Fukushima, vaincre l’oubli

Fukushima, vaincre l’oubli

Il y a 10 ans, le 11 mars, la centrale nucléaire de Fukushima Daichi fut ravagée par un tsunami. C’était le Troisième accident majeur dans une installation nucléaire civile après Three miles Island et Tchernobyl. Le temps efface les mémoires, et cela d’autant plus que les acteurs du nucléaire minimisent les conséquences et parent à nouveau de toutes les vertus cette énergie dangereuse, ce qui convient à une partie de l’opinion publique.

Un accident nucléaire est-il gérable ?

Fukushima nous rappelle que la question de la sécurité nucléaire est loin d’être anecdotique…

Selon les dernières déclarations de la Japan Atomic Energy Commission, 50 à 60 années seront encore nécessaires pour fermer le site de Fukushima. En décembre dernier, Tepco a déclaré que les travaux visant à évacuer les 800 à 900 tonnes de combustible présent dans les sous-sols des réacteurs 1, 2 et 3 seront encore une fois reportés en 2022, voire plus tard, car les niveaux de radiation demeurent trop élevés. Pourra-t-on même les retirer ? L’option d’un sarcophage comme à Tchernobyl est loin d’être écartée. Ce qui, bien sûr ne fait que reporter le problème à plus tard, toujours plus tard.

Il faudra aussi gérer et traiter les 6 millions de tonnes de déchets radioactifs et les millions de tonnes d’eau qui servent à refroidir les 3 réacteurs depuis 10 ans, stockées dans des milliers de réservoirs autour du site. Le gouvernement avait prévu de vidanger cette eau et de la diluer dans le Pacifique… à défaut d’une autre solution. Résultat : le coût estimé de ce nettoyage s’élève à 200 milliards $, le double de la somme initialement annoncée… Rendez vous dans 10 ans.

Aujourd’hui, la vie dans la région reste difficile. Sur les 36.000 personnes évacuées, seules 22% sont revenues. Au-delà des 200 liquidateurs décédés on estime que 202 enfants ont développé un cancer de la thyroïde, phénomène lié à une exposition à des radiations. A plus long terme (sur des milliers d’années donc), mieux vaut ne pas se poser la question.

Pendant ce temps, ailleurs, on oublie…

Ailleurs, on oublie… Ce yoyo des opinions publiques face au nucléaire se répercute sur les positionnements de nos édiles politiques. Aujourd’hui, les mêmes partis qui ont voté en 2003 une loi de sortie du nucléaire change leur fusil d’épaule pour un sondage…

… Sans jamais proposer de véritable solution.

Car tous savent que nous ne pouvons pas construire notre avenir énergétique sur nos réacteurs construits dans les années 70 (je n’étais pas né ! Et je ne rajeunis pas). Notamment pour des raisons évidentes de sécurité, qui deviennent d’autant plus prégnantes que l’âge des centrales augmente. Nous rappelons cette évidence dans cet article…  Une centrale nucléaire, a fortiori située dans un pays bien plus densément peuplée que ne l’est la région de Fukushima est une épée de Damoclès. Il y a peu de chance qu’elle nous tombe dessus. Mais si cela devait arriver, les conséquences seraient tout simplement inimaginables…

Cet anniversaire est là pour nous rappeler cet inimaginable.

Plus d’info sur l’excellent site de Laurent Horvath

Tout le dossier complet de Fukushima (tous les articles depuis le début de la catastrophe).

Voir aussi cet article sur Reporterre.

Et cette réflexion contre la résilience après Fukushima et ailleurs

Arnaud Collignon

Énergie & Territoire