Changements climatiques : Nairobi à la croisée des chemins

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques se déroulera cette année du 6 au 17 novembre à Nairobi (Kenya). L’évènement est appelé « COP12/MOP2 » car s’y dérouleront la douzième Conférence des Parties à la CCNUCC [[Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Son objectif ultime de « stabiliser (…) les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique »
]] et la deuxième rencontre des Parties au Protocole de Kyoto. C’est en effet la douzième fois que les pays signataires de la Convention –cadre se réunissent, et la deuxième rencontre des pays ayant ratifié le Protocole de Kyoto depuis l’entrée en vigueur de celui-ci.

Maximum + 2°C !!
A mesure que progressent les connaissances en matière de changements climatiques, le constat ne fait que se confirmer : ce phénomène, dont les effets sont déjà observables aujourd’hui, est probablement l’un des plus grands défis auxquels l’humanité ait été confrontée. Pour avoir une probabilité acceptable d’atteindre l’objectif ultime de la CCNUCC, les scientifiques s’accordent à dire qu’il convient de maintenir le réchauffement global sous la barre des 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle (une étude récente du NASA Goddard Institute for space studies faisant quant à elle référence à un plafond de 1,8°C).
Un tel niveau requiert des réductions d’émissions de gaz à effet de serre beaucoup plus importantes que celles qui ont été convenues dans la première phase du Protocole de Kyoto (-5,2% entre 1990 et 2008-2012 pour les pays industrialisés) : en moyenne au niveau mondial, elles devront être réduites de moitié pour 2050. Cela représente pour les pays industrialisés des réductions d’émissions de 80 % pendant cette période [[Les 80% représentent une adaptation des 50% requis au niveau mondial sur base du fait que les pays en développement, dont les émissions par habitant sont réduites actuellement, devront pouvoir augmenter légèrement leurs émissions dans les prochaines années.
]], une constatation que l’Union européenne utilise également comme base lors des négociations internationales relatives aux changements climatiques [[Cfr. Les conclusions du Conseil de l’environnement du 11 mars 2005 et le Sommet de printemps du Conseil du 24 mars 2005.
.]]
Les mesures prises actuellement sont donc largement insuffisantes : une réelle remise en question de notre système énergétique (le principal responsable des émissions de gaz à effet de serre) est nécessaire à court terme, au risque d’atteindre rapidement un « point de non retour ». Reporter l’action d’une décennie augmenterait en effet considérablement les efforts à consentir (et donc les coûts induits) pour atteindre un même objectif de réduction. Un rapport [[STERN Review : The economics of Climate Change”, oct 2006. www.sternreview.org.uk 
]] publié ce 30 octobre par un ex-responsable de la Banque Mondiale estime ainsi que le réchauffement climatiques pourrait coûter chaque année à l’économie mondiale jusqu’à 7 trillions de dollars (5,5 trillions d’euros [[Soit 5 500 000 000 000 euros/an
]]) si les gouvernements ne prennent pas des mesures radicales au cours de dix prochaines années. On ne peut donc plus se permettre d’attendre davantage.
Alors que les messages de la société civile se sont multipliés ces derniers mois (les ONGs, mais également les syndicats, entreprises, organisations religieuses, etc. se sont déclarés particulièrement préoccupés par le phénomène), il est aujourd’hui indispensable qu’ils soient entendus et relayés par les plus hauts niveaux de pouvoir. Nous attendons donc un geste fort de la part des Parties présentes à Nairobi, et enjoignons l’Union Européenne d’assurer le rôle de leadership qu’elle a dernièrement tenu sur la scène internationale, afin que des avancées réelles soient obtenues à la table des négociations.

Les enjeux de la Conférence de Nairobi
Plusieurs sujets feront l’objet de débats lors des négociations de Nairobi. Les trois thèmes suivants  soulèvent de nombreux enjeux:

  • Quels engagements à long terme ?
  • Stratégie d’adaptation aux changements climatiques 
  • Révision des mécanismes de développement propre
  • Quels engagements à long terme ?

Lors de la Conférence de Montréal en 2005, un dialogue sur la collaboration à long terme entre les Parties à la convention a été initié afin d’examiner les stratégies à mettre en place pour impliquer l’ensemble des pays signataires dans des démarches de réduction d’émissions.
Parallèlement, le processus de négociation pour une seconde période d’engagement a débuté dans la cadre du Protocole de Kyoto, lequel porte sur la période 2008-2012. Huit années ayant été nécessaires pour que le fameux texte entre en vigueur, il est indispensable que les négociations sur le cadre d’un « Kyoto-bis » soient conclues fin 2008 au plus tard, afin qu’il n’y ait pas de « temps mort » entre la première et la seconde période d’engagement [[L’expérience du Protocole de Kyoto révèle en effet qu’après les négociations des accords de Marrakech, trois ans et demi ont été nécessaire pour que le Protocole de Kyoto entre vigueur.

