Donnez-nous envie de pratiquer d’autres mobilités !

Donnez-nous envie de pratiquer d’autres mobilités !

Le report modal. Tout un programme ! Chercheurs universitaires, politiciens, opérateurs de transport, tous, depuis longtemps, étudient les meilleurs leviers d’action pour permettre un changement de mobilité consistant essentiellement en un glissement de la voiture individuelle vers des modes de déplacements alternatifs. Sensibiliser ? Contraindre ? Inciter ? L’expérience montre qu’il faut souvent combiner la carotte et le bâton pour obtenir des résultats. Et si la combinaison gagnante résidait dans l’ajout d’un ingrédient « méta » à ces leviers : l’envie !

Beaucoup de sociologues se sont déjà intéressés aux changements de comportements de mobilité, mettant en évidence les limites d’un raisonnement rationnel de type « homo economicus », soulignant le poids des habitudes, et la nécessité de ruptures dans le parcours de vie pour permettre le changement.

Ainsi, sensibiliser aux impacts négatifs de nos modes de déplacements est utile, mais l’adhésion aux préoccupations environnementales ne suffit pas à engendrer des changements concrets dans sa mobilité quotidienne. La contrainte, souvent économique à travers des outils fiscaux comme la taxation du carburant et les frais de stationnement, permet d’influer sur la demande de mobilité (réduire certains déplacements) et de favoriser le recours à d’autres modes de déplacements, pour autant que des alternatives suffisantes existent. Sinon, cette contrainte s’ajoute à la contrainte existante : celle d’une mobilité automobile, non pas choisie mais subie. Sensibiliser de la sorte pourrait d’ailleurs mener à culpabiliser des personnes démunies face à la situation, et qui du coup, pour s’en sortir mentalement, relativisent leur responsabilité et leur capacité d’agir. Échec. Inciter ? Par des aides à l’achat de vélos électriques ? Par des réductions pour les abonnements de transport ? Ça fonctionne plutôt bien, mais ça devient vite très coûteux pour la collectivité…

Alors, à côté des politiques de sensibilisation, d’incitation, et de coercition, complémentaires et interdépendantes, ne travaillerait-on pas à de donner envie ? Envie de ne plus posséder de voiture, envie de moins l’utiliser, envie d’être assis confortablement dans un train, envie de rêvasser à un arrêt de bus, envie de fendre le vent à vélo, envie de flâner le long des trottoirs,…. L’industrie automobile l’a bien compris ; pour vendre des voitures, elle vend surtout du rêve.

Mais le rêve d’adopter d’autres mobilités ne pourra pas gagner les masses seulement à partir de quelques slogans (« le train, déjà un goût de voyage ») qui pourraient vite décrédibiliser l’alternative face à des situations trop fréquentes (« retard indéterminé pour des problèmes techniques »). On ne peut pas se passer de la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses pour améliorer les conditions afin que cette envie puisse s’exprimer et se partager : continuité des cheminements piétons, sécurité des itinéraires cyclables, convivialité des espaces publiques, fréquence et desserte fine des transports en commun…

Et puis chacun peut aussi agir en se faisant l’ambassadeur du rêve d’une mobilité apaisée. Le témoignage repris dans notre dernière nIEWs va dans ce sens. Les récits publiés par les participants au projet e-bile2station confortent cette idée « Essayez une autre mobilité, c’est l’adopter ». La Semaine de la mobilité qui vient de se terminer a révélé des reportages mettant en scène des altermobiles convaincus et heureux.

Alors, qu’attendez-vous ? Pour vivre vos trajets quotidiens comme une soupape entre deux lieux ? Comme une respiration énergisante ? Comme l’occasion d’une rencontre conviviale ? Changez votre rapport au temps, restez zen, et alors prenez plaisir. Et surtout ; donnez envie aux autres de faire pareil.

Juliette Walckiers

Anciennement: Mobilité