Carnet de voyage : “j’ai essayé pour vous des transports en commun…”

Carnet de voyage : “j’ai essayé pour vous des transports en commun…”

Collectivos, tuk-tuk, taxi brousse, baz bus, rikki’s taxi, black taxi,…autant de noms qui illustrent la diversité de l’offre de transport de personnes que l’on peut rencontrer à travers le monde. Petit aperçu de solutions de mobilité mises en œuvre ici et là. D’initiative publique ou privée, ces modes de transport, parfois insécurisants, peuvent cependant étonner par leur efficacité en termes de desserte. Pour préparer vos vacances ou réfléchir à nos transports en commun !

Costa Rica. Beaucoup de bus qui sillonnent villes et villages et les connectent, selon un itinéraire pré-défini, des arrêts de bus identifiés mais rarement un horaire affiché. Ce qui pose peu de problème car les fréquences sont là. On se poste à l’arrêt. S’il y a quelques personnes, c’est que le bus sera bientôt là. Si vous êtes le premier, d’ici quelques minutes, vous serez rejoint par d’autres et n’attendrez pas plus de 10 minutes si vous êtes en ville. Dans les zones très rurales, il faudra parfois attendre une demi-heure, mais dans ce cas l’horaire est cadencé. Amplitude horaire assez large ; et pour les soirées, vous pouvez compter sur des taxis relativement bon marché, à éventuellement partager avec d’autres. La plupart des bus disposent d’un écriteau qui indique leur destination. On s’y retrouve assez vite, ce qui n’est pas toujours le cas pour trouver l’arrêt. Ne cherchez pas de bouton poussoir, mais échauffez-vous la voie pour crier « la parada, por favor » ! Pour quitter la vallée centrale, vous pouvez compter sur des lignes autocar, rapides et confortables, qui vous emmènent vers la plupart des villages côtiers.

Afrique du Sud. Il est utile de distinguer les grandes villes, comme Cape Town par exemple, du reste du pays souvent très rural. Mais partout, vous trouverez une solution bon marché pour vous déplacer, souvent sous la forme d’un mini-bus, généralement bondé. Il faut faire preuve d’un peu de dextérité pour se glisser à l’intérieur entre les banquettes étroites (rabattables) et les passagers, mais une fois assis, ce n’est pas inconfortable ; à moins que vous soyez gêné par le sein allaitant de votre voisine de droite ou la poule sur les genoux de votre voisin de gauche ? A Cape Town, ces minibus sont reconnaissables à …leur tuning ! On les appelle les black taxis. Ne cherchez pas les jantes alu, mais question sonorisation, ils sont plus qu’équipés. Leur sono ambulante permet d’ailleurs de les annoncer aux passants qui n’ont plus qu’à lever la main pour être pris en charge ; que vous soyez au bord d’une route fréquentée ou au beau milieu d’un carrefour ! Vous aurez compris que le respect de la sécurité routière n’est pas leur point fort. Quand ils manquent de voyageurs à bord, ils n’hésitent pas à appâter le client en s’arrêtant à votre hauteur pour vous crier (vu la musique qui va à fond) leur destination. Le « récolteur des sous » se transforme ainsi en vrai racoleur. La première fois, c’est surprenant. On se demande ce que nous veut ce type accroché à la portière de ce minibus tuné. En zones rurales, le principe est le même mais la forme est différente. Le minibus est plus sobre et plus vieux. Le chauffeur n’a pas souvent d’assistant pour récolter la monnaie ; alors chacun s’y colle. Les voyageurs s’arrangent entre eux et leurs monnaies pour faire parvenir à l’avant du minibus la récolte, si possible avec le compte exact. Sinon, le chauffeur fouille dans sa monnaie tout en conduisant son véhicule sur ce qui ressemble plus à des pistes qu’à des routes ! Pour les touristes de passage, soyez rassurés, il existe un baz bus plus confortable qui propose un service de transport collectif de porte à porte vers les auberges de jeunes. Magnifique service, à travers tout le pays, même les coins les plus reculés ! A Cape Town, il y a aussi les rikkis taxi, moins collectif mais assez folklorique, semblable au fameux tuk tuk que l’on peut trouver en Asie.