.]] Une telle continuité est en effet indispensable pour éviter les incertitudes et émettre un message clair à destination des différents secteurs concernés.

Pour les associations environnementales, l’accord sur une seconde période d’engagement devra reposer sur les trois piliers suivants :

  • Des objectifs de réduction plus ambitieux : comme évoqué ci-dessus, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront être réduites de moitié au moins d’ici 2050. Des engagements supplémentaires seront donc nécessaires après 2012, en particulier pour les pays de l’Annexe 1 (pays industrialisés et économies en transition) qui devront réduire leurs émissions de 30% d’ici 2020 et être tenus de réaliser l’essentiel des efforts au niveau domestique.
  • Une participation plus large des pays émetteurs, en veillant en particulier à impliquer les plus gros pollueurs d’aujourd’hui (USA, etc.) et de demain (pays émergents dont les émissions croissent rapidement tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, etc.), même s’il ne peut encore être question à ce stade d’attribuer à ces derniers des objectifs de réduction d’émissions en termes absolus. La répartition des objectifs devra être guidée par les principes d’équité, de responsabilité différenciée et de capacité à agir. Des instruments incitatifs s’avèreront probablement nécessaire pour gagner l’adhésion de l’ensemble des pays.
  • Des mécanismes d’adaptation ayant une portée étendue, impliquant l’assistance aux pays les moins avancés par les pays industrialisés, et la mise en place d’un fonds d’adaptation financé par ces derniers afin de faire face aux effets du réchauffement global.

Il est en outre nécessaire de rappeler que seul un cadre concret prévoyant des objectifs chiffrés et contraignants de réduction d’émissions, tel que celui mis en place par le Protocole de Kyoto, permettra de réduire efficacement et rapidement les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Toute initiative parallèle, telle que la partenariat Asie-Pacifique visant à promouvoir la recherche dans des technologies futures par exemple, représente donc une perte de temps et de moyen et nous détourne des véritable enjeux. Nous disposons aujourd’hui des connaissances nécessaires et des technologies suffisantes pour réorienter notre système énergétique vers une voie durable. Il convient de tout mettre en œuvre pour l’emprunter au plus tôt.

  • Adaptation aux changements climatiques

Le second thème qui fera l’objet de vives discussions lors de la COP12/MOP2 porte sur la stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Le réchauffement global est déjà observable à l’heure actuelle, cela fait aujourd’hui l’unanimité parmi la communauté scientifique : la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de 0,8°C depuis 1900 (et de 0,6°C depuis 1970) et 19 des 20 années les plus chaudes depuis 1880 ont été observées après 1980. Ce réchauffement conduit à une augmentation – en nombre et en intensité – des évènements climatiques extrêmes, à une élévation de la température et du niveau des mers, à la fonte des glaciers, etc.
Parallèlement à la stratégie mondiale de réduction d’émissions, il convient donc de mettre en place un processus destiné à permettre aux pays les plus vulnérables (qui sont pour la plupart des pays non-industrialisés, donc très peu responsables du phénomène) – l’Afrique en particulier – de faire face aux conséquences négatives du réchauffement global. Le fond d’adaptation, créé dans le cadre du Protocole de Kyoto, donc être rendu opérationnel dans les plus brefs délais. Il en va de même pour le programme de travail quinquennal en matière d’adaptation, dont l’objectif assigné est d’assister les Parties afin d’améliorer l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques en matière d’adaptation.

  • Mécanismes de développement propre (MDP)

Les mécanismes de développement propre peuvent occuper une place importante dans la stratégie de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, et constituent en théorie un outil très intéressant pour permettre aux pays en développement de s’orienter vers une économie plus sobre en carbone. Consistant pour les pays de l’Annexe 1 à investir dans des projets de réduction d’émissions dans les pays non-Annexe 1, afin de se voir créditer les émissions évitées, cet outil rencontre un succès important dans le cadre du Protocole de Kyoto. Néanmoins, de nombreuses interrogations subsistent quant à la contribution de nombreux projets envisagés  au développement durable des pays concernés, et certaines barrières – en particulier l’accès aux capitaux – sont aujourd’hui observées, empêchant de nombreux pays moins avancés d’accéder à ce type de mécanisme. Ces barrières devront être levées.

