20 ans après Tchernobyl, il est plus que temps de tourner le dos au nucléaire

Vingt ans après l’explosion, la catastrophe de Tchernobyl fait plus que jamais parler d’elle. Alors qu’en 2005, un rapport très controversé rédigé conjointement par l’OMS et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique, institution qui, pour rappel, s’est vue décerner le prix Nobel de la paix l’année dernière…) minimisait largement les conséquences de l’accident, Greenpeace et le Groupe européen des verts ont chacun publié une étude à l’occasion de l’anniversaire de la catastrophe.

Car une chose est sûre : on ne connaîtra jamais les retombées exactes de l’explosion du réacteur, notamment en raison des incertitudes concernant le lien de causalité entre l’exposition d’individus à de plus faibles doses de radioactivité et les divers symptômes observés, ainsi qu’à la taille insuffisante des échantillons étudiés à cause des fortes variations locales et régionales de contamination selon les conditions météorologiques observées à l’époque. Néanmoins, tout porte à croire que l’AIEA, dont les missions conjointes de gendarme mondial du nucléaire et de promoteur du nucléaire « civil » conduisent à une certaine schizophrénie, a volontairement sous-estimé l’impact réel de Tchernobyl. Liées par un accord de 1959 les engageant à ne pas se compromettre mutuellement, les deux organisations n’ont pas considéré l’entièreté des populations exposées aux retombées radioactives de Tchernobyl lorsqu’elles ont évalué à 4000 le nombre de décès imputables. Ces chiffres sont en effet réfutés par les Verts européens et Greenpeace, les premiers évaluant entre 30 000 et 60 000 les décès supplémentaires qui seront observés au cours de ce siècle, les seconds citant le chiffre de 200 000 morts supplémentaires entre 1990 et 2004 uniquement en Biélorussie, Russie et Ukraine (zone géographique n’ayant pourtant reçu qu’un tiers de la dose collective de radiation). Et ils rappellent que le bilan n’est que provisoire puisque les impacts les plus sévères devraient être observé à l’avenir.

Outre les impacts sanitaires, il convient en outre de tenir compte des impacts sociaux et économiques. L’augmentation du coût des soins de santé, la perte de terres agricoles à travers toute l’Europe (à titre d’exemple, près de 400 fermes britanniques sont encore soumises à restriction aujourd’hui), le déplacement forcé de près de 300 000 personnes sont autant d’impacts considérables qui se font encore sentir de nos jours, mais qui sont difficilement quantifiables de manière précise. A l’heure où certaines voix se font entendre réclamant une relance de l’énergie nucléaire en Europe, il est nécessaire de rappeler les risques d’une technologie qui a déjà montré à maintes reprises par le passé les dangers qu’elle comporte, quoi qu’en disent certaines sources peu avisées et ce au mépris des nombreuses victimes déplorées ou à venir.

Pour plus d’infos :

Consulter le rapport de Greenpeace http://www.greenpeace.org/raw/content/international/press/reports/chernobylhealthreport.pdf

Consulter le rapport des Verts européens http://www.greens-efa.org/cms/default/dok/118/118729.the_other_report_on_chernobyl_torch@fr.htm

Consulter le rapport de l’AIEA http://www.who.int/ionizing_radiation/chernobyl/who_chernobyl_report_2006.pdf

Alain Geerts

Communication & Mobilité