Climat : une mutation colossale à concrétiser

Climat : une mutation colossale à concrétiser

Le nouveau Gouvernement dote la Wallonie d’une ambition climatique claire et positive. Il faut s’en réjouir et le saluer. La concrétisation sera cependant le test de vérité. Tous les membres du Gouvernement feront-ils leur cette ambition ? Sauront-ils mobiliser leurs administrations et, au-delà, l’ensemble de la société wallonne ? Sauront-ils réaliser les arbitrages nécessaires, mais parfois difficiles, au service du bien commun ? Sauront-ils sortir d’une vision centrée sur la croissance du PIB pour aller vers une véritable cohérence environnementale et sociale ?

Une ambition claire et positive

La DPR wallonne fixe clairement l’ambition climatique à moyen et long terme :

« La Région vise la neutralité carbone au plus tard en 2050 (dont 95% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990), sur base d’une trajectoire progressive de réduction des émissions de gaz à effet de serre avec une étape intermédiaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport à 1990 d’ici 2030. »

Cette ambition sera opérationnalisée via les mécanismes du décret « climat » : budgets d’émission avec répartition sectorielle, renforcement du Plan air climat énergie (PACE), collaboration avec l’administration (AWAC) et le Comité wallon d’experts pour le climat, etc.

Le Plan air climat énergie sera déjà renforcé, en ligne avec l’ambition, et ce d’ici fin 2019. Et une large consultation sera également réalisée avec les secteurs, avec l’objectif de finaliser totalement un PACE renforcé d’ici fin 2021.

Voir également notre article : Que devrait viser un Plan énergie-climat 2030 ?

Un test climat sera mis sur pied, pour évaluer l’impact climatique de toute décision du Gouvernement.

Parallèlement, le Gouvernement organisera une journée annuelle du climat, et une commission mixte sur le climat sera mise en place au Parlement wallon.

Le Gouvernement a également la volonté d’impliquer le niveau local, à travers le projet Pollec notamment : « L’objectif est que chaque commune, seule ou en groupe (mais sans création de nouvelle structure) et chaque province participent à la Convention des maires et mettent en œuvre les mesures prévues par leur plan d’action énergie-climat. »

Voir également notre article : Votre commune met-elle en œuvre la Convention des Maires pour le climat et l’énergie ?

Un défi majeur pour transformer la Wallonie

Si l’ambition climatique de la DPR wallonne doit être saluée, sa mise en œuvre nécessitera une implication large de l’ensemble des membres du Gouvernement et de toutes les administrations. Le climat est en effet une thématique transversale par excellence. L’implication positive de l’ensemble des acteurs sociétaux (citoyens, entreprises, syndicats, associations…) sera également déterminante pour décarboner la Wallonie à long terme, et engranger déjà de réels progrès en réduisant rapidement nos émissions à court terme.

La concertation aura une place importante pour impliquer tous les secteurs, mais le politique devra aussi pleinement jouer son rôle. La vitesse et l’ampleur de la transformation nécessitera immanquablement certains arbitrages politiques. Ceux-ci ne pourront être indéfiniment reportés pour ne fâcher personne. Ils devront être réalisés dans le souci du bien commun, en visant l’efficacité environnementale et la justice sociale. « L’ensemble des secteurs doit contribuer solidairement et équitablement aux objectifs climatiques de la Wallonie » dit la DPR. Notons à cet égard que la fiscalité environnementale, levier majeur pour faire contribuer tous les secteurs, est trop peu présente dans la DPR.

Il s’agira en parallèle de poser les bases d’une nouvelle prospérité pour la Wallonie : une prospérité qui ne sera plus fondée sur des activités « climatocides » (comme le développement aérien notamment), mais sur une économie décarbonée au service d’une qualité de vie durable. La transition offre des perspectives à saisir à ce niveau : rénovation du bâti, développement des énergies renouvelables, développement d’une agriculture durable insérée dans l’économie locale, etc.

En termes de vision, le Gouvernement a-t-il compris que le PIB a perdu de sa pertinence comme indicateur de progrès et de développement humain ? Le souhait exprimé dans la DPR de développer d’autres indicateurs suffira-t-il à voir plus loin que la croissance ? Le test climat et le Haut Conseil Stratégique prévu par le Gouvernement permettront-t-ils véritablement de changer d’approche, pour enfin cesser de construire l’économie sur base de destruction environnementale et de pression accrue dans le monde du travail ?

La cohérence environnementale et sociale des décisions gouvernementales constituera un test difficile et exigeant, mais ce sera celui sur lequel l’action du nouveau Gouvernement sera in fine jugée.

Voir également notre article : Classement climatique d’IEW – les TOPs et FLOPs du climat

Noé Lecocq

Climat & Mobilité

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