Des taxes énergétiques, pour éviter la douche froide ?

Des taxes énergétiques, pour éviter la douche froide ?

Et si les taxes sur les énergies fossiles, levier économique par excellence défendu depuis de longues années déjà par les mouvements environnementaux et plus récemment par des instances reconnues tel l’OCDE, constituaient une réponse à la baisse actuelle du pouvoir d’achat ?

A l’heure où divers acteurs (pêcheurs, syndicats, producteurs de lait, agriculteurs, chauffeurs de poids lourds) continuent à clamer leur ras-le-bol face à la baisse du pouvoir d’achat, ne devrions-nous pas retourner le problème en défi et nous en saisir ? Ce faisant, nous pourrions impulser un réel basculement de nos modes actuels de production et de consommation, lesquels manifestent de plus en plus leurs limites en termes de «soutenabilité» et durabilité. Le Gouvernement ne serait pas en reste puisqu’il pourrait lui aussi porter sa pierre à l’édifice pour nous déshabituer, certes progressivement, de nos mauvaises habitudes «énergétiques». Comment ? En augmentant progressivement les taxes pesant sur les énergies fossiles. C’est du moins l’idée développée par Jean-Marc Jancovici, expert climatique indépendant français reconnu selon lequel «cette progressivité permettra à chaque consommateur ou producteur de s’organiser en «voyant venir» les surcoûts, qui auront lieu de toute façon, sinon de manière brutale, nous exposant alors à de très mauvaises surprises».[[le site de Jean-Marc Jancovici]]

Tout bénéf’ pour l’environnement

Se référant à des instances reconnues et non des moindres, en l’occurrence l’OCDE et l’Union européenne, il semble bel et bien que les taxes énergétiques, preuves à l’appui[[Voir OCDE (2006), Economie politique et taxes environnementales.]], soient efficaces sur le plan environnemental. Ces mêmes instances invitent d’ailleurs leurs Etats-membres respectifs à y recourir en vue d’améliorer leurs performances environnementales. La Belgique elle-même n’échappe pas à la règle, s’étant à plusieurs reprises fait taper sur les doigts par l’OCDE arguant dernièrement[[Voir «Examens environnementaux de l’OCDE – Belgique» (2007).]] que «aucune action n’a été entreprise pour introduire une réforme fiscale écologique comme le recommandait l’OCDE dans son précédent examen des performances environnementales», que «l’intégration des préoccupations environnementales dans la politique énergétique laisse à désirer» alors que «les prix de l’énergie devraient tenir compte des coûts environnementaux externes».

Dans le présent cas d’espèce, producteurs et consommateurs seraient amenés, via un signal-prix clair intégrant les coûts externes, à se détourner des biens de production et de consommation dits «énergivores» au profit de biens pauvres en carbone. En outre, des taxes sur les énergies fossiles, qui plus est modulées en fonction du contenu carbone des dites énergies, pourraient nous éviter un recours massif au charbon, fortement émetteur de CO2, comme alternative au pétrole.

Et les impacts sociaux me diriez-vous ?

Certes, nul ne peut le contester, les ménages modestes sont ceux qui disposeront d’une marge de man½uvre moindre face à la hausse des prix des matières fossiles. Une taxe portée sur ces mêmes prix devrait alors encore davantage les pénaliser. Et là, notre expert climatique de renom, alias Jean-Marc Jancovici, a encore une réponse. Pénurie croissante il y aura bel et bien et celle-ci aura le même effet qu’une taxe sur les énergies, en l’occurrence un renchérissement des prix, à la différence près de taille que l’argent récolté n’ira pas dans la même poche : il s’en ira à l’étranger, profitant aux producteurs, dans le premier cas, et restera sur le sol national dans le second où l’argent prélevé par le biais des taxes servira à alimenter un budget redistribué sous forme de services divers (transports, éducation, santé, etc.). En conséquence, les taxes n’affaibliront pas l’économie (au contraire, elles favoriseront le développement de services publics) contrairement à un choc pétrolier.

En outre, les effets redistributifs au détriment des ménages modestes qui, rappelons-le, sont sans nul doute «ceux dont les capacités d’adaptation face à l’adversité sont les plus limitées», peuvent être palliés en adoptant en parallèle des mesures d’accompagnement structurelles et ponctuelles (p.ex. en diminuant une autre taxe au même moment).