Aviation : une taxe moins chère qu’un sandwich à l’aéroport…

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Lors de ses négociations budgétaires, le gouvernement De Croo a décidé de créer une nouvelle taxe sur les vols courts. Le montant de celle-ci ainsi que la manière de la mettre en œuvre sont jusqu’à présent restés flous. Deux euros ? Cinq euros ? Vingt-cinq euros ? Chaque parti y allait de son montant. Aujourd’hui, le ministre fédéral des finances, M. Van Peteghem, a finalisé sa proposition. Les vols de moins de 500 kilomètres seront soumis à une taxe de 10 euros à partir du 1er avril. Les vols plus longs en Europe seront juste 2 euros plus chers et une taxe de 4 euros sera prélevée pour les vols intercontinentaux. Si l’on peut considérer qu’avec l’introduction de ces taxes nous sommes à un tournant dans la régulation du secteur aérien en Belgique, il en faudra davantage pour inscrire l’aviation dans une prise en compte sérieuse de son impact réel sur les dérèglements climatiques.

Stop aux privilèges pour l’aérien

Cette taxe ne peut avoir pour effet de détourner l’attention du traitement préférentiel dont le secteur de l’aviation bénéficie depuis des années dans notre pays : notamment, une exonération des droits d’accises sur le kérosène d’une valeur de 450 millions d’euros par an. En outre, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) ne couvre qu’une partie limitée des vols et le secteur de l’aviation bénéficie de nombreux droits d’émission gratuits.

N’oublions pas que le secteur de l’aviation a en outre reçu au début de la pandémie un total de 34 milliards d’euros, dont 290 millions pour Brussels Airlines (soit environ dix fois ce que rapporterait la taxe d’embarquement). Les aéroports régionaux déficitaires bénéficient également d’un soutien, de même que les infrastructures qui relient les aéroports aux villes voisines.

Le développement exponentiel du secteur contribue de manière disproportionnée aux problèmes climatiques et environnementaux et n’est pas durable. Les gouvernements peuvent mettre un terme à cette distorsion de concurrence. L’introduction de la taxe sur les billets est un bon premier pas, mais il n’est pas suffisant. Des études montrent que le prix du billet devrait augmenter d’environ 40 % pour refléter l’impact environnemental réel du secteur. Une opportunité supplémentaire : les recettes de ces taxes pourraient être investies dans des formes de transport alternatives et moins polluantes, telles que des trains internationaux à grande vitesse et des trains de nuit confortables, ponctuels et abordables, ou dans d’autres secteurs de l’économie pour un avenir plus durable.

Les technologies et les carburants de substitution ne sont pas le Graal

Si certains vols court-courriers peuvent être remplacés par des trains à grande vitesse, il n’existe souvent aucune alternative pour les vols long-courriers. C’est pourquoi il est important d’investir dans le développement de carburants alternatifs pour l’aviation. Condition importante : cela doit s’accompagner de critères de durabilité stricts. Les biocarburants issus de l’agriculture sont par exemple d’emblée exclus. Par ailleurs, les ressources en énergie renouvelable nécessaires à la production d’e-kerosène étant globalement limitées, ceux-ci ne représenteront a priori qu’une solution très partielle.

Ces dernières années, les compagnies aériennes ont vanté l’innovation technologique comme solution pour assurer un avenir durable au secteur. Selon elles, les carburants aéronautiques « durables » (SAF, Sustainable Aviation Fuel), en particulier, sont la clé de la lutte contre les dérèglements climatiques. Ce faisant, elle détourne l’attention de la nécessité de réduire le nombre de vols et de kilomètres parcourus en avion.

Un plan de transition, d’urgence !

Aujourd’hui, le débat sur les taxes aériennes est aux mains du seul secteur aérien, alors que les dérèglements climatiques impactent tout le monde. Il est bon de garder à l’esprit que seulement 1 % des citoyens appartiennent au groupe des voyageurs fréquents – un groupe qui est responsable de plus de la moitié des émissions de CO2 du secteur. Il est grand temps de lancer un vaste débat sociétal sur l’avenir de l’aviation.

Marie Spaey

Tourisme