Copenhague Disco Club, with DJ Kofi & Guests

Nul ne sait si le Sommet de Copenhague accouchera d’une souris, d’un éléphant ou d’un traité mort-né mais il est d’ores et déjà acquis que l’événement aura donné lieu à une mobilisation artistico-mondaine d’une ampleur inégalée depuis le Life Aid initié par Bob Geldof en 1985 pour secourir les victimes de la famine en Ethiopie.

Dans le plat pays qui est le nôtre, le réalisateur Nic Balthazar a mis son talent et son énergie au service de la cause, réussissant à fédérer le ban et l’arrière ban de l’industrie audio-visuelle et à faire danser 12.000 figurants pour mettre en boîte un clip à travers lequel les citoyens du Royaume (et d’ailleurs) sont appelés à se mettre en mouvement pour botter le cul des décideurs réunis à Copenhague.

Ce coup d’éclat national apparaît toutefois dérisoire au regard de la machine de guerre mise en branle par Kofi Annan.

L’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Prix Nobel de la Paix millésime 2001 et actuel Président du Forum Humanitaire Mondial a en effet lancé une campagne baptisée « Time for Climate Justice » dont le casting laissera bouche bée les amateurs de pedigree People. DJ Kofi propose ainsi une reprise (artistiquement pathétique mais on absoudra cette offense au bon goût et aux tympans en retenant l’excuse de la bonne volonté de bien faire) du « Beds are burning » de Midnight Oil massacrée – pardon : interprétée… – par Amadou et Mariam, Youssou N’Dour, Lilly Allen, Duran Duran, Yannick Noah, les Scorpions, Charlie Winston , Jamie Cullum, Guillaume Canet, Marion Cotillard, Fergie from the Black Eyed Peas and many else (mais sans Michael Jackson, excusé pour cause de décès prématuré). Il affiche par ailleurs une liste de parrains à faire verdir de jalousie le « Bottin mondain » et devenir zinzins les tenants d’une orthodoxie idéologique foulée au pied par des apparentements terribles. Se côtoient en effet dans ce listing aussi prestigieux qu’improbable des personnalités aussi diverses voire antagonistes que Monseigneur Desmond Tutu, archevêque sud-africain Prix Nobel de la Paix 1984 ; Ted Turner, PDG de CNN ; les Présidents de la République allemande et de la Confédération helvétique ; Mohammed Yunus, le pape du micro crédit, Prix Nobel de la Paix 2006 ; la Reine Raïna de Jordanie ; Michel Camdessus, ancien directeur du Fonds Monétaire International et James Wolfershom, ancien Président de la Banque mondiale ; le CEO (Chief Executive Officer, en clair : le Boss) d’Havas, principal groupe publicitaire mondial… Et pour aller jusqu’au bout du grand écart, l’opération affiche une liste de soutiens/sponsors où Greenpeace côtoie les Galeries Lafayette, Oxfam flirte avec Pernod Ricard, le WWF tutoie Kraft et Amnesty International défile avec Marks & Spencer.

Ce grand tout indifférencié justifiable au nom d’un pragmatique « La fin justifie les moyens » échoue toutefois dans son objectif de mobilisation. En deux mois, la chanson a été visionnée moins de 400.000 fois sur YouTube (alors que la moindre vidéo bénéficiant d’un buzz y atteint le million de vues en quelques jours) et le projet comptabilise moins de 20.000 fans sur Facebook…

Le bilan belge n’est guère plus positif : « L’Appel pour Copenhague » de la Coalition Climat (qui regroupe plus de 80 organisations actives des deux côtés de la frontière linguistique dont les syndicats, les mouvements scouts, la Ligue des familles, etc., soit un potentiel de plusieurs millions de personnes) a récolté à ce jour… 600 signatures. Seul le clip de Nic Balthazar relève le gant de la popularité grâce à l’enthousiasme de son concepteur qui squatte les médias et la curiosité des 12.000 figurants curieux de se voir et se montrer à leurs amis, collègues, parents…

Dit plus clairement et plus crûment : Copenhague, le peuple s’en fout ! On a beau agiter sous son nez les chiffons rouges les plus écarlates qui soient, il n’est pas prêt à s’exciter pour le climat. Que l’enjeu l’indiffère ou le dépasse importe peu ; ce qui compte, c’est que le politique va se retrouver confronté à l’essence même de sa mission : avoir une vision à long terme, anticiper, choisir et agir pour le bien commun, que ses choix et actions soient populaires ou non.

En 1985, le Life Aid de Geldof avait mobilisé les foules émues par les images télévisées d’enfants décharnés crevant de la faim et de notre indifférence. Concerts et disques avaient permis de récolter plusieurs dizaines de millions d’Euros. Dans la foulée, les Nations Unies s’étaient engagées à réduire de moitié le nombre de victimes de la malnutrition dans le monde à l’horizon 2015.
25 ans plus tard, à 5 années de l’échéance onusiennes, les choses ont bel et bien changé, mais pas dans le sens escompté. La faim tue toujours en Ethiopie, mais aussi en Somalie, au Soudan, au Niger… Selon les chiffres officiels, le nombre de personnes souffrant de la famine a non pas diminué de moitié mais doublé depuis trente et se situe aujourd’hui au-delà du milliard… Sans que plus grand monde ne s’en émeuve. Cela démontre l’évanescence des mobilisations humaines mais aussi la difficulté pour la communauté internationale de tenir ses propres engagements.

On se gardera donc de tirer du bide de DJ Kofie & Guests la moindre indication quant à l’issue du Sommet. On adoptera au contraire une « positive attitude » considérant que Copenhague offre aux décideurs une occasion unique de démontrer avec éclat le rôle et l’importance d’un pouvoir politique allant au-delà des élans de la rue. Mais on restera dans le même temps conscients qu’un accord ambitieux ne constituerait que le premier pas sur un chemin aussi long que sinueux et semé d’embuches. Le passé nous a démontré avec la famine, mais aussi le SIDA, l’accès à l’eau potable ou encore la lutte contre la pauvreté que les bonnes et grandes résolutions ne suffisaient pas. Une lutte de tous les instants s’avère nécessaire si l’on veut passer des déclarations de principe aux actes. Et c’est là que la mobilisation citoyenne sera véritablement capitale.

Extrait de nIEWs (n° 64, du 12 au 26 novembre)

la lettre d’information de la Fédération.

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