Agenda 21 local : la sauce tarde à prendre en Wallonie. Pourquoi?

Inégalités sociales grandissantes tant au Nord qu’au Sud, climat détraqué, pollutions diverses, biodiversité en chute libre, ressources naturelles qui s’épuisent, autant de signaux parmi d’autres qui montrent que la planète ne tourne pas rond.
Le développement durable (DD) concrétisé par les économies d’énergie, les éoliennes, la (non) consommation bio, écologique, éthique ou équitable, le renforcement de la mobilité douce, l’accessibilité, la démocratie participative, … est une réponse aux défis qui se présentent et nous attendent.
Les communes, de par leurs compétences multiples, leur proximité avec les citoyens, leur rôle exemplatif (par le biais des marchés publics notamment), …peuvent contribuer à faire avancer le schmilblick durable…
Aujourd’hui, un certain nombre de communes wallonnes ont mis en place des projets locaux qui respectent les objectifs d’un développement durable en Wallonie (parfois même sans le savoir). Mais, dans ces démarches, manque souvent c’est un souci de systématisme, une application de la démarche développement durable à toute la politique communale. Comme le souligne l’Union des Villes et des Communes de Wallonie « La stratégie d’une commune en matière de développement durable n’est rien moins que sa vision stratégique politique tout court, en ce qu’elle transcende et englobe tous les secteurs dont la gestion est assurée à l’échelon local. » S’inscrire dans une démarche « agenda 21 local » peut aider les communes à développer une stratégie de développement durable. Pas besoin de voir trop grand: mieux vaut l’un ou l’autre projet bien choisi qu’un plan rempli de bonnes intentions qui dort dans une armoire. L’important est d’installer un cadre, des outils qui permettront d’étendre petit à petit le processus à toute la politique communale. Les ingrédients pour une démarche agenda 21 local efficace sont: un engagement public du conseil communal ; la création d’un comité de pilotage « agenda 21 local » ; de l’information, de la sensibilisation pour les acteurs locaux et les citoyens ; des formations du personnel et des élus ; un diagnostic mettant en évidence les forces et les faiblesses de la commune du point de vue du DD ; un plan d’actions ; un souci d’amélioration continue ; une bonne gouvernance incluant transparence et participation des citoyens et des forces vives  et bien sûr, des actions durables…
Une recette qui, à première vue, paraît évidente. Et pourtant, la sauce tarde à prendre dans les communes wallonnes. Alors qu’en 1992, à Rio, on prévoyait que « d’ici 1996, tous les pouvoirs locaux auraient élaboré un « Agenda 21 local » [[Keating M., « Sommet de la Terre 1992, un programme d’action (version grand public de l’Agenda 21 et des autres accords de Rio) » (1993).]], en 2006, 10 ans après, en Région wallonne, on est loin du compte puisque seules trois communes se sont engagées dans un processus Agenda 21 local au sens strict du terme.
La Conférence permanente du Développement territorial (CPDT) a réalisé une enquête auprès des communes wallonnes en 2004 qui a permis d’identifier un certains nombres de freins. Citons: une méconnaissance des concepts – l’enquête montre que 89% des communes n’ont entendu parlé de l’agenda 21 local au mieux que rarement – ; un manque de moyens humains et financiers ; un manque de transversalité entre les services administratifs et les élus ; un manque d’intérêt des élus mais aussi de la population ;… Ajoutons à cela un climat politique international peu favorable avec en caricaturant à peine, une Europe souvent plus préoccupée d’accroître son PIB que d’améliorer le bien-être de ses habitants ou que de protéger l’environnement.
Depuis 2005, le Gouvernement wallon souhaite promouvoir la démarche « agenda 21 local » auprès des communes ; il a notamment créé un partenariat autour de cette thématique entre IEW, l’Union des villes et des communes de Wallonie et les ministères de l’environnement et de la fonction publique. Cependant, pour que les communes s’impliquent plus largement dans cette démarche, la Région wallonne devra aussi balayer devant sa porte : modifier son organisation interne pour plus de transversalité ; montrer l’exemple notamment en insérant des critères éthiques et écologiques dans ses marchés publics ; définir ce qu’elle entend par politiques de développement durable (logement durable, tourisme durable,…) ; donner les moyens financiers et techniques aux communes. Le projet de labellisation proposé par la CPDT permettrait de créer les conditions favorables à la mise en place d’une pratique généralisée du DD dans les communes wallonnes. Il s’agit d’une politique de discrimination positive en faveur des pouvoirs locaux qui s’engagent dans cette voie. Le système proposé permet d’accompagner les communes dans leur démarche évolutive, en tenant compte de leurs spécificités.

En savoir plus :

Synthèse des freins au développement des Agenda 21 locaux en Wallonie et propositions pour y remédier, IEW et UVCW
CPDT, « Rapport final de la subvention 2004-2005, thème 3.2. mise en œuvre opérationnelle de l’Agenda 21 local »  (septembre 2005)
Porot V., « Agenda 21 local, Mettre en oeuvre un Agenda 21 local dans sa commune. Guide de bonnes pratiques, inspiré d’expériences en Belgique et en Tunisie », Institut Eco-conseil, FGF, Région wallonne (juillet 2005) ; téléchargeable sur www.eco-conseil.be
Lambert L., « Agenda 21 local, un engagement communal sur la voie du développement durable », Etopia (juin 2005) ; téléchargeable sur www.etopia.be

Anne Thibaut

Alimentation durable & Société

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