Greta Thunberg révolutionne notre métier

Greta Thunberg révolutionne notre métier

La particularité de Greta Thunberg n’est pas son jeune âge, mais la manière dont elle parle du climat. Et dans le milieu de la communication environnementale, ce qu’elle dit a quelque chose de révolutionnaire.

Comment parler de l’environnement ? D’enjeux aussi larges que fondamentaux, qui ont des conséquences sur tous les intérêts humains imaginables et jusqu’aux comportements individuels de chacune et de chacun d’entre nous ? D’enjeux à ce point complexes, que la compréhension qu’en ont les décideurs ou la population, notamment, reste encore souvent superficielle ?

La communication sur l’environnement est, depuis longtemps, sujette à maints débats : « Que peut-on dire ou ne pas dire ? » se demande-t-on constamment dans le milieu. Peut-on porter tel quel un message anxiogène par nature ? Faut-il se montrer positif et optimiste ? Ne faut-il pas donner envie, donner de l’espoir ? Comment éviter la résignation ou le rejet ? Ne doit-on pas toujours mettre en avant des solutions, chercher à rassurer ? Chaque professionnel ayant sa vision des bonnes et des mauvaises manières de parler de ces enjeux.

“Now is the time to speak clearly”

 « Maintenant n’est pas le moment de parler poliment, ni de se focaliser sur ce qu’on peut ou ne peut pas dire. Maintenant est le moment de parler clairement, peu importe à quel point cela peut être inconfortable » dit Greta Thunberg à Davos.

Avec la lucidité d’une personne incapable, contrairement à la majorité d’entre nous, de fermer les yeux ou les oreilles pour s’arranger avec la réalité, Greta Thunberg nous apporte un message cru, simple, direct. Un message sans filtre adoucissant, un café amer sans lait ni sucre, une piqûre de réel sans anesthésie.

Aux professionnels du climat réunis à la COP24, Greta lance : « Vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses comme elles sont, même ce poids vous le laisser à nous les enfants. »

« C’est parce que la crise climatique n’a jamais été traitée comme une crise que le gens ne sont tout simplement pas conscients de l’ensemble des conséquences de notre vie quotidienne. Les gens ne savent pas qu’il existe un budget carbone, et à quel point celui-ci est petit. »

Avec une certaine intelligence et pas mal de lucidité, elle semble vouloir déconstruire une à une les confusions qui embrument le débat environnemental.

Alors que les décideurs et beaucoup de professionnels de la défense de l’environnement répètent qu’il faut donner espoir aux gens et parler positivement, elle clame :

« Personne n’agit comme si nous étions en crise. » (…) « Je suis désolée, mais dire que tout ira bien tout en ne faisant rien n’est pas porteur d’espoir pour nous. En fait, c’est le contraire de l’espoir. (…) Vous ne semblez pas comprendre que l’espoir est quelque chose qui se gagne. »

 « Jusqu’à ce que vous vous focalisiez sur ce qui doit être fait plutôt que sur ce qui est “politiquement possible” il n’y a pas d’espoir. » (…) « Au lieu de courir après l’espoir, cherchez l’action. A ce moment seulement, l’espoir viendra. »

Et quand nos débats se focalisent, avant tout, sur les coûts de la transition, elle rappelle une vérité si simple qu’elle a été oubliée depuis longtemps : « Nous vivons dans un monde étrange, où nous pensons que nous pouvons acheter et construire notre sortie d’une crise qui a été créée par l’achat et la construction de choses. »

Comme si, alors que l’action de l’homme a tant détruit la nature, l’urgence première était à plus d’action humaine, et non à oser faire l’examen de nos excès pour viser plus de retenue dans les actions qui impactent la nature.

Nous avons beau répéter en boucle la citation d’Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré », nous restons mentalement prisonniers du paradigme que nous prétendons remettre en cause.