Il faudra également veiller à ce que le principe d’additionnalité des projets (assurant que ceux-ci n’auraient pas été mis en œuvre sans le mécanisme MDP ») ne soit affaibli comme le souhaitent certains, et que la technologie de séquestration et piégage du carbone ne soit pas reconnue dans le cadre des MDP. L’on ne dispose en effet pas des éléments suffisants à ce stade (en termes de coûts, de rendement énergétique, de potentiel technique/économique, de risques pour la santé et l’environnement, etc.) pour juger en pleine connaissance de cause de la contribution qu’elle est susceptible d’apporter dans une stratégie de réduction d’émissions. Investir dans une technologie n’offrant aujourd’hui pas toutes les garanties nécessaires détourne des moyens financiers importants qui devraient être consacrés en priorité à des technologies éprouvées. Les fonds publics doivent être dès lors affectés en priorités à l’efficacité énergétique, à la maîtrise de la demande et aux sources d’énergie renouvelables.

Enfin, divers thèmes feront également l’objet de discussions durant la Conférence des nations unies à Nairobi. Citons notamment:

  • Article 2 de la CCNUCC : revue des informations les plus récentes en matière d’impacts des changements climatiques afin d’éclairer les Parties sur les niveaux de réduction nécessaires pour atteindre l’objectif ultime de la Convention consistant à  empêcher toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.
  • Transfert des technologies : L’ampleur du transfert des technologies et des financement y afférant doit être cohérente avec les objectifs de réductions requis pour atteindre l’objectif des 2°C. Les différents options envisageables pour mettre en place un transfert des technologies approprié pour atteindre cet objectif devront faire l’objet d’analyses et synthèses. La question des organes de concertation adéquats pour la mise en œuvre d’une telle stratégie fera l’objet de discussions particulières, ainsi que les brevets et droits de propriété.
  • Emissions liées au transport international (aviation et transport maritime) : ces émissions ne sont actuellement pas prise en compte dans le cadre des engagements du Protocole de Kyoto. Une analyse des différentes options envisageables pour les inclure dans une seconde période d’engagement en les allouant de la manière la plus appropriée devra être menée.

Quel rôle pour la Belgique et l’UE ?

Durant la COP12/MOP2, la Belgique ne participera pas à proprement parlé aux pourparlers internationaux puisqu’elle sera représentée par une Union européenne s’exprimant d’une seule voix à la table des négociations, par l’intermédiaire de la présidence finlandaise. Néanmoins, les Etats-membres suivent au jour le jour l’évolution des débats, et se concertent quotidiennement concernant les positions qu’il convient de défendre. Par le passé, l’UE a joué un rôle moteur dans la conduite des négociations internationales en matière de changements climatiques. Il est indispensable qu’elle adopte une telle attitude à Nairobi, puisque la tâche s’annonce d’ores et déjà peu aisée pour arriver à un accord

Pour en savoir plus :

  • Jean-Yves Saliez, Secrétaire général d’Inter-Environnement Wallonie, sera présent à Nairobi du 6 au 15 novembre. Il vous fera quotidiennement part de l’évolution des négociations, de ses impressions et commentaires concernant l’évènement sur le site d’IEW
  • L’évolution des négociations internationales peut être suivie quotidiennement sur :
    www.unfccc.int
    http://www.iisd.ca/climate/cop12/
  • Le samedi 4 novembre 2006, dans près de cinquante pays à travers le monde, des manifestations réclamant d’urgence des actions concrètes de lutte contre les changements climatiques seront organisées (www.globalclimatecampaign.org ). Cette mobilisation est programmée à la veille de la XIIème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qui se tiendra à Nairobi (Kenya) du 6 au 17 novembre. En Belgique, plusieurs associations environnementales organisent, Place de la Monnaie,au coeur de Bruxelles, une action pour “réveiller” nos décideurs. Tous ensembles, nous allons symboliquement réveiller les ministres présents à Nairobi en actionnant notre réveil-matin… Nous en profiterons pour leur remettre les revendications que nous souhaitons les voir défendre lors de ce sommet. Parallèlement, une information sur les changements climatiques sera mise à disposition du public et une sensibilisation sera menée pour alerter chacun(e) sur ce qu’il (elle) peut faire pour contribuer à la lutte contre ces changements. Rejoignez-nous dès 10h30 !(Voir document en pièce jointe)

Notes

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental