Carrière du Penant à Dinant : loisirs et nature compatibles?

Carrière du Penant à Dinant : loisirs et nature compatibles?

Depuis 10 ans, le site du Penant, cette ancienne carrière située au sud de Dinant, à proximité de la Meuse et de la N97, est occupé par Dinant Aventure qui y développe des activités de loisirs. Et ce, en toute illégalité – mais avec l’approbation tacite de la Région – puisque le site est toujours classé en zone d’extraction au plan de secteur. Cette carrière était devenue propriété de la Région suite aux expropriations menées lors de la construction du viaduc Charlemagne. La Région avait donc conclu avec la société Pitance un bail d’occupation, trop heureuse de ne pas voir la carrière se transformer en dépôt illégal de déchets. Cette situation est cependant problématique du fait d’une affectation erronée au plan de secteur, une zone d’extraction n’étant évidemment pas une zone de loisir… L’opérateur ne dispose donc d’aucun permis en bonne et due forme et la préservation correcte du site n’est pas garantie, ce qui est problématique quand on sait qu’une partie est classée en zone Natura 2000.

La commune de Dinant a donc lancé la première étape de régularisation, avec l’établissement d’un plan communal d’aménagement révisionnel en vue de convertir la zone d’extraction en zone de loisirs et en zone verte.
L’enquête publique, qui s’est terminée le 28 novembre, a réveillé les consciences endormie par 10 ans de fait accompli… Une régularisation a posteriori est toujours mal vécue et suscite logiquement des levées de boucliers. Mais a priori personne ne s’était vraiment ému de la chose durant les 10 ans d’activités. Toujours est-il qu’une des questions pertinentes consiste à se demander si la conduite d’une activité de loisirs sur un site partiellement classée en zone Natura 2000 est souhaitable ou si elle ne risque pas de mettre en danger les espèces protégées et les habitats à intérêt communautaire.

C’est pourquoi le rapport d’incidences environnementales du PCA se penche longuement sur l’impact de l’exploitation actuelle sur le site. En effet, peu de temps avant le début de l’activité de loisirs, un inventaire des habitats et des espèces présentes avait été fait et il est donc possible de comparer la situation actuelle et la situation antérieure du site qui présente une grande variété de types d’habitats: pans rocheux, éboulis stabilisés et partiellement boisés, pelouses calcaires… Et globalement, force est de constater que l’impact de l’activité de loisirs est faible et n’a pas mis en danger les espèces présentes sur le site. Les secteurs en évolution négative sont presque tous concernés par l’embroussaillement et le reboisement spontanés qui apparaissent toujours à la fin des exploitations minières. La raison de ce statu quo est certainement le respect des recommandations faites en 1998 lors de l’inventaire biologique: sentiers délimités, implantation des installations dans les zones les moins riches en biodiversité, etc.

Certes, un certain nombre de problèmes peuvent encore se poser et devront être résolus lors de la procédure d’obtention du permis unique que devra demander Dinant Aventures. La fréquentation du site, l’encadrement suffisant pour empêcher le piétinement de sites d’accès non autorisé, la résolution du problème des eaux usées, la gestion de l’embroussaillement du site sont autant de points à garder à l’attention lors de la suite de la procédure et ce sont ces points qui feront la différence entre un site surexploité, dégradé, et un site de loisirs qui cohabite avec des zones naturelles.

La post-gestion des carrières n’est pas une affaire figée. Il serait simpliste d’exiger que toutes les carrières retournent “à la nature” après exploitation. Des solutions au cas par cas peuvent être envisagées, qui permettent à la fois de garder le côté naturel et favorable à la biodiversité, tout en permettant un usage raisonnable de ces surfaces. Le tout, évidemment, dans le respect des lois et sous le contrôle des autorités qui, espérons-le, ne laisseront plus au hasard le soin de trouver une destination optimale à chaque ancien site carrier.

Extrait de nIEWs (n°101, du 1er au 15 décembre 2011),

la Lettre d’information de la Fédération.

Pour lire les autres articles, cliquez ici.

Fermer le menu