Contrôle technique moto : les vraies priorités

Contrôle technique moto : les vraies priorités

Le samedi 22 septembre, journée mondiale sans voiture, entre 4.500 et 6.000 motards se sont rassemblés à Bruxelles dans le cadre de la manifestation européenne contre le contrôle technique pour les motos. Dans une vidéo de près de 10 minutes visible sur son site internet, la FBMC (fédération belge des motards en colère), qui organisait le rassemblement, présente son argumentation pour s’opposer au contrôle technique moto. Schématiquement, trois points sont soulevés :

  • le bon état général des motos, dû notamment au fait que les consommables (pneus, plaquettes, …) sont plus visible et changés plus régulièrement que sur une voiture;
  • le faible pourcentage d’accidents graves imputables au mauvais état du véhicule;
  • le fait que l’urgence réside plutôt dans l’entretien du réseau routier.

Nous passerons rapidement sur le premier élément, de l’ordre de la pétition de principe, pour en arriver aux deux suivants, qui sont, sur le fond, recevables et objectivables. On peut comprendre la colère de ceux qui sont confrontés au mauvais état de la voirie. Le problème est également bien connu des autres usagers de la route et les cyclistes y sont également fort exposés.
Il est cependant difficile d’identifier clairement pourquoi la FBMC s’oppose de manière aussi frontale à l’introduction du contrôle technique. L’affiche appelant à manifester disait à ce propos : « il arrive et l’élimination va commencer – c’est vous le prochain ». Outre que cette communication est difficilement compatible avec les propos relatifs au bon état général des motos (pourquoi craindre un contrôle si on sait que son véhicule est en bon état ?), on voit mal pourquoi le contrôle technique serait incompatible avec l’entretien du réseau.

Nous rejoignons cependant la FBMC sur un point : il y a d’autres urgences en matière de motos, quoique ceci ne devrait pas dispenser les propriétaires de ces véhicules de se soumettre au contrôle technique. Ces urgences sont relatives à l’introduction de normes en matière de puissance maximale admissible et de bruit à l’échappement. Le bruit est actuellement réglementé par la directive 97/24/CE qui n’est guère fort contraignante, comme chacun peut en faire l’expérience quotidienne. Les problèmes de santé induits par la pollution sonore sont pourtant eux aussi une urgence : on estime à 50.000 le nombre de décès annuels en Europe qui sont imputables au bruit routier. Le rapport poids/puissance de certaines motos est tout simplement ahurissant, permettant à celles-ci de passer de 0 à 100 km/h en 3 secondes, voire moins. Comment peut-on soutenir un seul instant que, disposant d’engins d’une telle puissance, les motards puissent aisément respecter le code de la route ? Plus un véhicule est puissant (que ce soit une voiture ou une moto), plus celui qui le conduit tend à utiliser cette puissance. C’est fondamentalement humain. Et c’est fondamentalement dangereux. Il est du devoir de la puissance publique de mettre un terme à cette situation où tout un chacun peut acheter (du moment qu’il en a les moyens) un véhicule inutilement puissant et rapide, mettant de ce fait en danger la vie d’autrui et son propre avenir. Et ceci, encore une fois, est valable tant pour les voitures que pour les camions.

Pierre Courbe

Mobilité