Consultation « Biodiversité 360° » : réunion ce 14/09 !

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La consultation sur le projet de la Stratégie « Biodiversité 360° » est en cours : venez en discuter avec nous ! Pourquoi ? Lisez ce qui suit !

La Wallonie est en passe de se doter de sa toute première Stratégie « Biodiversité 360° ». Le processus a débuté fin 2018, avec l’organisation des Ateliers de la Biodiversité. Adaptant les objectifs européens à l’échelle régionale, elle devrait définir les actions à mener d’ici 2030 afin d’amorcer une tendance positive pour la biodiversité en Wallonie.

Pourquoi une stratégie biodiversité – Etat des lieux pour se mettre dans l’ambiance

C’est enfoncer une porte ouverte que d’affirmer aujourd’hui que la biodiversité est en très mauvais état. L’érosion de la biodiversité s’exprime aussi bien en terme de perte de diversité des espèces que d’une moindre abondance des populations subsistantes. En Allemagne, c’est une perte de 75% en abondance d’insectes qui a été constatée au sein des réserves naturelles sur une période de 30 ans.

Ce ne sont plus seulement les espèces dont la niche écologique est restreinte, espèces généralement très sensibles aux moindres changements de leur environnement, qui disparaissent ou sont en déclin : quasiment toutes les espèces communes sont maintenant concernées.

Seules quelques espèces opportunistes (corneille noire, renard roux, sanglier par exemple) tirent leur épingle du jeu, et arrivent à s’accommoder à nos milieux urbains et agricoles aseptisés. C’est le cas aussi pour quelques espèces exotiques envahissantes très compétitrices comme le raton-laveur ou la renouée du Japon. D’autres espèces qui ont fait l’objet de projets de conservation spécifique voient aussi leur statut s’améliorer. C’est également le cas pour certains habitats naturels, tels que les tourbières et pelouses calcaires.

Mais globalement, en Wallonie comme partout ailleurs, les quelques indicateurs de suivi de la biodiversité sont dans le rouge. Les oiseaux communs sont en forte régression, en particulier ceux des milieux agricoles avec un déclin parmi les plus marqués d’Europe. Au fur et à mesure des années, le paysage sonore en a perdu en qualité, complexité et intensité. Au niveau des habitats, la quasi-totalité de ceux visés par Natura 2000 présentent un état de conservation défavorable.

Cette perte de diversité, ancienne et contemporaine, entraine des effets en cascade avec la perturbation du fonctionnement des écosystèmes et la perte des liens au sein des réseaux trophiques. Une analyse des communautés de mammifères montrent que la défaunation en cours depuis la fin du Pléistocène avec une perte de seulement 6% des espèces, a provoqué la disparition de plus de 50% des liens proies-prédateurs.

Ceci démontre que la disparition de quelques espèces clés perturbent tout un réseau trophique et déstabilise les écosystèmes. Or un écosystème riche en espèces et complexe est  plus fonctionnel et résilient aux phénomènes naturels extrêmes tels que ceux que nous subissons depuis quelques années en Europe (sècheresses, canicules, inondations, feux de forêts, etc.).

La nature est aussi bénéfique pour la santé et le bien-être, et ce besoin a été fortement mis en exergue lors de la crise du COVID-19. Avoir accès à des espaces verts diversifiés dans les milieux urbains, ou à proximité, permet de réduire le stress, l’anxiété et la dépression. La vue depuis sa fenêtre sur un paysage considéré plus naturel est également un facteur non-négligeable de satisfaction.

Au niveau économique, un rapport récent des banques centrales (NGSF) reconnait la perte de biodiversité comme étant un facteur d’instabilité macroéconomique et de la finance mondiale. Elle recommande notamment d’investir dans une économie plus favorable pour la biodiversité.

Plus qu’une simple décoration attrayante et divertissante, la biodiversité fait partie des fondements même de notre existence sur terre, en nous fournissant les ressources de base qui permettent à nos sociétés de se maintenir. Elle ne peut donc pas disparaître sans entrainer  d’importantes conséquences sur nos modes de vie : nous les  subissons déjà.

Pressions anthropiques sur notre environnement

Les activités humaines constituent une pression énorme sur notre environnement. A titre de comparaison, alors que la masse des produits d’origine anthropique (briques, asphalte, métaux, etc.) était équivalente à 3% de la biomasse totale (humains et espèces domestiques compris) au début du 20ème siècle, elle la dépasse depuis 2020. Cette augmentation a connu une forte accélération après la 2ème Guerre Mondiale, avec le développement accru de l’urbanisation et des routes asphaltées, et la consommation croissante. Chaque semaine, on produit un peu plus que de la totalité de la biomasse constitué par les humains.

Par contre, la biomasse produite par les cultures agricoles ne compense pas la perte de biomasse due à la déforestation et autres utilisations des terres.

La perte de biodiversité est principalement causée par l’artificialisation des terres, la fragmentation des habitats et l’agriculture intensive. En Belgique, l’urbanisation et la vente de produits phytosanitaires sont parmi les plus élevés d’Europe. En matière d’azote, la Wallonie est certes plus bas que la Flandre, mais reste dans le top 10 des régions européennes où les quantités d’azote sont parmi les plus élevées.

Dans son dernier rapport, l’OCDE pointe le manque d’ambition de la Belgique au niveau environnemental et recommande de mieux intégrer la biodiversité dans l’ensemble des politiques. La Belgique et les entités fédérées doivent également aligner leurs politiques sur les objectifs de la Stratégie européenne en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030.

L’Europe prépare également une Loi pour la Restauration de la nature qui sera contraignante.

La Stratégie « Biodiversité 360° »

Tous ces éléments, loin d’être exhaustifs, nous permettent malgré tout d’appréhender le contexte dans lequel cette stratégie s’inscrit et l’importance de sa mise en œuvre à l’échelle régionale.

L’objectif principal du gouvernement à travers ce document est d’intégrer la biodiversité de façon transversale dans toutes les composantes de la société.

Comment s’est-elle construite ?

Les Ateliers de la Biodiversité qui se sont tenus en décembre 2018 et janvier 2019, ont réuni tous les acteurs de la conservation de la nature afin de définir les enjeux et les recommandations pour une meilleure prise en compte de la biodiversité.

Suite à cet évènement, le Gouvernement Wallon s’est engagé dans sa Déclaration de Politique Régionale pour la législature 2019-2024 à élaborer et à mettre en oeuvre la stratégie « Biodiversité 360° » sur base des résultats des Ateliers.

Elle intègre également les objectifs des différentes politiques nationales et internationales. Une des plus importantes étant la Stratégie en faveur de la Biodiversité à l’horizon 2030, qui demande notamment d’atteindre un objectif de 30% d’aires protégées, dont 10% sous statut strict. Mais également de s’engager à restaurer l’état de conservation de 30% des espèces et habitats qui ne sont pas dans un état favorable.

Que contient la stratégie ?

Concrètement, cette stratégie se décline en plusieurs axes au sein desquels ont été définis des objectifs stratégiques puis opérationnels. Un plan d’action traduit le document en 86 fiches actions, classées selon les objectifs concernés.

  1. Le premier axe vise la restauration et la préservation des espèces et habitats menacés. Celui-ci passe par l’objectif de 5% d’aires protégées strictement d’ici 2030, l’élaboration de plans d’action, la mise en place d’un réseau écologique fonctionnel, qui valorise les services écosystémiques et reconnu légalement, ainsi que la lutte contre les espèces exotiques envahissantes.
  • Le 2ème axe s’attaque aux pressions liées aux activités humaines qui impactent la biodiversité. L’objectif estd’intégrer la biodiversité dans les politiques et pratiques d’aménagements et de gestion. Les mesures visent à un meilleur encadrement de l’évaluation des impacts et à s’assurer d’aucune perte nette de biodiversité, soit via l’évitement, ou à défaut par la mise en œuvre des mesures d’atténuation ou de compensation. L’objectif est aussi d’encourager les bonnes pratiques de gestion sylvicole et agricole, afin de préserver nos ressources naturelles. Il s’agit également d’augmenter la place réservée à la nature en ville et dans le bâti, ainsi que de soutenir les efforts réalisés par les entreprises.
  • Le 3ème axe s’attache à valoriser la biodiversité et la mobilisation des acteurs, à travers le développement de la fonction socio-récréative (notamment l’écotourisme) et l’amélioration des outils de communication, d’éducation et de formation. Sont également visés les gestionnaires des espaces forestiers et agricoles, ainsi que la création des deux parcs nationaux (en cours).
  • Articulation de l’action régionale aux différentes échelles : les collectivités locales seront incitées à décliner les objectifs régionaux à leur niveau.
  • Mieux légiférer et améliorer les connaissances : ce dernier axe constitue le support de l’ensemble de la stratégie à travers une meilleure adéquation de la législation avec les enjeux actuels, ainsi qu’en renforçant la recherche régionale en matière de biodiversité (collecte des données, évaluation et diffusion des résultats)…

Bien que certaines actions fassent partie du Plan de Relance Wallon et sont donc déjà en cours, l’ensemble du document en est à la phase de consultation des parties prenantes. Vous êtes une asbl membre active dans le domaine de la biodiversité ou concernée par la question, venez nous rejoindre le 14 septembre à 13h30 pour une rencontre associative afin d’échanger sur ce document.

Références

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Anne-Laure Geboes

Biodiversité