Agrocarburants : l’Europe dépasse les limites du soutenable

Agrocarburants : l’Europe dépasse les limites du soutenable

Un nouveau rapport commandité par la Commission européenne démontre que les objectifs de la Commission en matière d’agrocarburants ne sont pas soutenables. Au-delà de 5,6 % d’incorporation, les effets indirects pourraient en effet annihiler les maigres bénéfices environnementaux de ces agrocarburants. L’objectif européen d’atteindre 10 % d’incorporation n’est donc pas durable et il importe dès lors de le revoir à la baisse.

Ce rapport a été établi par l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI). Il confirme ce que d’autres études ont démontré, à savoir que les changement indirects d’utilisation des sols induits par la demande de terres liée aux développement des agrocarburants auront un effet important sur leur durabilité environnementale.

Il convient par ailleurs de relever que la Directive imposant l’incorporation d’agrocarburant n’envisage nullement de prendre en compte le contexte en matière de prix ou de stock mondiaux. Après avoir supprimé les différents outils de gestion de l’offre des produits agricoles et réduit la gestion des stocks alimentaire publics, l’Union Européenne, à travers cette Directive sur les énergies renouvelables, fait explicitement passer nos besoins énergétiques avant les besoins alimentaires.

Cette information ne manque pas d’inquiéter en plein débat sur le devenir de la Politique Agricole Commune, laquelle a perdu sa «noblesse» à force de libéralisations successives. Demain, ces marchés de plus en plus abandonnés à la seule logique économique contribueront, dans un premier temps, à un désinvestissement dans le secteur agricole – ce qui arrive aujourd’hui – et, dans un second temps, au choc alimentaire d’un monde confronté à une pénurie d’énergie qu’il n’aura pas anticipé en renforçant son agriculture.

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Lionel Delvaux

Anciennement: Nature & Ruralité