Cancers et environnement : mythes et réalités

Cancers et environnement : mythes et réalités

Début mai, un colloque à destination des médecins généralistes a été organisé par les Amis de l’Institut Bordet et la Société scientifique de médecine générale (SSMG) à l’initiative de nos ministres wallons de la santé et de l’environnement ainsi que de la communauté française. Y participaient différents experts du Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) et de l’Institut de Veille Sanitaire français (InVS). Plus d’une centaine de médecins généralistes assistaient à cette matinée.

Mythes et rigueur scientifique

L’objectif était plus qu’ambitieux comme il souhaitait offrir des (pistes de) réponses aux praticiens généralistes, placés en première ligne, qui sont souvent démunis face aux questions de leurs patients et qui sont surtout pris au dépourvu lorsqu’ils sont confrontés à une problématique environnementale locale.
Les éléments présentés étaient d’une qualité et d’une rigueur scientifique certaines : liens avérés entre environnement et cancer, logiques d’approches pour l’évaluation des carcinogènes (agents chimiques ou physiques), résultats de l’étude du CIRC et de l’Académie de médecine sur les causes des cancers en France.

On y apprend par exemple que seuls deux agents naturellement présents dans l’environnement causent un nombre notable de cancers ; à savoir les rayons UV du soleil et le radon… seulement chez les anciens mineurs. Concernant les polluants anthropiques (causés par les activités humaines) la rigueur scientifique n’a permis de mettre en évidence que… le tabagisme passif1 et encore, il cause nettement plus de décès par accidents cardiovasculaires que par cancers du poumon. Pour ce qui est des pollutions atmosphériques, ne seraient concernées que certaines catégories professionnelles comme les travailleurs de l’amiante ou certains chauffeurs de camion et garagistes exposés de longues périodes à de fortes doses d’hydrocarbures, gaz d’échappements et particules fines.
On apprend également, formule à l’appui, que si c’est la dose qui induit les mutations (à l’origine des cellules cancéreuses) c’est bien la durée d’exposition qui stimule la prolifération de la maladie et donc son développement.

Quand aux dioxines, ondes électromagnétiques, lignes haute tension, pollutions atmosphériques, pesticides, amiante, formaldéhyde ou radon dans les habitations… toute cette brochette d’experts s’est montrée très très prudente. « Nous manquons de données épidémiologiques et d’études précises ». Pour prouver une causalité entre qualité de l’environnement et cancer ; il est extrêmement difficile scientifiquement parlant d’arriver à des certitudes. Cela nécessite une multiplicité d’études dans le temps et dans l’espace (efforts de recherches étalés sur des années) pour obtenir un faisceau d’arguments convainquant… En France, la part du nombre total de cancers attribués (dont la cause a été reconnue et « certifiée ») ne dépasse pas les 45% chez les hommes et 25% chez les femmes ; les facteurs environnementaux représentant moins de 2%. Et il semble actuellement que la science ne puisse que reconnaître ses limites sans pouvoir faire beaucoup mieux…

Réalité, inquiétudes et pratique au quotidien

Le cadre du colloque : cancers (uniquement cancers et pas morts subites, maladies cardiovasculaires, problèmes de reproduction) et environnement (uniquement facteurs environnementaux isolés) a bien été respecté. L’aspect « humain » n’a été soulevé que pour rappeler qu’il est difficile de faire la part des choses entre les risques factuels (durée et intensité d’exposition à un facteur environnemental particulier) et les risques perçus (facteurs psychosociologiques, biais de mémorisation). Maintenant quant à savoir si le public de praticiens généralistes a trouvé réponse à ses questions… Force est de constater que les exposés n’abordaient pas la problématique du point de vue du patient, de ses a priori, de son anxiété, ses attentes en allant visiter son médecin généraliste… Force est aussi de constater que quand les pouvoirs publics de la santé et/ou de l’environnement arrivent pour « gérer un cas problématique » (environnement pollué avec plusieurs cancers observés ou prédits) ; ils arrivent avec déjà quelques années de retard ; la confiance des habitants étant déjà complètement ébranlée ; la population se sentant généralement comme ayant été oubliée, abandonnée, flouée.
Plus que la rigueur scientifique, et afin de répondre aux attentes légitimes des patients mais aussi des médecins généralistes, il convient que nos politique continuent à soutenir la recherche mais aussi et surtout, qu’ils considèrent le principe de précaution comme essentiel en matière d’environnement et santé tout comme la gestion du risque et de la communication.

Les nuisances environnementales sont une préoccupation très actuelle pour un part toujours croissante de la population. La question de leurs effets sur la santé suscite de nombreuses inquiétudes, souvent parce qu’il y a un manque d’information (information diffuse, partielle, sans lien avec la réalité des interlocuteurs), ou que ces questions restent sans réponses (absence d’interlocuteur, de données).

La question « Cancers et environnement »ne se limite donc pas au plan scientifique, toujours ouvert à la controverse et la contre expertise, mais bien à : Que peut-on faire pour la population ?

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental