Il ne reste que 3 ans !!

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La 3ème partie du 6ème Rapport du GIEC (AR6WG3) est sortie ce 4 avril. Elle pose sur la table les solutions possibles pour stabiliser le réchauffement du climat à +1.5°C par rapport à 1850 et ce, d’ici la fin du siècle. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) depuis l’époque pré-industriel (1850) n’ont fait qu’augmenter pour atteindre un nième record annuel de 59 000 000 000 tonnes de CO2-eq en 2019. Il nous reste 3 ans pour inverser cette courbe mondiale et atteindre zéro GTCO2-eq/an d’ici 2050. Si nous n’y parvenons pas, nous serons dans une trajectoire de réchauffement qui mettra en péril notre capacité d’adaptation aux changements climatiques et rendra invivables certaines régions du globe. Les scientifiques de ce rapport restent optimistes, nous avons tous les outils nécessaires pour y arriver !

Le GIEC est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ils font un état des avancées et des connaissances de la science sur des sujets liés aux dérèglements climatiques. Le GIEC produit des documents très volumineux à l’attention des citoyens et des décideurs. Je vous invite à lire les parties résumées de ce 6ème rapport.

AR6WG1 Sortie en octobre 2021. Ce groupe analyse les connaissances les plus abouties de l’état physique du climat et de son évolution suivant différentes trajectoires de réchauffement planétaire possibles.
AR6WG2Sortie en février 2022. Ce groupe analyse les impacts du changement climatique sur l’écosystème, la biodiversité et les communautés humaines. Il analyse aussi les vulnérabilités et propose des solutions d’adaptations aux changements climatiques.
AR6WG3Sortie le 4 avril 2022. C’est de ce texte que l’on va parler dans cette nIEWs. Il développe les solutions possibles pour garder une trajectoire de réchauffement à 1.5°C.

Les émissions humaines toujours en augmentation

59 GTCO2-eq en trop.

Figure 1 : Évolution des émissions anthropiques nettes globales entre 1990 et 2019.

Les activités humaines émettent des gaz à effet de serre (GES) qui s’accumulent dans l’atmosphère et augmentent la température de la Terre. En 2019, 59 000 000 000 tonnes de CO2-eq (59 GtCO2-eq) ont été émises. Pour vous donner une idée de ce que ça représente : l’ensemble de la Belgique a recensé sur son territoire 0.11 GtCO2-eq en 2019 et l’ensemble du secteur aérien a émis entre 1-3 GtCO2-eq en 2019.

Figure 2 : Évolution de la réduction des émissions de GES anthropique suivant les différentes trajectoires d’évolution de la température mondiale jusqu’en 2100.

D’après le GIEC une seule trajectoire d’émission de GES (contenant 97 scénarios sociaux économiques) existe pour limiter le réchauffement climatique à 1.5°C d’ici la fin du siècle. Cette trajectoire nommée SSP1-1.9 est la courbe de la figure 2 qui arrive le plus bas dans le graphique. Vous pouvez voir que pour respecter cette trajectoire, il faut parvenir à réduire les émissions dès maintenant pour atteindre, -50 % en 2030 et -100 % en 2050.

Des émissions inégalement réparties dans le monde

C’est un sentiment récurrent que de se sentir impuissant ou non responsable face aux dérèglement du climat. À cet égard le GIEC rappelle que l’effort doit être commun mais surtout provenir des pays riches et industrialisés qui sont largement responsables de ces dérèglements climatiques.

Figure 3 : b) émissions nettes cumulées historiques de CO2 anthropique par région entre 1850 et 2019. c) émissions nettes de GES anthropiques par habitant et pour la population total par région en 2019.

La figure de gauche vous montre que l’Europe et l’Amérique du Nord font partie des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre. La figure de droite vous montre que si on calcule en tCO2-eq émises par habitant, l’Europe de l’Ouest bien qu’ayant avancé dans sa transition écologique reste une région fortement émettrice. Cela reste vrai, même après la mise à l’arrêt de son industrie lourde, la plus polluante, durant les années 2000.

Enfin, sur les émissions provenant des personnes riches, ce rapport écrit ceci : « les émissions varient fortement en fonction du niveau de revenu dans un pays. Il existe des preuves solides avec un ‘high agreement’ que les 10 % des personnes les plus riches sont responsables de 34-45 % des émissions basées sur la consommation. Le rapport signale que ces 10 % se retrouvent sur tous les continents. » De plus « La consommation ostentatoire des riches est à l’origine d’une grande partie des émissions dans tous les pays, en raison des dépenses liées aux voyages en avion, au tourisme, aux gros véhicules privés et aux grandes maisons ». Il est plus que temps que nos politiques publiques pénalisent les plus grands pollueurs et redistribuent les produits de cette politique fiscale pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre d’une justice climatique. C’est d’autant plus vrai que ce sont les populations précarisées qui vont subir en premier les effets du changement climatique (pensez aux inondations de 2021).

Comment réduire nos émissions de moitié d’ici 2030 ?

