Gestion des déchets : des emplois qui partent en fumée

Gestion des déchets : des emplois qui partent en fumée

Alors que notre (futur?) gouvernement va devoir chercher des solutions pour sortir de la crise financière tout en encourageant la croissance et l’emploi, il est possible à l’heure actuelle de simultanément répondre à ces deux défis en créant des emplois verts et durables dans la gestion des déchets.

Rappelons le contexte: la Région wallonne est en train de transposer la Directive cadre sur les déchets et d’élaborer un plan de traitement des déchets pour la prochaine décennie. Alors que certains proposent une approche conservatrice pour ne pas mettre à mal les finances publiques, et donc conserver des objectifs de recyclage trop bas en faveur de l’optimisation des incinérateurs, des preuves s’accumulent qui plaident pour des politiques de déchets axées sur la réutilisation et le recyclage et non l’incinération, fusse-t-elle avec récupération d’énergie. L’un de ces arguments n’est autre que la création d’emplois.

En 2010, Friends of the Earth faisait une revue de la littérature en matière d’emplois créés par le secteur de l’incinération par comparaison au recyclage, à l’occasion d’une étude [[More jobs, less waste: potential for job creation through higher rates of recycling in the UK and EU(
http://www.foeeurope.org/publications/2010/More_Jobs_Less_Waste_Sep2010.pdf)]] portant à la fois sur le Royaume-Uni et sur l’Union européenne. Les chiffres obtenus par ces différentes études restent étonnamment constants, et ce malgré les problèmes méthodologiques qui ne manquent pas d’apparaitre: en moyenne, une tonne de déchet recyclée produit 5 à 10 fois plus d’emplois que cette même tonne incinérée ou mise en décharge. Les données disponibles pour la réutilisation sont plus impressionnantes encore, même si plus rares: la réutilisation créée, selon le produit réutilisé, de 30 à 300 fois plus d’emplois que si ce produit était éliminé !

Ces chiffres surprenants le sont d’autant plus qu’ils ne proviennent pas de pays connus pour leur politique sociale, puisque ce sont principalement les Etats-unis et le Royaume-Uni: oui, ces deux grands pays libéraux ont déjà compris depuis longtemps que le recyclage « rapporte » plus à l’Etat que l’élimination de déchets, en diminuant le coût du chômage et en créant des emplois parfois mieux payés que ceux de l’incinération. [[Signalons tout de même que ces deux pays exportent une grande partie de leurs déchets en vue de les recycler, si bien que les emplois sont créés en partie à l’étranger et pas toujours dans les meilleures conditions…]]

Qu’est-ce que cela représenterait pour la Région wallonne? Hélas, pas de chiffres disponibles publiquement sur les emplois liés aux incinérateurs dans notre Région. Si nous utilisons les hypothèses de Friends of the Earth, ce sont en moyenne 5 emplois qui sont créés pour chaque 1000 tonnes recyclées (estimation basée sur des statistiques européennes, reflétant uniquement les emplois directs). Or, en 2008, la Région wallonne a :

 incinéré 640 000 tonnes de déchets

 mis en décharge presque 1 000 000 de tonnes de déchets non dangereux (classe 2)

 ) mis en décharge 1 600 000 tonnes de déchets inertes (classe 3)

Si tous ces déchets avaient été recyclés, ce sont plus de 16 000 emplois qui auraient été créés !

Chiffre hypothétique, certes, car il est actuellement impossible de recycler tous les déchets éliminés. Mais qui montre au moins que nous avons tout à gagner à développer les filières de recyclage de déchets en Wallonie, au lieu d’investir dans de nouvelles décharges ou de coûteux nouveaux incinérateurs.

D’ailleurs, les scénarios de Friends of the Earth montrent qu’en montant simplement à 70% les objectifs de recyclage d’ici à 2020 (au lieu des 50% actuellement exigés par la directive cadre sur les déchets), ce sont plus de 320 000 emplois directs, plus 240 000 indirects, qui seraient créés en Europe pour 2020. Quand on sait que la Région wallonne atteint déjà presque cet objectif de 50% de recyclage mais n’envisage pas de l’augmenter, on ne peut s’empêcher de penser à une belle occasion loupée pour créer des emplois verts et pour donner une impulsion vers une économie bas carbone…

Mais que ceci ne nous détourne pas de nos principes de base : d’abord prévenir, le meilleur déchet étant celui qui n’existe pas !!!

Extrait de nIEWs n°96 (du 15 au 28 septembre),

la Lettre d’information de la Fédération.

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