Greta Thunberg insiste aussi sur la justice et l’équité. Sans ambages et sans ménagement, elle énonce à ses auditeurs, notamment fortunés, les conséquences de leurs gestes, et la nécessité pour les stars de devenir elles-mêmes des sources d’inspiration plus cohérentes :

« Nous devons nous focaliser sur l’équité. » (…) « Certaines personnes revendiquent le droit de voler le reste du budget carbone aux générations futures et aux personnes dans les régions pauvres du monde. » (…) « Plus grosse est votre empreinte carbone, plus grande est votre responsabilité morale » (…) « Les célébrités, les stars de la pop et du cinéma, qui se sont opposées à toutes les injustices, ne se lèvent pas pour l’environnement et la justice climatique parce que cela pourrait être en opposition avec leur droit de prendre l’avion dans le monde entier pour visiter leurs restaurants, plages et retraites de yoga préférés. (…) Mais voici la vérité : on ne peut pas le faire sans vous. »

Greta Thunberg cherche plus de cohérence elle-même, et cite ce qu’elle considère être les « petites choses » qu’elle fait : « Pour réduire mon impact climatique, j’ai arrêté de prendre l’avion, de manger de la viande ou des produits laitiers, et de consommer ou d’acheter des objets neufs ».

Pourquoi cela nous touche-t-il ?

Combien sommes-nous à trouver que Greta Thunberg nous donne espoir ?

Greta Thunberg n’est pas la première à privilégier le « parler-vrai ». On ne fermera pas non plus les yeux sur le fait qu’une partie de la population est hermétique, ou même critique, envers son message. Mais la réalité est que personne avant elle n’avait réussi à toucher si fort autant de monde avec ces messages.

Pour Clive Hamilton, professeur d’éthique publique australien, nous sommes tous, à des degrés divers, climato-sceptiques. Face à la dégradation de la biosphère, très peu de personnes sont capables de porter pleinement la charge du réel :

« Une majorité de citoyens ont recours à des stratégies d’évitement psychologique pour dénier les faits scientifiques. Et même la minorité qui accepte cette vérité du changement climatique a des difficultés pour vivre avec chaque jour. C’est tellement difficile à accepter que nous préférons la mettre de côté et détourner notre attention. Ce sont des mécanismes de protection inconscients. Nous sommes tous humains… Quand on regarde l’avenir auquel nous et nos enfants ainsi que les animaux seront confrontés, y penser chaque jour devient insupportable. C’est pourquoi nous sommes, chacun à notre façon, climato-sceptiques. »

D’une certaine manière, Greta Thunberg porte ce fardeau. Et plutôt que de le faire seule, elle a choisi d’en parler à toutes celles et ceux qui voudraient bien l’écouter. Alors que notre confort mental nous incite souvent à fermer les yeux ou les oreilles, à penser à autre chose ou à nous arranger momentanément avec la réalité, Greta Thunberg nous pousse chacun individuellement à faire face à cette réalité. Paradoxalement, elle en fait ainsi une charge collective bien plus largement partagée.

Greta Thundberg donne espoir parce qu’elle agit et s’exprime en cohérence avec la gravité de la situation qu’elle dénonce, ce qui donne consistance à ses alertes, lui permet d’élargir la prise de conscience et de porter un message fort envers les décideurs.

Elle donne espoir parce qu’elle rappelle sans ménagement que cette crise est une crise, que cela implique des changements dans tous les aspects de nos modes de vie, et que l’équité doit être au cœur de l’action.

Greta Thunberg rend espoir parce qu’elle refuse les faux espoirs ; parce qu’elle pousse chacun à accroitre sa conscience du diagnostic ; parce qu’elle ne place pas l’action comme une fuite à l’angoisse, mais au contraire invite à accepter une peur objectivement justifiée, et à la prendre comme base d’une action consciente.

Elle a compris que notre maison brûle et que si nous n’avons aucune peur du feu, si nous ne mesurons pas le danger mortel qu’il représente, ou si nous croyons à tort que les pompiers sont sur le point d’arriver, il est improbable que nous puissions agir en conséquence pour éteindre l’incendie.

Les principaux discours de Greta Thunberg

Discours à la cérémonie GoldenKamera à Berlin le 30 mars 2019 :

https://www.facebook.com/gretathunbergsweden/videos/421932848559434/

Discours au Comité économique et social européen à Bruxelles le 21 février 2019 :

Discours au Forum économique mondial de Davos le 25 janvier 2019 :

Discours à la COP24 de Katowice le 14 décembre 2018 :

TEDx Stockholm, novembre 2018 :

Source de l’image d’illustration :
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Extinction_rebellion_jana_eriksson-6849_(45877429622).jpg

Noé Lecocq

Climat & Mobilité

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