LISA Car, la voiture du 21è siècle

LISA Car, la voiture du 21è siècle

LISA Car : light and safe car, voiture légère et sûre. En lançant ce nouveau concept, la Fédération Inter-Environnement Wallonie (IEW) et l’association Parents d’enfants victimes de la route (PEVR) ont pour objectif de sensibiliser le monde politique à la nécessité de limiter certaines caractéristiques fondamentales des voitures pour en réduire l’impact sur la sécurité routière et sur l’environnement.


A quoi sert une voiture ?

Fondamentalement, une voiture sert à transporter de une à neuf personnes en circulant sur le réseau routier sans que ces personnes ne doivent fournir d’effort physique et à des vitesses de quelques dizaines de kilomètres par heure.

Selon la législation européenne, les voitures (catégorie M1) sont des « véhicules conçus et construits pour le transport de passagers comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum[ [Directive 2007/46/CE, Annexe II ]]».

Des constats effrayants

28.136 personnes ont trouvé la mort et 1.340.000 ont été blessées sur les routes européennes en 2012. Derrière ces chiffres, des drames humains, des vies qui basculent dans la détresse, dans l’horreur, des dommages physiques parfois irréversibles, des plaies psychologiques qui ne cicatrisent jamais. Même si la sécurité routière s’est fortement accrue au cours des dernières décennies, le tribut que nos sociétés paient à la voiture reste beaucoup trop élevé. De plus, les réponses techniques qui sont proposées au problème de l’insécurité routière ne semblent plus guère profiter qu’aux occupants des voitures. Le nombre de piétons et cyclistes victimes de la route ne diminue plus depuis une dizaine d’années.

13,5 % des émissions totales de CO2 de l’Union européenne sont imputables aux voitures et véhicules utilitaires légers (VUL ou camionnettes). Entre 1990 et 2010, les émissions de CO2 des transports terrestres (dont 96 % sont imputables au seul mode routier et deux tiers environ aux voitures) ont augmenté de 21 % en Europe et de 33,6 % en Belgique. Une voiture qui émet plus de CO2, c’est une voiture qui consomme plus de carburant – et donc, qui émet aussi, pour une technologie de dépollution donnée, plus de polluants locaux qui affectent la santé humaine.

Des évolutions inquiétantes

Certaines caractéristiques fondamentales des voitures sont tout à la fois déterminantes quant à leur impact sanitaire (dangerosité) et quant à leur impact environnemental (émissions de gaz à effet de serre, polluants locaux). Il s’agit principalement de : la masse, la puissance, la vitesse de pointe et le « design » de la « face avant » des véhicules.

Durant les dernières décennies, on a assisté à une croissance soutenue de la masse, de la puissance et de la vitesse de pointe. Cette croissance se maintient, comme en témoigne le tableau 1.

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Tableau 1 : Caractéristiques des voitures neuves vendues en 2001 et en 2010 en Europe et en Belgique (source : International Council on Clean Transportation : European Vehicle Market Statistics, 2011).

Un phénomène relativement récent est le développement, depuis une quinzaine d’années, des véhicules présentant un « profil » de face avant « carré », inspiré de ceux des SUV et autres 4×4. Selon les statistiques de la FEBIAC, le segment « jeeplike » représentait 2,6% des immatriculations de véhicules neufs en 2000 et 15,4% en 2012[FEBIAC : [évolution des immatriculations par segments ]]. Ces véhicules sont, dans leur grande majorité, plus polluants (du fait d’un moins bon aérodynamisme) et plus dangereux en cas de collision, particulièrement de collision avec un piéton, un cycliste ou un motocycliste.

Faux sentiment de sécurité, perte de la sensation de vitesse (associés au « confort » offert par les véhicules lourds), envie d’exploiter le potentiel dynamique d’un véhicule puissant, sentiment d’invulnérabilité que peut générer la conduite d’un véhicule de type SUV ou 4X4 : la conception des voitures n’est pas sans influencer les comportements au volant. Soutenir que « c’est le conducteur qui tue, ce n’est pas la voiture » est intellectuellement malhonnête.

Est-ce bien raisonnable ?

En Europe, les vitesses maximales sur autoroute sont de 120 km/h ou 130 km/h à l’exception notoire de la moitié environ du réseau autoroutier allemand sur laquelle la vitesse n’est pas limitée. Cette exception n’existe, selon de nombreux analystes, que pour « légitimer » l’offre, par les constructeurs allemands, de voitures dites « de prestige » très lourdes, puissantes et rapides. Le mythe de ces autoroutes sans limitation de vitesse qui seraient plus sûres est complètement infondé. Le passage du régime sans limite de vitesse à une limitation à 130 km/h d’une section de 62 km de l’Autobahn 24 entre Berlin et Hambourg a permis de diminuer de 58% le nombre de tués (comparaison sur les trois années précédant et les trois années suivant la modification de régime)[ETSC, 2008,[speed fact sheet German Autobahn, pages 3 et 4]].

Modernes tabous

L’évolution vers des véhicules plus lourds, plus puissants, plus rapides, plus « agressifs » est fort peu questionnée, voire fait l’objet d’une certaine approbation sociale. Ceci s’explique par le fait que, dans nos sociétés, la voiture reste fortement associée à la notion de liberté. L’idée de « brider cette liberté » en limitant certaines caractéristiques des voitures figure au rang des interdits sociétaux.

Il convient donc d’opérer un changement culturel : la diminution du nombre de victimes sur les routes et la protection de l’environnement doivent devenir des valeurs fondamentales, restrictives par rapport à la liberté de mettre en vente des voitures toujours plus lourdes, plus rapides, plus puissantes. La reconnaissance sociétale de ces valeurs permettra de réorienter l’offre (conception des véhicules) comme la demande (choix d’un véhicule). C’est dans cette logique que s’inscrit la charte LISA Car initiée par IEW et PEVR.

La charte LISA Car

IEW et PEVR ont rédigé une charte pour promouvoir le concept de LISA Car – une voiture dont la masse, la puissance, la vitesse de pointe et la conception de la face avant sont optimisés afin de limiter sa dangerosité et ses émissions de CO2.

Toute association, administration, tout groupement, collectif,… désirant soutenir cette charte est invitée à prendre contact avec nous.

Les cosignataires de la charte adhèrent à la vision synthétisée ci-dessous.

 Deux priorités majeures pour les transports : la diminution de ses émissions de gaz à effet de serre et la diminution du nombre de victimes de la route

 Une nécessité : diminuer la masse, la puissance et la vitesse de pointe des voitures et diminuer « l’agressivité » de leur face avant

 Un concept à promouvoir : la LISA Car – une voiture dont la masse, la puissance, la vitesse de pointe et la conception de la face avant sont optimisés afin de limiter sa dangerosité et ses émissions de CO2

 Un objectif : en 2030, 100 % des voitures neuves vendues en Europe doivent être des LISA cars[[A l’exception des véhicules destinés à des utilisations professionnelles requérant des caractéristiques spécifiques]]

 Un impératif : un cadre réglementaire strict pour garantir l’atteinte de cet objectif

 Une revendication politique : la Commission européenne doit se saisir du dossier en toute urgence et proposer un projet législatif établissant le concept de LISA Car et son caractère contraignant

 Une bonne nouvelle : certains véhicules automobiles actuels sont (presque) des LISA Cars

 Un devoir pour tou(te)s : utiliser et/ou promouvoir l’utilisation de ce type de véhicules

Pierre Courbe

Mobilité

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