Emballages : pourquoi utiliser des substances dangereuses inutiles ?

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Une étude européenne révèle la présence de substances per et polyfluoroalkyées (PFAs) dans une série d’emballages alimentaires et de vaisselles jetables. Le caractère ubiquiste et les taux de ces substances, ajoutées intentionnellement ou non, dans des matériaux pour certains estampillés « eco-friendly », a de quoi inquiéter. 

Une étude inédite, pour le compte de différentes ONG environnementales 1 et menées dans six pays européens 2, a cherché à détecter la présence de substances per- et polyfluoroalkyles (PFAS) dans les emballages alimentaires et la vaisselle en papier jetables, cartons et fibres végétales moulées, utilisés notamment par des grandes enseignes de fast-food, par des commerces de repas et snacks à emporter ou encore distribués par des entreprises vendant des emballages destinés à l’alimentaire. Même si cette enquête ne prétend pas être représentative de l’ensemble des emballages alimentaires vu l’échantillonnage limité, elle a le mérite d’attirer l’attention sur une source probable d’exposition à des substances préoccupantes.

Le terme PFA recouvre une grande variété (plus de 4700) de composés chimiques. Pour certains, les effets toxiques et écotoxiques ont largement été documentés. En outre, l’utilisation répandue de ces composés dans un grand nombre de produits d’usage courant (cosmétiques, textiles, ustensiles de cuisine), leur persistance de l’environnement, et le caractère bioaccumulable de certains PFAs en font des perturbateurs endocriniens très préoccupants. Certains sont interdits 3 ou font l’objet d’une vigilance particulière de la part des autorités européennes et internationales. Malheureusement, les composés qui font l’objet de restrictions ont souvent été remplacés par des PFAS à chaîne plus courte, dont le comportement est moins bien étudié.

Les résultats des analyses menées par des laboratoires accrédités sont inquiétants et posent question tant au niveau de la santé environnementale, que sur le plan de l’économie circulaire.

  • Des traces de PFAs ont été détectées dans tous les échantillons analysés. Certains échantillons présentaient des taux de fluor organique total (TOF) jusqu’à 60 fois la valeur limite de référence fixée par l’administration vétérinaire et alimentaire du Danemark, seul pays européen à avoir légiféré en la matière ;
  • Dans ¾ des échantillons, les analyses confirment que le traitement aux PFAs est intentionnel (les PFAs empêchant les surfaces d’absorber les graisses) ;
  • Les concentrations les plus élevées de PFAS ont été systématiquement trouvées dans les produits en fibre moulée (e.g. bols, récipients alimentaires, assiettes). Ces contenants sont estampillés produits jetables biodégradables et/ou compostables, mais la présence de substances chimiques hautement persistantes met à mal les allégations de ces produits dits « écologiques » ; 
  • Un sachet de frites acheté dans un McDonald’s de République tchèque ou du Royaume-Uni présente des taux de TOF 80 fois plus élevés que le sachet vendu au Mc Do danois. Ceci démontre que, pour un même type d’emballage, il est possible de se passer de traitement aux PFAs et de réduire ainsi drastiquement leur présence. 
Figure : Teneur en fluor organique total (TOF) dans les sachets de frites de chez McDonald’s achetés dans trois pays différents en 2020.
Source : Etude “Throwaway packaging, forever chemicals”

Ces résultats laissent craindre une contamination omniprésente de la chaîne de production et de traitement des emballages alimentaires par les PFAs, rendant l’exposition des consommateurs beaucoup plus importante que soupçonné. Avec quels risques pour la santé ? Selon des études scientifiques, les PFAS peuvent migrer des emballages alimentaires vers les aliments et générer des effets néfastes tels que la toxicité hépatique et des déséquilibres des systèmes hormonal et reproducteur.

Par ailleurs, l’omniprésence de ces substances, même dans des emballages qui ne seraient pas traités intentionnellement, pourrait être liée à une contamination croisée au cours de la phase de production et/ou à la présence de papier et de carton recyclés contaminés par des PFAs. Avec le bannissement, à juste titre, des emballages en plastique à usage unique, la généralisation d’alternatives en matériaux vantés comme plus durables, ne doit pas détourner la vigilance des autorités sanitaires. Qu’il s’agisse de recyclage, les matières secondaires doivent apporter toutes les garanties d’innocuité pour leur usage secondaire. Qu’il s’agisse de compostage, des substances toxiques et bioaccumulables ne peuvent se retrouver dans des substrats destinés à l’agriculture. Car une économie véritablement circulaire se doit aussi d’être propre et sûre. 

L’exemple danois, où l’utilisation de PFAS dans les emballages alimentaires en papier et carton est interdite depuis juillet 2020, démontre qu’il est possible de se passer de ces composants. Des alternatives existent et sont disponibles sur le marché. Mais c’est bien d’une harmonisation au niveau européen dont les citoyens européens ont besoin afin de réduire l’exposition à cette famille de substances a priori non-essentielles pour un usage alimentaire. 

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  1. Arnika, BUND, CHEM Trust, the Danish Consumer Council (Forbrugerrådet Tænk), the Health and Environment Alliance (HEAL), the International Pollution Elimination Network (IPEN), ClientEarth and Tegengif
  2. Allemagne, Danemark, France, République tchèque, Royaume-Uni, Pays-Bas
  3. Le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) et le PFOA (acide perfluorooctanoïque) ont été classés parmi les POPs (polluants organiques persistants), au titre de la Convention de Stockholm en raison de leur nature omniprésente, persistante, bioaccumulable et toxique. Leur production, leur mise sur le marché et leur utilisation sont interdites sauf dérogation ou soumises à restriction. L’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS), ses sels et les composés liés au PFHxS sont également dans le viseur des autorités.

Gaëlle Warnant

Économie Circulaire