Agrocarburants : une nouvelle flèche contre la politique européenne actuelle

Agrocarburants : une nouvelle flèche contre la politique européenne actuelle

La politique européenne de promotion des agrocarburants doit impérativement être remise en cause. Ce n’est plus uniquement la voix des ONG et des organisations paysannes qui porte ce message mais la conclusion sans appel d’une récente étude commanditée par le Ministre Magnette et présentée ce 17 décembre.
Le secteur associatif environnemental et de solidarité internationale presse le Ministre de prendre la mesure des conclusions de cette étude et d’appeler à une révision de la politique européenne de promotion des agrocarburants parce qu’il n’est pas possible de résoudre le problème des impacts négatifs par la certification.

Au mois de novembre, l’étude de l’IEEP concluait que la politique européenne actuelle sur les agrocarburants augmentera sensiblement les émissions de gaz à effet de serre au lieu de les diminuer. L’étude publiée aujourd’hui, commanditée par le Ministre du Climat et de l’Énergie Paul Magnette au CETRI (Centre Tricontinental), vise à évaluer l’impact de l’expansion des cultures d’agrocarburants dans les pays extra-communautaires.

Le bilan est sans appel : de nouveaux critères de certification, fussent-ils ambitieux, ne pourront en rien endiguer les désastres environnementaux et sociaux, déjà visibles dans les pays du Sud, suite à l’imposition européenne de 10% d’énergies renouvelables (constituées à plus de 95% d’agrocarburants) dans le transport à l’horizon 2020. Car il sera impossible d’atteindre l’objectif de l’Union Européenne sans avoir recours massivement à l’importation…

Déforestation, privatisation de l’accès à des ressources naturelles vitales, conditions de travail dégradantes (parfois proches de l’esclavage), déplacement des cultures alimentaires, renforcement de la dépendance alimentaire et même augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre…: voici quelques-uns des constats tirés de cette étude, un bilan « accablant » qui engage directement la responsabilité publique.

En s’imposant des objectifs contraignants qui obligent le recours à des
agrocarburants importés, la Commission Européenne et les États membres de
l’Union se portent de facto responsables des impacts désastreux, pourtant
maintes fois critiqués par les ONG environnementales, les organisations
paysannes et de solidarité internationale et des organisations
multilatérales : « Les impacts causés par l’obligation du recours aux
biocarburants ne sont pas le résultat de tendances de longue période ou de
responsabilités complexes et diffuses. Ils sont le résultat de décisions politiques explicites, parfaitement identifiables et datables »
, rappelle l’étude.

Longtemps réclamée par les organisations paysannes et les associations Nord-Sud, cette étude a le mérite de faire le point sur les possibilités de maîtrise de ces effets négatifs. L’étude montre que des « critères de durabilité », ne suffiront pas à endiguer les effets négatifs massifs de pratiques agricoles non durables au Sud et de la politique énergétique et de transport européen actuelle, basée sur des « besoins » de transport et de mobilité toujours croissants. En effet la certification ne permet pas de prendre en compte les effets indirects importants de la production d’agrocarburants. Quels que soient les critères identifiés, elle continuera à poser question sur l’essentiel : comment rendre un producteur d’agrocarburants responsable des conséquences du déplacement de la production alimentaire dans une autre région ou un autre pays ? Comment le rendre individuellement responsable du renforcement de la dépendance alimentaire d’une région ou d’un pays ? Comment lui imputer la responsabilité de la stratégie de survie de paysans qui ont perdu ou vendu leur terre et iront produire ailleurs avec ou sans déforestation ?

« Présidant en ce moment le Conseil de l’Union Européenne, [la Belgique] a
l’opportunité de mettre la question des agrocarburants sur la table. Mais ce n’est pas en proposant une nouvelle version des critères de durabilité qu’elle fera évoluer un débat qui s’est enlisé. Il faut changer de paradigme et mettre en chantier un autre type de réflexion et de mesures (…) »
, souligne l’auteure de l’étude.

Les ONG environnementales, les organisations paysannes et de solidarité
internationale pressent le Ministre Magnette, qui a reconnu aujourd’hui les effets pervers potentiels d’une politique contraignante en matière d’agrocarburants, de prendre la mesure des conclusions de l’étude qu’il a lui-même commanditée. Elles lui demandent d’appeler, alors que la Belgique préside le Conseil Européen, à une révision profonde et urgente de la politique d’imposition des agrocarburants et à un contrôle strict et régulé de la production sur le sol européen.

Aujourd’hui il est devenu impossible de justifier l’obligation d’imposer les 10% « d’énergies renouvelables » dans le transport. En effet, les Etats membres prévoient de répondre à cet engagement pour moitié par l’importation. L’étude démontre de manière incontestable que cette obligation – même avec une certification – sera de toute manière extrêmement néfaste pour la sécurité alimentaire, la biodiversité et la durabilité de l’agriculture au Sud. Ceci d’autant plus dans un contexte de volume de transport croissant. C’est un risque qui d’aucune manière ne peut être pris.

« Cette situation appelle, non une réponse réglementaire et la poursuite
de vaines discussions sur les critères de durabilité et de non-durabilité,
la certification, les calculs de GES et l’estimation chiffrée d’effets
indirects. Elle appelle une réponse politique concertée (…) sur la
remise en cause en tant que telle de la politique de promotion du recours
aux agrocarburants (…) »
.