Etiquetage énergétique : l’Europe se prend les pieds dans le label

Etiquetage énergétique : l’Europe se prend les pieds dans le label

Depuis les années 90, une étiquette énergétique caractérise chaque machine à laver et chaque sèche-linge, classés de “A” à “G”. Cet étiquetage s’est étendu à tous les “gros” appareils électroménagers (réfrigérateurs, congélateurs, fours, lave-vaisselles…). Pour prendre en compte l’amélioration constante des performances énergétiques des appareils récents la question de l’adaptation du système d’étiquetage s’est posée. L’option prise par l’Europe poussée par l’industrie est fortement critiquable en ce qu’elle ne permet plus d’orienter précisément la décision du consommateur vers le meilleur choix.

Si l’on veut prendre la peine de synthétiser le débat sur l’étiquetage énergétique des électroménagers, on en arrive à la question précise de la « période de validité » du score énergétique d’un appareil mis sur le marché et partant, celle de la fréquence des « mises à jour » dudit score.

Deux logiques?

Deux positions s’affrontent dans ce dossier :

 celle de l’industrie, qui a tout d’abord prôné l’adoption d’une échelle numérique, puis de type A-G en proposant d’ajouter des classes A1, A2, A3, etc. au sommet de la classe A au fur et à mesure des améliorations technologiques. Pas question donc pour l’industrie de voir un produit dévalué, même si, dans les faits, d’autres produits commercialisés s’avèrent objectivement plus performants. Quand on a eu A, on l’a eu, et c’est pour toujours ! Si l’on ose une comparaison, cela revient à dire qu’une fois qu’on a eu un 10 à un examen, on le garde même si, du fait qu’on n’aie suivi aucune formation continuée, on ne mériterait que 8 ou 6, voire 4/10 à une nouvelle épreuve « adaptée » aux exigences actuelles.

 celle des organisations de consommateurs et de protection de l’environnement qui proposent de garder une échelle de type A-G, mise à jour régulièrement, de telle manière que la classe A corresponde effectivement au meilleur produit disponible sur le marché en termes d’efficacité énergétique.

And the winner is…

A la fin de ce mois de mars, les experts des États membres ont voté pour un système dans lequel la catégorie la plus élevée (A) sera remplacée à terme par un pourcentage représentant l’économie d’énergie effectuée par rapport à la norme « A » (par exemple, « A -20% » ou « A -40% »). Ce nouveau système est de type « ouvert », ce qui signifie que la classe supérieure n’est pas définie et que n’importe quel produit supérieur aux exigences pourra entraîner la création d’une nouvelle classe.
Si l’on reprend notre exemple de l’examen fictif, les meilleurs auront « 10(+2)/10 voire 10(+6)/10 afin que celui qui avait 10 avant ne se retrouve pas avec 8 voir 4/10 !!!).

Conséquence directe : le consommateur ne saura jamais quel est le produit le plus efficace sur le marché. Et le système devient tout, sauf clair !

Deux études confortent la position des organisations de consommateurs et d’environnement:

 la première[ [MORI research conducted for ANEC, BEUC, the UK National Consumer Council, the UK Energy Savings Trust and the UK Government Department for Environment, Food and Rural Affairs, May 2008 ]] illustre clairement la préférence des consommateurs pour une échelle de type A-G, plus aisée à comprendre.

 la seconde[Research conducted by Ipsos MORI for the UK Government, Sweden and The Netherlands in December 2008 into EU consumers’ understanding of the A-G energy label and, in particular, to understand how consumers react to the transition between an old and new label during revalorisations. Consultable[ ici.
]] met en évidence qu’une révision régulière accompagnée d’une ndication sur l’étiquette de la période de validité est un élément supplémentaire attendu par les consommateurs.

Dernier espoir

Les membres de la commission « industrie » du Parlement Européen sont défavorables à ce nouveau schéma. Ils pourraient amener le Parlement à renégocier certains éléments et obtenir un étiquetage qui soit plus clair et plus aisément compréhensible par les consommateurs. Sans pour autant obtenir un renversement complet de situation qui devra attendre la prochaine révision prévue dans 3 ans.

D’ici à ce que ce nouvel étiquetage soit d’application, n’hésitez pas à consulter la fiche du Reseau Eco-consommation pour choisir au mieux vos électro-ménagers.

Valérie Xhonneux

Anciennement: Santé & Produits chimiques