Chronique d’une disparition annoncée

Chronique d’une disparition annoncée

Après avoir bataillé ferme contre tous les projets de limitation et de taxation des sacs jetables, voilà que la grande distribution retourne sa veste et fait savoir à qui veut l’entendre qu’elle a décidé de supprimer les sacs gratuits vu le succès des campagnes de promotion des emballages réutilisables. Delhaize a en effet annoncé voici quelques semaines la fin des sacs plastiques gratuits et compte fixer le prix de 5 centimes par emballage jetable. GB se dirige également dans la même direction. Un sac à usage unique coûtera dorénavant au consommateur 3 centimes dans ses magasins.

Ce secteur s’est-il soudainement rallié aux thèses des environnementalistes ? Pas exactement: le secteur s’adapte simplement à l’entrée en vigueur d’une taxe sur les sacs plastiques à usage unique le 1 juillet.

Quels enseignements tirer de ceci ? Une taxe même d’un faible montant permet d’orienter efficacement les choix des producteurs et des consommateurs. Il aura par exemple fallu 3 ans pour réduire de manière volontaire la consommation des sacs de caisse de 40%. Avec cette taxe, un mois suffira pour régler le problème.

Deux choix s’offriront au consommateur. Il adopte le panier ou le sac réutilisable vendu par le magasin et il ne voit pas ses dépenses augmenter. Bien au contraire, ce geste lui permet de gagner des points « fidélité » à chaque présentation de ses emballages réutilisables en caisse. Soit, il refuse de changer ses habitudes. Il conserve alors le droit de disposer de sacs jetables à la caisse mais contre une rétribution évaluée en général au prix coûtant majoré de la taxe. Cela coûtera au client distrait ou indifférent à l’environnement la somme de quelques dizaines d’euros par an selon la quantité consommée.

Notons que rien ne change bien sûr pour les consommateurs qui font leurs achats dans des enseignes telles que Colruyt qui n’offraient déjà aucun sac à la sortie. L’application de cette mesure est avant tout d’ordre symbolique car elle concerne un produit phare (durée vie moyenne de 20 minutes) de notre société de consommation. Eviter l’utilisation de sacs de caisse constitue un premier pas vers une évolution rationnelle de nos comportements de consommation.

Voilà donc enfin une « éco-taxe » en passe d’aboutir. Rappelons que l’objectif des écotaxes, selon la loi du 16 juillet 1993 « n’est pas de financer la politique des autorités, mais bien de modifier le comportement des producteurs et des consommateurs afin de les rendre plus respectueux de l’environnement. De ce fait, seront considérées comme taxes environnementales, toute taxe d’un montant suffisant pour réduire significativement l’utilisation ou la consommation de produits générateurs de nuisances pour l’environnement et/ou pour réorienter les modes de production et de consommation vers des produits plus acceptables sur le plan de l’environnement et de la préservation des ressources naturelles.» Par conséquent, une écotaxe qui atteint son but ne rapporte rapidement plus grand-chose à l’état (directement du moins). Par contre, cette impulsion pour un changement des comportements est fondamentale pour répondre au défi climatique et à la raréfaction des ressources. Espérons que ceci ne constitue qu’un premier cap et que d’autres produits suivront comme le papier non-recyclé, les piles jetables, les pesticides, …

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental