Euro 5 : la santé de l’industrie automobile avant celle des citoyens…

Euro 5, la proposition de norme européenne d’émissions pour les voitures et utilitaires légers, publiée en décembre 2005, est à l’ordre du jour du Conseil de l’environnement de ce 9 mars. Censée renforcer les précédentes normes en vigueur, la proposition faillit à sa tâche et met en évidence une fois de plus (voir nIEWs sur la stratégie thématique sur la pollution de l’air) l’échec de l’Europe dans la poursuite de ses objectifs de protection de la santé et de l’environnement. Euro 5 rappelle aussi la constante priorité accordée à la santé de l’industrie automobile, au détriment de celle des européens.

Depuis 1970, les normes européennes d’émissions des principaux polluants (CO, HC, NOx et particules) pour les voitures et utilitaires légers sont définies dans une directive et renforcées progressivement par les normes Euro. Aujourd’hui la Commission propose la norme Euro 5, dont les valeurs d’émissions sont supposées entrer en vigueur en 2008.

Malheureusement, les normes proposées sont insuffisantes pour rencontrer les objectifs de l’Europe en matière de protection de la santé et de l’environnement. Ce manque d’ambition est le résultat des protestations de l’industrie automobile, qui a ciblé son action, comme déjà auparavant, sur des coûts surestimés de mise en œuvre des mesures.

Inter-Environnement Wallonie demande un renforcement des valeurs limites proposées dans un souci de protection efficace de la santé humain(1) et l’environnement. Plus spécifiquement, nous demandons une réduction (par rapport à Euro 4) des normes proposées pour les émissions de particules fines et les NOX(2)des moteurs diesel et des NOX et des HC (hydrocarbures imbrûlés) des moteurs à essence. Ces normes sont techniquement faisables grâce à la technique de la réduction catalytique sélective qui permet aussi de diminuer les émissions de CO2, d’augmenter l’efficacité énergétique des véhicules et donc de réduire leur consommation. Enfin, en ce qui concerne les normes de particules fines, nous demandons à ce que leur nombre soit aussi limité (et pas uniquement leur masse), afin de tenir compte du danger supplémentaire lié aux très fines particules.

Inter-Environnement Wallonie rappelle cependant que, même si une politique de réduction des normes d’émission est la bienvenue, le seul moyen vraiment efficace de réduction de la pollution issue du trafic automobile réside dans un transfert vers la mobilité douce et les transports en commun, en particulier dans les zones urbaines, les plus touchées par les problèmes de pollution atmosphérique et de congestion du trafic. Nous insistons donc sur la priorité de l’adoption de mesures structurelles au niveau de la mobilité et de l’aménagement du territoire pour diminuer le trafic automobile.

(1)Nous tenons également à mettre en évidence que les niveaux proposés pour les émissions sont supérieurs à ceux qui sont recommandés par l’OMS au niveau des particules fines et des NOx.

(2) A titre d’exemple, les normes d’émissions américaines de NOx pour les moteurs diesel sont plus strictes que les valeurs proposées. Un renforcement de cette norme permettrait de vendre des motorisations diesel européennes sur le marché américain et constituerait une première étape sur la voie d’une harmonisation des normes.

Pour plus d’information 

  • Euro 5 Emission limits for Passenger Cars and Light Duty Vehicles – Position Paper, T&E, September 2005  –  http://www.t-e.nu
  • Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la réception des véhicules à moteur au regard des émissions et aux informations sur la réparation des véhicules, modifiant la directive 72/306/CEE et la directive ../../CE, COM(2005)683 final,, 21-12-2005  –  http://europa.eu.int/comm/enterprise/automotive/

OMS : Air quality guidelines http://www.euro.who.int/Document/E87950.pdf

photo: www.illustratori.it/…/ Art06/Public/Art

Pierre Courbe

Mobilité