Au niveau des états et donc des politiques publiques : la réduction des émissions est annoncée par chaque pays signataire de l’Accord de Paris dans ce qu’on appelle les NDC (contributions déterminées au niveau national). Avec une ‘medium confidence’, le GIEC constate que dans les NDC actuelles, il y a un « gap d’émissions » soit une quantité de CO2 qu’il faut réduire en plus pour espérer être dans la bonne trajectoire. Ce gap se situe entre 20-26 GtCO2-eq à ajouter donc aux NDC actuelles en 2030 pour respecter la trajectoire SSP1-1.9. Quoiqu’il arrive, ceci peut exister seulement si tous les états se mettent directement au travail. Au niveau international, parvenir à réduire ce gap d’émission est tout l’enjeu des COP. On attend toujours une véritable ambition mondiale capable de contrecarrer la tendance actuelle qui privilégie les gains économiques et la croissance au détriment de l’indispensable lutte contre les dérèglements climatiques.

Que faut-il faire pour, à court terme, maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C ?

Une FAQ à la fin du chapitre 4 tente de répondre de la manière la plus brève possible à cette question.

«

  • Il faut passer à une production d’électricité à émissions faibles ou nulles, comme les énergies renouvelables ;
  • Il faut modifier les systèmes alimentaires, par exemple en abandonnant les produits d’origine animale à forte intensité de terres
  •  Il faut électrifier les transports et développer des « infrastructures vertes », comme la construction de toits verts, améliorer l’efficacité énergétique par une planification urbaine intelligente, ce qui modifiera la configuration de nombreuses villes.

Ces différentes actions étant liées, cela signifie que toutes les entreprises, industries et parties prenantes concernées devront être impliquées afin d’accroître le soutien et les chances de réussite de la mise en œuvre. Le déploiement de technologies à faibles émissions dépend des conditions :

  • économiques (par exemple, la création d’emplois ou la capacité à mobiliser des investissements),
  • sociales et culturelles (par exemple, la sensibilisation et l’acceptabilité)
  • institutionnelles (par exemple, le soutien politique et la compréhension). Encourager une action climatique plus forte et plus ambitieuse de la part des parties prenantes non gouvernementales et infranationales, ainsi que des initiatives de coopération internationale (ICI) pourraient contribuer de manière significative à la réduction des émissions.

 »

Le potentiel de réduction annuelle des différentes technologies jusqu’en 2030 :

Je vous propose d’observer cette figure bien utile du rapport du GIEC qui analyse les potentiels d’atténuation les plus importants jusqu’en 2030

Figure 4 : Options d’atténuation en termes de coût et de réduction des émissions de CO2 jusqu’en 2030.

 On peut voir sur cette figure que les potentiels d’atténuation les plus importants sont l’éolien, le solaire, l’arrêt de la déforestation, l’efficacité énergétique, la restauration, la modification des régimes alimentaires et la séquestration du carbone dans l’agriculture.

De plus, les technologies ont des coûts et des potentiels de réductions différentes. Le développement du renouvelable (éolien, solaire) est la technologie avec le plus haut potentiel de réduction selon le GIEC, d’autres solutions ont des potentiels modestes, mais toujours avec un faible coût comme le switch modal dans le transport. Enfin des technologies peuvent avoir une certaine efficacité, mais demandent des coûts importants : les technologies nucléaires et de captages du CO2 (CCS), de construction de nouveaux bâtiments à haut PEB, de restauration des écosystèmes, etc.

 « Il faut multiplier les investissements dans le renouvelable par 6 tous les ans jusqu’en 2030 » : ceci peut vous donner un aperçu de l’ampleur des mesures à mettre en œuvre…

Le levier de la demande enfin abordé par le GIEC

C’est la première fois que le 3ème groupe de travail développe un chapitre qui propose la gestion de la demande comme outil efficace pour réduire les émissions. C’est la gestion de notre comportement et de nos modes de vie qui est ainsi remise en question. Que ce sujet soit abordé par le GIEC est un signe que les économistes sont à court de solutions pour parvenir à découpler les émissions de CO2 tout en augmentant le PIB. L’autre solution serait de remettre en question la croissance actuelle et d’accepter des alternatives comme la croissance nulle et la décroissance. Bien que, le GIEC reste réservé sur ce tabou de l’économie, on peut noter cette phrase qui témoigne de sa prise de conscience de la difficulté à trouver des solutions garantissant une croissance économique tout en préservant nos objectifs climatiques :« si la croissance économique peut être soutenue sans augmentation supplémentaire des émissions de carbone ou de l’utilisation des ressources naturelles. Certaines études l’ont jugé « faisable » au niveau national, mais le scepticisme demeure quant à « la possibilité de parvenir à un découplage absolu à l’échelle mondiale ». Accepter qu’un découplage absolu soit irréalisable, c’est chercher des alternatives pour pérenniser nos sociétés. Je pense notamment à l’écrit de Christian Gollier (le Climat après la fin du mois) « notre projet collectif devrait être une décroissance sélective, celle qui laisse l’homme libre d’exprimer son génie entrepreneurial dans des activités compatibles avec le bien commun, tout en incitant à la décroissance des activités qui détruisent la nature ». Il est difficile à dire si  le monde est à même d’embrasser pleinement cette voie. Cependant l’urgence est là : 3 ans pour inverser cette augmentation mondiale de GES, c’est (très) peu !

Dans cette nIEWs j’ai essayé de me concentrer sur le chapitre 4 de ce rapport qui expose les solutions à court terme (d’ici 2030) pour parvenir à respecter l’Accord de Paris. Ce rapport est très conséquent et je vous invite fortement à lire sa partie résumée, mais sachez aussi que d’autres médias ont fait un travail exemplaire de vulgarisation de ce rapport.

Pour aller plus loin

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Arthur Fonsny

Climat & Énergie