Malawi-Tanzanie. Cette fois, on est vraiment en Afrique. Beaucoup moins de voitures, beaucoup plus de carrioles à bœufs. Et bien entendu, des transports en commun. Partout, pour aller partout. Pour quitter la localité principale vers les villages et hameaux avoisinants, les minibus attendent d’être complets. Et je vous assure qu’ils savent en mettre du monde là-dedans ! Donc parfois, l’attente est un peu longue malgré le travail intense de racolage du chauffeur aux alentours. Si vous vous impatientez, vous trouverez toujours un « taxi », enfin, une personne qui a une voiture et qui est prête à vous déposer en chemin pour un peu de monnaie. Par contre, pour les trajets transfrontaliers, les compagnies de transport ont l’air plus officielles. Il y a des bureaux de réservation et même des tickets ! Et cette fois encore, vous verrez leur sens du commerce. Les délégués commerciaux n’hésitent pas à sortir de leur cahute pour venir vous vanter leur compagnie, photo de l’autocar à l’appui. Ce qu’on oublie alors, c’est qu’ils font cela avec tellement de gens, que croyez-moi, on part complet ! Et après quelques kilomètres, on est archi complet puisque le chauffeur, sans doute pour arrondir ses fins de mois, accepte d’embarquer ici et là quelques passagers supplémentaires qui s’installeront tout simplement dans l’allée centrale de l’autocar, sur leur colis. Car attention, ce n’est pas que du transport de personnes, il y a au moins autant de colis de toutes sortes qui s’empilent dans le moindre recoin du véhicule.

Thaïlande. Autre continent, autre réalité. Bangkok, une vraie fourmilière de jour comme de nuit ; y compris sur les routes : bus, voitures, taxis, tuk-tuk, mobilettes, vélos, charrettes à cheval. Une cohue permanente qui rend l’air irrespirable. Mais vous pouvez aussi compter sur un métro aérien hyper moderne ou des taxis-bateau si vous voulez éviter les embouteillages récurrents sur les routes. Pour les longues distances, vive le train couchette ! Extra. Service catering à disposition. Pas hors de prix dans un wagon restaurant. Non, on vient prendre commande à votre place et on vient vous servir. Après le souper, un aimable steward vient transformer les tables et places assises en de très confortables couchettes superposées. Les draps sont fournis et vous pouvez compter sur un petit rideau pour vous couper de la lumière et de vos compagnons de compartiment. Les grasses matinées ne semblent guère autorisées mais vous pardonnez vite au steward ce réveil aux aurores quand il vous apporte votre café.

Mais quels enseignements tirés de ces carnets de voyages ? Difficile sans investiguer davantage sur les modes de fonctionnement de ces « sociétés de transport » spontanées ou insolites. La lecture de statistiques d’accidents routiers tempérerait certainement aussi mon admiration – réelle- sur leur capacité à répondre aux besoins de mobilité y compris dans des zones parfois très reculées et peu denses. La densité de population faible de la Wallonie (208 habitants/km2) est parfois évoquée pour justifier une desserte peu efficace de notre territoire, mais le Costa Rica ne compte que 84 hab/km2, l’Afrique du Sud 42 hab/km2 et même la Thaïlande, contrairement à l’image que l’on pourrait en avoir, ne dépasse pas les 127 hab/km2.

Bien entendu, le taux de motorisation faible est sans doute le premier facteur explicatif du succès des transports en commun dans les pays non-occidentaux. Ils ont beaucoup de clients – captifs, donc beaucoup de recettes, même avec des tarifs démocratiques pratiqués, mais probablement peu de financement public. Chez nous, où les transports en commun rencontrent quand même un succès franc (quand on regarde l’évolution du nombre de voyageurs transportés que ce soit par la SNCB ou le TEC), les recettes peinent à couvrir le quart des coûts du transport proposé. Bien sûr, les coûts qui découlent chez nous des meilleures conditions de travail du personnel ne doivent pas être incriminés.

Mais ne devrait-on pas davantage consacrer notre énergie et nos moyens financiers à l’amélioration de la desserte elle-même, plutôt qu’à toute une série de services connexes, souvent attachés à une technologie nouvelle ? Le premier critère d’attractivité d’une offre de transport en commun, c’est la fréquence du service. Bien avant, le confort de l’attente ou du voyage. Avoir une carte Mobib dotée d’une puce électronique et être transporté dans un bus design avec afficheur digital, ça vous fait une belle jambe si ce dernier ne passe que deux fois par jour dans votre quartier !

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