Illégales, les publicités voitures ? Action !

Illégales, les publicités voitures ? Action !

Tout porte à croire que 99% des publicités pour voitures publiées dans les journaux, les magazines ou sur les panneaux publicitaires dans les rues sont illégales dans l’Union européenne. En effet, les publicités semblent ne pas respecter la directive 1999/94/CE, laquelle stipule que la consommation des véhicules et leurs émissions de CO2 doivent être « facilement lisibles et au moins aussi visibles que la partie principale des informations figurant dans [la publicité] ».

Notre petite Belgique ne semble pas, en la matière, se différencier des autres Etats européens. L’arrêté royal transposant la Directive en droit belge reprend ce passage mot pour mot… et les annonceurs semblent s’en soucier fort peu !
Pour s’en convaincre, il suffit de faire le test. Que ce soit dans un journal, dans un magazine ou sur un panneau publicitaire, les informations sur la consommation et les émissions de CO2 sont, dans la majorité des cas, présentes… en caractères variant du mini au rikiki. Dans d’autres cas, ces informations sont purement et simplement absentes. Parfois aussi, il est vrai, elles sont présentes, lisibles et aussi visibles que la partie principale de l’info – bref, conformes à la loi. C’est le cas pour de rares modèles automobiles, dont les faibles émissions (associées aux faibles consommations) constituent un argument de vente.

Pourquoi donc les constructeurs sont-ils si peu enclins à fournir à leurs clients potentiels des informations pourtant capitales à la fois pour leur portefeuille (la consommation de carburant) et pour l’environnement (les émissions de CO2, gaz à effet de serre) ? D’abord parce-que, par nature, une publicité porte un message positif, met un produit en valeur. Le rappel du caractère polluant du produit (sauf à développer de subtiles approches psychologiques jouant sur l’attrait de « l’interdit ») est contre-productif. Ensuite, parce que cette information est de nature à orienter les comportements d’achat vers des véhicules plus modestes, moins polluants – qui sont aussi ceux sur lesquels les marges bénéficiaires sont les moins confortables… Le non-respect des prescrits légaux étant jusqu’ici payant, tout allait pour le mieux dans le monde de la publicité automobile…

Mais voilà : certains se sont émus de la situation. Et se sont dit que, l’enjeu étant de taille (de caractère ;-)), il fallait tout mettre en ½uvre pour faire respecter la loi. Les choses sont tout de même bien faites : le jury d’éthique publicitaire (JEP, pour les intimes), organe d’auto-régulation du secteur, est justement chargé de vérifier que les publicités sont conformes aux dispositions légales et/ou éthiques. C’est donc tout naturellement que Inter-environnement Wallonie (IEW), Les Amis de la Terre Europe (FoEE), Corporate Europe Observatory (CEO), Pierre Ozer et le magazine Imagine se sont tournés vers le JEP pour lui demander d’intervenir. Las ! Les réponses reçues aux premières interpellations laissent supposer que le JEP n’est guère prêt à donner dans la fourmilière l’indispensable coup de pied salutaire. A titre d’exemple, le JEP estime ne pas être en mesure de juger de la lisibilité et de la visibilité d’informations apparaissant en caractères de 7 mm de haut sur une affiche de 36 m² sur laquelle les textes principaux sont visibles à plus de 70 m… Autre exemple : le JEP considère comme normal l’absence d’indications relatives aux émissions de CO2 de la Toyota Prius, celle-ci, selon le JEP, n’émettant pas de CO2 ! (Il est utile de rappeler ici que les émissions de ce modèle, certes fort basses, sont de 104 g/km en cycle mixte).

Dans ces conditions, les citoyens sont invités à interpeller le JEP. Pour faciliter la man½uvre, un outil tout simple est mis à leur disposition sur le site www.affichezleCO2.be ou www.advertiseCO2.eu. (la campagne d’action est en effet déclinée dans la majorité des pays européens). En clair, il s’agit d’envoyer un courrier (mail) au JEP en lui présentant une publicité dont on estime qu’elle n’est pas conforme à la loi. Ceci en utilisant un formulaire (dénommé « plainte ») pré-rempli par nos soins. Une copie du mail est automatiquement envoyée.

La démarche est simple, prend cinq minutes, ne coûte rien et n’expose à aucun « désagrément » :

1.photographier ou scanner une pub pour auto qui n’affiche pas clairement les émissions de CO2 (c’est le cas de 99% des publicités actuelles). A défaut, noter ses principales caractéristiques (emplacement, date, marque, taille des caractères, …) ;

2.compléter le formulaire « de plainte » et joindre le scan ou la photo ;

3.envoyer le tout (un simple clic !)… et répéter l’opération avec une autre pub qui semble non conforme à la loi.

Une copie du formulaire est automatiquement envoyée à la Direction générale Contrôle et Médiation du service public fédéral Economie, qui est chargé de rechercher et constater les infractions à diverses réglementations à caractère économique.

Les associations partenaires, de leur côté, entreprendront des démarches vers les différentes autorités compétentes : administrations, élus, gouvernement – et, si nécessaire, activeront l’outil judiciaire.

Textes légaux, extraits de presse, dernières nouvelles, contacts, … tout (ou presque) ce que vous voulez savoir sur le sujet se trouve – de manière bien lisible et visible – sur le site de la campagne. Sachez apprécier et surfez sans modération : www.affichezleCO2.be.

Pierre Courbe

Mobilité