est selon) conscience pour préserver l’avenir quand on a déjà tellement de mal à gérer le présent.
Il est mal vu de l’écrire mais le fait est que les manifestations annuelles pour la cause peinent à rassembler au-delà de 1.500 convaincus. Et il sera sans doute tout aussi mal vu de l’exprimer sans ambages mais il apparaît évident que les actions présentes et à venir prétendant rallier les foules au combat climatique ne serviront de facto que la visibilité et l’ego de leurs initiateurs. L’essentiel et l’accessoire ont déjà été dits, écrits, montrés en faisant appel tantôt à la raison, tantôt aux bons sentiments, tantôt à la révolte ; ce n’est ni un film, ni un livre, ni une campagne de com., ni une exposition de plus qui pourront encore apporter quoi que ce soit. Bien sûr, libre à chacun(e) d’encore y consacrer temps, énergie et finances mais sans (se) leurrer sur l’impact de sa démarche : les cartes sont toutes aujourd’hui entre les mains du politique.

Ce qui importe à présent, c’est orienter les choix à faire pour combattre les causes du réchauffement global et limiter ses conséquences. Car si (quasi) toutes les parties concernées sont désormais conscientes du mal, l’unanimité est loin d’être de mise quant aux remèdes permettant de l’éradiquer. On s’accorde sur le fait qu’« il faut réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre » mais, en l’état, c’est plus une incantation qu’une solution.
Comment mettre efficacement en œuvre cette réduction drastique : par des mesures politiques contraignantes ou en misant sur la bonne volonté populaire ? En adaptant notre modèle économique ou en le changeant radicalement ? En assumant l’impopularité d’un discours de restriction ou en vantant une utopique « transition heureuse » ?

Le temps pour éviter le pire nous est compté et il faut oser choisir entre la chèvre et le choux, entre « une certaine décroissance dans quelques parties du monde permettant une saine croissance dans d’autres parties », telle que prônée par le Pape François, et la croissance verte, « l’économie bas carbone » mais fidèle aux dogmes productiviste et consumériste, défendue par les entreprises et leurs alliés soumis. Il n’y a pas d’alternative et le mouvement environnemental doit se positionner sur ce choix de société voire de civilisation puis le défendre pied à pied.

Prôner un changement de paradigme sans préciser les contours de celui à mettre en place n’est pas tenable ; se contenter de vanter les mérites des initiatives citoyennes de résilience, c’est conduire l’humanité au peloton d’exécution en sifflant « What a wonderfull world ». C’est aussi, accessoirement, laisser le champ libre à ce et à ceux que l’on prétend combattre. Il serait regrettable qu’à l’instar des syndicats accusés d’être les alliés objectifs du patronat, le mouvement environnemental se voit demain taxé de complaisance voire collaboration avec « l’ennemi »…


[3Avec 11,75 millions de barils par jour, l’Arabie Saoudite représente plus de 13% de la production pétrolière mondiale. Le pays devance les Etats-Unis (11,44 millions barils/jour), la Russie (10,44), la Chine (4,197) et le Canada (3,856). L’Iran, les Emirats Arabes Unis, l’Irak, le Mexique et le Koweït complètent le Top 10. Source : Agence Internationale de l’Energie (AIE)

[4Campagne lancée le 20 septembre par Marie-Christine Marghem, ministre fédérale de l’Environnement et ses collègues régionaux Céline Fremault (Bruxelles), Joke Schauvliege (Flandre) et Paul Furlan (Wallonie) lors de la Journée sans voiture de Bruxelles. Site : http://www.climat.be/fr-be/1clic/ appelant les citoyens belges à dire « Oui à un accord ambitieux sur le climat à Paris »



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