Climat, coronavirus : l’ambiguïté des injonctions rassurantes

Climat, coronavirus : l’ambiguïté des injonctions rassurantes

Les messages rassurants peuvent-ils renforcer l’anxiété ? Crise environnementale ou crise sanitaire, les injonctions à « ne pas céder à la panique » sont nombreuses, et sans doute parfois justifiées. Ces injonctions sont cependant souvent ambigües : quand elles constituent le principal élément de réponse de ceux qui les portent, elles peuvent être perçues comme une forme de déni. Et ce d’autant plus que la population est informée et consciente d’une situation qui est, objectivement, non maîtrisée. Face à une crise, les messages doivent accompagner une action proportionnée, et non s’y substituer.

Coronavirus

« Je pense qu’il est très important que nous traitions nos citoyens comme des adultes et que nous leur expliquions que nous ne savons pas où cela va nous mener, que nous allons voir plus de cas, et une diffusion à travers nos communautés (…).

Nous ne savons pas à quel point cela va devenir important, mais nous avons le système de santé publique et de surveillance le plus avancé au monde. Nous travaillons activement à la mise au point d’un vaccin. Nous travaillons activement à la mise au point d’une thérapie, le diagnostic est sur le terrain. Et nous allons travailler pour protéger le peuple américain avec tous les outils dont nous disposons. »

Ces paroles, étonnantes de sincérité, surtout dans leur première partie, viennent d’Alex Azar, Secrétaire d’État américain à la santé.

Réchauffement climatique

« Les jeunes ne doivent pas croire aux scénarios d’apocalypse ni aux prédictions de malheurs qui exigent que l’humanité fasse des changements irréalistes. (…) Les jeunes doivent avoir confiance en l’avenir et en la force de l’innovation. S’ils se penchent sur le passé, ils verront que l’humanité a toujours rencontré des problèmes majeurs, mais que nous avons toujours trouvé des solutions grâce à l’innovation. (…) Nous ne disposons pas encore de la technologie pour trouver des solutions à tout surtout en matière de transition énergétique, mais cela arrivera. (…) Si vous devez vous culpabiliser parce que vous partez en city-trip en avion, alors il y a quelque chose qui ne va pas. (…) Tout indique que le meilleur est encore devant nous et pas derrière nous. »

Ce message qui se veut rassurant en apparence, mais qui nie l’aggravation en cours et les conséquences déjà visibles du réchauffement climatique, vient de Bart de Wever. Signe supplémentaire de sa négation des inquiétudes d’une partie de la population flamande, il avait alors refusé de rencontrer les jeunes pour le climat et Greta Thunberg. En réalité, son discours ciblait un autre public et avait une autre fonction : il visait à conforter les représentations de son électorat NVA, y compris dans le déni.

Ma génération est assez peu soumise à l’anxiété climatique. Celle qui nous précède encore moins. Nous avons grandi et sommes devenus adultes dans un monde où l’on ne parlait des problèmes environnementaux que de manière ponctuelle et cloisonnée. Ceci ne doit pas nous empêcher d’entendre et de reconnaître les inquiétudes légitimes de celles et ceux qui nous suivent, et qui ont grandi avec des informations à la fois plus larges et plus précises sur l’ampleur des dégâts en cours.

Au stade où l’on en est, les postures volontairement optimistes peuvent sans doute trouver un écho chez ceux qui minimisent le problème, ou qui préfèrent l’ignorer, mais elles risquent au contraire paradoxalement de renforcer l’éco-anxiété chez les autres. Prenons une personne touchée par un cancer. Son médecin dit que tout va bien aller. Si elle sait par ailleurs que ce message n’est pas fondé d’un point de vue médical, mais résulte de la volonté du médecin de la rassurer, elle risque de ne pas être rassurée du tout et de ne plus donner beaucoup de crédit à ce qu’il lui racontera par la suite. Cette personne fera plus confiance à un médecin qui la traite en adulte et lui partage de manière transparente les inquiétudes à avoir et les espoirs permis, sur base des données connues.

Au niveau environnemental, avoir des responsables qui reconnaissent publiquement que la situation devient critique (ce qu’une part croissante de la population réalise), donne plus confiance dans le fait qu’on va tenter de faire quelque chose que d’avoir des responsables qui disent que tout va bien se passer et que la transition est avant tout une affaire d’opportunité. Face à l’éco-anxiété, la reconnaissance pleine et entière du problème, ainsi que la mise en place d’actions concrètes en réponse au problème identifié, semblent indispensables.

Noé Lecocq

Climat & Mobilité