100% renouvelable en 2050 : c’est parti !?

100% renouvelable en 2050 : c’est parti !?

Depuis quelques années, plusieurs études[[RE-thinking 2050 – A 100% renewable vision for the European Union, scenario de l’EREC
http://www.rethinking2050.eu/fileadmin/documents/ReThinking2050_full_version_final.pdf
Energy [RE]volution – Greenpeace ]]
envisagent un approvisionnement énergétique basé à 100% sur les énergies renouvelables au niveau européen. Celui-ci apparaît donc de moins en moins comme une utopie ou un vœu pieu d’une frange marginale d’écologistes. Alors que plusieurs pays comme l’Allemagne ou le Danemark dessinent les contours de leur futur paysage énergétique en s’affranchissant peu à peu du nucléaire et des énergies fossiles, la Belgique n’a pas encore défini une vision précise en la matière. Une étude réalisée au niveau national vient d’attester la faisabilité d’un objectif 100% renouvelable à l’horizon 2050 et propose différents scénarios pour l’atteindre.

A l’initiative des quatre ministres belges de l’énergie, le Bureau fédéral du Plan (BFP), l’Institut de Conseil et d’Etudes en Développement Durable (ICEDD) et le Vlaamse Instelling voor Technologisch Onderzoek (VITO) ont analysé la faisabilité de faire évoluer le système énergétique[[Ensemble de l’énergie primaire consommée en Belgique, à l’exclusion de la consommation d’énergie du transport maritime et de l’aviation]] du pays vers un approvisionnement exclusivement basé sur les énergies renouvelables à l’horizon 2050. L’étude « Towards 100% renewable energy in Belgium by 2050 » est remarquable et a une portée, on l’espère, plus que symbolique.

Le but de cette étude n’est pas de dessiner la voie « royale » pour atteindre cet objectif mais d’étudier différentes trajectoires et d’en estimer les impacts socio-économiques. Ainsi, parallèlement au scénario de référence, six trajectoires ont été définies, s’appuyant respectivement davantage sur une source renouvelable (SER) ou sur une contrainte imposée au modèle. Il faut noter que, parmi ces six scénarios, celui qui impose un approvisionnement en ressources renouvelables exclusivement locales (sauf biomasse importée et éolien offshore) et une demande en services énergétiques supposée inélastique, la demande n’est pas sensible à l’évolution des prix et ne constitue pas un variante influençant le scénario, n’est pas faisable dans le cadre défini par les hypothèses de l’étude. Les cinq autres scénarios alternatifs « 100 % » exploitent le potentiel des différentes SER, limité par des contraintes (techniques, planologiques, sociales, de durabilité). Ces contraintes sont partiellement levées dans l’un ou l’autre scénario. La palette de trajectoires est composée de:

  • un scénario basé sur un approvisionnement local et caractérisé par une faible demande de services énergétiques (sensibilité aux prix élevés de l’énergie) ;
  • un scénario basé sur un mix renouvelable, dont l’insuffisance au niveau domestique est compensée par une plus grande capacité d’importation d’électricité ;
  • un scénario basé sur un recours important à la biomasse, dont le potentiel mondial n’est plus ici réparti au prorata de la population belge mais en fonction du PIB2050 ;
  • un scénario basé sur une levée de certaines contraintes relatives à l’installation de panneaux photovoltaïque ;
  • un scénario basé sur une levée de certaines contraintes relatives à l’installation d’éoliennes, onshore et offshore

Au-delà des résultats qui démontrent que ces cinq scénarios sont réalisables, d’autres enseignements importants peuvent être tirés de cette étude en ce sens qu’ils impliquent les différentes sphères de la société belge, politique, citoyenne, industrielle.
Le premier enseignement est qu’un approvisionnement exclusivement basé sur des ressources renouvelables est bel et bien possible à un coût plus ou moins élevé selon qu’on considère tous les avantages que peut apporter cette transition énergétique. L’étude estime un surcoût de l’ordre de 2% du PIB ou 20% par rapport au scénario de référence. Les disparités du coût global entre scénarios sont à considérer de façon plus précise (hypothèses sur l’évolution des prix, sur le développement de solutions de stockage, sur les investissements réseaux…). On peut d’ailleurs critiquer le choix de privilégier une certaine forme d’ « autarcie énergétique » ce qui nécessite de développer au maximum les solutions de back-up et de stockage pour pallier la forte part d’intermittent. La Belgique est au cœur d’un continent qui, on l’observe chez nos voisins, tend à développer ses potentiels renouvelables et mise sur un renforcement des capacités d’interconnexion à l’échelle européenne.

Si le surcoût a de quoi rendre certains frileux, des avantages, traduits financièrement, sont également pointés par l’étude. Lorsque les coûts évités en termes d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques sont internalisés (évitement des dommages dus aux émissions de GES), certains scénarios enregistrent une « facture globale » positive, avec un bénéfice net allant jusqu’à 10 milliards d’euros en 2050[[ce bénéfice dépend des hypothèses qui sous-tendent le coût des dommages causés par les émissions de GES, notamment le prix de la tonne de CO2]] !
Autre conséquence positive pour le pays est le potentiel de nouveaux emplois dans les filières, boostées par un objectif 100% renouvelable, de 20 000 à 60 000 d’ici 2030. D’un point de vue macro-économique, ces nouveaux emplois doivent être considérés comme un bénéfice supplémentaire pour l’Etat en termes de fiscalité sur le travail et autres recettes indirectes. Ces avantages n’ayant pas été chiffrés dans l’étude, ils pourraient rendre les scénarios renouvelables d’autant plus séduisants.

