10 ans de politique européenne de carburants ont accru la dépendance de l’UE à l’égard des biocarburants non durables.

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La soif de biodiesel de l’Europe pour alimenter ses voitures et ses camions a probablement fait disparaître des forêts de la taille de 1.3 fois la Belgique depuis l’introduction de la loi européenne sur les carburants verts en 2010 1. Une nouvelle étude de T&E appelle l’UE et ses états membres à mettre immédiatement un terme à tout  soutien au biodiesel de palme et de soja. Ceux-ci augmentent la déforestation, entrainent une perte d’habitat pour la biodiversité, tandis que la consommation de biodiesel à base d’huile de palme et de soja émet 3 et 2 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le pétrole.

En 2009, la directive européenne sur l’énergie renouvelable (RED) fixait un objectif de 10 % d’énergies renouvelables dans le transport d’ici 2020 pour chaque état membre. Cette législation a  eu pour effet de faire exploser la demande de biodiesel bon marché issu des cultures, comme l’huile de palme et le soja provenant principalement d’Asie et d’Amérique du Sud. La consommation européenne est la cause de la déforestation de 4 millions d’hectares de forêts et de la destruction de 10% de l’habitat des orangs-outans dans le monde 2.

Laura Buffet, directrice énergie chez T&E, a déclaré : « Dix ans se sont écoulés depuis cette loi sur les carburants « verts »… Résultat : Une déforestation effrénée, des habitats détruits et des émissions pires que si nous avions utilisé du diesel polluant à la place. Une politique qui était censée sauver la planète est en train de la détruire. Nous ne pouvons pas nous permettre une autre décennie de cette politique ratée. L’électricité renouvelable doit être le carburant, pas les biofuels ».

Le rapport montre aussi que la Belgique est un des principaux pays consommateurs de ces huiles néfastes pour l’environnement. Elle a ainsi consommé 0,7 million de tonnes de matières premières pour la production de 0,5 million de tonnes de biodiesel  en 2020. (voir graphique ci-dessous)

Notons que la directive REDII mise à jour en 2018 prévoit un  gel des volumes d’huile de palme consommée depuis 2019 et leur élimination progressive d’ici 2030, et ce, à partir de 2023. Pour T&E, ce timing est beaucoup trop lent.  En outre, il y a un risque que l’huile de palme soit simplement remplacée par le soja et d’autres huiles végétales, qui favorisent également la déforestation.

Laura Buffet conclut : «L’histoire nous montre  que l’huile de palme est peut-être la pire, mais le constat est que les producteurs se contenteront de se tourner vers ce qui est bon marché. En réalité, si nous n’agissons pas maintenant, l’huile de palme sera remplacée par le soja ou d’autres huiles vierges, déplaçant ainsi le problème d’une région du monde à une autre. Les biocarburants issus de cultures ne sont pas la solution pour les transports en Europe et ils ne le seront jamais. »

Annexe : Quelques faits

  1. L’Europe a brûlé environ 39 millions de tonnes de biodiesel de palme et de soja dans ses voitures et camions depuis 2010, émettant jusqu’à trois fois plus d’émissions de CO2 que le diesel fossile qu’il a remplacé. Selon T&E, l’UE doit supprimer progressivement le soutien à tous les biocarburants d’ici à 2030 au plus tard dans le cadre de son prochain paquet « Fit for 55 » et dans le cadre de la révision de la RED : (RED II).
    « Trends in the final use of rapeseed, palm and soy oils in Europe »
  2. Les huiles végétales vierges (colza, palme, soja) représentaient près de 80 % des matières premières utilisées dans la production de biodiesel de l’UE en 2020 et la demande totale de biodiesel a augmenté, bien que la demande globale de carburant ait diminué pendant la pandémie. Certains pays européens comme la Belgique, l’Allemagne et l’Italie ont augmenté leurs mélanges de biocarburants, tandis que d’autres ont maintenu les volumes constants pour atteindre les objectifs de conformité de l’UE. L’huile de palme a atteint son niveau le plus élevé, couronnant une décennie de croissance qui a vu la consommation d’huile de palme tripler.
  3. La capacité de production de graisses animales utilisées dans le mélange d’alimentation du biodiesel a augmenté également (+30% par rapport à 2019) soit un total  de 0,7 million de tonnes de carcasses d’animaux domestiques et autres utilisées pour faire du biodiesel.
  4. La capacité de production d’huile végétale hydrogénée HVO devrait doubler d’ici à 2025, et la plupart de ces capacités supplémentaires sont proposées par des compagnies pétrolières telles que Neste, ENI, Total, Repsol et Preem, d’où le risque d’une augmentation spectaculaire de la demande de matières premières non durables pour les biocarburants. Ce n’est que très récemment qu’un groupe de 5 pays (Belgique, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas et France) ont signé une déclaration commune demandant une meilleure supervision publique et privée des chaînes d’approvisionnement en carburants renouvelables.

« Traduction du communiqué de presse de T&E »

Contact

Arthur Fonsny – +32 479 03 21 41 – a.fonsny@iew.be@arthur_fonsny


 

  1. The yield for palm oil is 3.16 tonnes per hectare whereas for soy oil it is 0.5 tonnes per hectare. The EU’s maximum annual consumption over the last decade of these feedstocks used for biodiesel is used to calculate the amount of land, assumed to have displaced forests, resulting in 4 million hectares.
  2. 1.1 million hectares of land is required for palm plantations in what were Indonesian and Malaysian forests, the last refuge for the remaining orangutan population, estimated to be 65,000 in 2017 with a population density of 0.45 to 0.76 individuals per square kilometer.

Arthur Fonsny

Climat & Énergie