Agrocarburants : le devoir de dire non

Agrocarburants : le devoir de dire non

En Belgique, la loi impose depuis 2009 que nous roulions avec plus de 4% d’agrocarburants dans nos réservoirs. Ce faible pourcentage nécessite pour sa production l’utilisation de très vastes surfaces de terres (65 % de l’ensemble de l’huile végétale produite en Europe est engloutie par le seul biodiesel), déplaçant les productions agricoles destinées à l’alimentation et générant de nouvelles déforestations dans les pays du Sud. Il est ainsi à l’origine d’impacts environnementaux graves et va à l’encontre des objectifs de la politique de coopération.
Pourtant, la Chambre des représentants doit examiner ce jeudi 20 juin une proposition de loi visant à augmenter les niveaux d’incorporation obligatoire des agrocarburants dans les carburants : à partir du 1er juillet, le diesel devrait contenir mininum 6 % de biodiesel, et l’essence minimum 4 ou 9 % de bioéthanol (essences E5 ou E10). Alors que la Commission européenne fait marche arrière sur sa politique de promotion des agrocarburants, pour tenir compte de leur bilan nettement moins bon que prévu en terme de CO2, et propose de limiter le recours aux agrocarburants qui entrent en concurrence avec l’alimentation, la Belgique poursuit la fuite en avant : elle fixe un seuil minimal d’utilisation des agrocarburants qui est supérieur au maximum recommandé par la Commission !
Dans ce contexte, nous lançons un appel aux partis de la majorité fédérale pour qu’ils amendent le texte proposé, afin que celui-ci n’augmente pas le recours aux agrocarburants qui entrent en concurrence avec l’alimentation.

Nous appelons le Secrétaire d’Etat Melchior Wathelet, qui a la compétence sur ce dossier, à tenir compte des multiples rapports et alertes qui montrent les effets néfastes des agrocarburants en terme de volatilité des prix agricoles mais aussi en terme de respect des droits humains, d’accès à la terre, à l’eau et à l’alimentation, en particulier pour les population des pays du Sud, lesquelles sont également les premières victimes des changements climatiques qui sont aggravés par les agrocarburants.

Nous appelons les parlementaires de la majorité à défendre un retrait progressif des soutiens publics à un petit cartel qui en a très largement bénéficié, notamment sous la forme d’un marché captif créé politiquement, afin que les consommateurs puissent choisir librement s’ils veulent ou non utiliser des agrocarburants. Les politiques de soutien ne peuvent être menées sans une analyse coûts-bénéfices couvrant les dimensions économique, sociale et environnementale.

Nous appelons socialistes, libéraux et humanistes à écouter l’appel de la société civile et de nombreux « citoyens engagés », porté ici par les organisations signataires, afin que ni le consommateur ni le citoyen ne soient obligés de supporter le coût conséquent du soutien aux agrocarburants, coût estimé au niveau européen à 10 milliards d’euros, soit l’équivalent d’un plan de sauvetage de Chypre chaque année , et dont une bonne part quitte l’Europe par le jeu des importations accrues de matières premières alimentaires, pour engendrer des situations d’exploitation sociale dans les pays du Sud.

Cet appel à un minimum de cohérence politique avec des valeurs clamées haut et fort se cristallise sur le débat sur les agrocarburants, mais il le dépasse. Il touche ainsi à la question fondamentale de la gouvernance et de la valeur de la parole politique. La majorité, par la voie de son Secrétaire d’Etat Melchior Wathelet, s’était engagée à consulter les parties prenantes dans le cadre du Conseil fédéral du développement durable et à soutenir les orientations européennes visant à réduire l’usage des agrocarburants. Espérons qu’il ne faut pas y voir un mauvais présage vis-à-vis des engagements qui ne manqueront pas d’être pris pendant la campagne électorale qui s’annonce…
(Si l’actualité braque les projecteurs sur les choix de notre pays, il importe de noter que la mobilisation autour de cet enjeu dépasse largement les frontières de la Belgique. Plus de 120 organisations de la société civile européenne et internationale viennent ainsi d’adresser aux eurodéputés une « Lettre ouverte » exprimant des préoccupations et revendications semblables à celles évoquées ici.)

Signataires :
Associations 21
CETRI
CNCD-11.11.11
CRIOC
Entraide et Fraternité
FIAN
Greenpeace
Inter-Environnement Wallonie
Natagora
Oxfam Belgique
SOS Faim