Une plus grande indépendance énergétique et une forte diminution des coûts d’achat de combustibles vont aussi de pair avec les scénarios renouvelables. Même les trajectoires ayant recours de façon plus intense aux importations de biomasse ou d’électricité n’atteignent pas les niveaux d’importations actuels de fossiles et fissile. En 2050, notre indépendance énergétique pourrait atteindre 85% selon certains scénarios[[part des exportation s’élevant à 15% dans le scénarios WIND (éolien) et PV (photovoltaïque)]].

Autre enseignement qui semble évident mais qui peine à être mis en œuvre dès aujourd’hui est la nécessaire baisse de la demande en énergie. Concrétiser l’un ou l’autre scénario renouvelable impose d’une part une meilleure efficacité énergétique et surtout des économies d’énergie via des changements structurels, organisationnels et de comportement. D’autre part, on constate qu’une fois la dynamique renouvelable lancée, la demande globale en énergie primaire diminue étant donné que les renouvelables ont un meilleur rendement énergétique que les énergies fossiles. L’étude chiffre la diminution de la demande en énergie primaire en 2050 entre 6 et 31% par rapport au scénario de référence.

Ces trajectoires reposent sur des changements plus ou moins profonds de notre système énergétique. L’électricité jouera un rôle de plus en plus prépondérant et sa production pourrait doubler voire tripler d’ici 2050. L’étude prédit que d’ici 2030, la production électrique devra être basée presque exclusivement sur les renouvelables et attire l’attention sur le fait que « les investissements précoces dans les technologies renouvelables dans ce secteur s’avèrent être la solution la moins chère dans les scénarios SER. »

Mais la « révolution renouvelable » ne borne pas à des changements de sources ou de vecteurs énergétiques. Comme l’explicitait très clairement Laurence Raineau, passer d’une production basée sur des énergies fossiles, de stock, hypercentralisée vers une production renouvelable nécessite de changer notre rapport à l’énergie et de penser nos besoins et demandes en énergie en fonction de ces nouveaux modes de production, décentralisés et pour certains intermittents. L’étude lance des pistes innovantes pour limiter les capacités (et leurs coûts !) de stockage trop importantes qu’imposerait le diktat de l’équilibre strict et permanent entre offre et demande. Ainsi certaines activités pourraient être saisonnières, s’adaptant alors aux périodes de forte production renouvelable (en été pour le photovoltaïque) et de moindre coût de l’électricité. Le stockage d’énergie n’étant plus réalisé dans des batteries mais bien dans les biens et services. Ces solutions nécessiteront un changement idéologique parmi les différents acteurs économiques. Le coût en sera certainement le principal déclencheur…

Si l’objet de l’étude était de démontrer la faisabilité d’un objectif 100% renouvelable, elle lance aussi des pistes d’actions pour rendre possible cette transition énergétique. Car tout retard passé en hésitations, tergiversations et regards en chien de faïence entre les régions et fédéral ne fera qu’alourdir d’avantage la facture. Ainsi, pour optimiser les coûts des différents scénarios, le modèle utilisé par l’étude a posé des objectifs intermédiaires : 35 % en 2030, 65% en 2040. La fâcheuse tendance à n’investir qu’à l’approche de 2050 rendrait tout simplement la transition trop abrupte et hors de prix.

Gageons que cette étude de qualité ne soit pas remisée au placard. A présent, la balle est clairement dans le camp du politique. Un approvisionnement exclusivement basé sur les énergies renouvelables à l’horizon 2050 est techniquement faisable, pas impayable et même tout à fait rentable si on considère les externalités positives que ce changement de système engendre (amélioration de la qualité de l’air et de la santé, amélioration des écosystèmes impactés par l’extraction et l’utilisation des énergies fossiles,…).

On ne peut qu’encourager nos décideurs à, très rapidement, définir une vision commune de l’avenir énergétique belge. Les hésitations qui ont entouré la décision de sortie du nucléaire ne peuvent se reproduire alors qu’il s’agit, au plus tôt, de donner un signal fort, de définir un cadre institutionnel clair dans lequel différentes politiques et mesures cohérentes doivent converger vers un objectif renouvelable. Il est assez étonnant, voire inquiétant, que les quatre ministres de l’énergie qui avaient conjointement commandé cette étude, aient choisi de communiquer séparément et sur des tons sensiblement différents quant aux résultats[Voir [réactions des quatre ministres dans La Libre]]. Les trois régions du pays ne sont pas des îlots pouvant prétendre à l’autarcie. D’autre part, même si la politique de l’énergie a tendance à se régionaliser de plus en plus, une vision nationale, dans un contexte européen, est indispensable pour permettre les investissements et adaptations (notamment des réseaux !) nécessaires. Pour un avenir 100% renouvelable, le mix et l’union feront la force !

Lien vers l’étude : http://www.icedd.be/downloads/index.cfm?categ=782 mot de passe : be2050

Gaëlle Warnant

Économie Circulaire