Incinérateurs : Tout sauf vert !

Considérant que l’électricité produite à partir de l’incinération de la fraction organique des déchets est aussi « verte » que celle issue des barrages hydrauliques, des éoliennes, du biogaz ou de la cogénération, deux députés socialistes wallons réclament, dans une proposition de décret, que les précieux certificats verts (en savoir plus sur les certificats verts) soient également accordés aux incinérateurs.

Une aberration énergétique.
Quiconque tente de brûler sa pelure de banane ou sa tonte de pelouse peut s’en rendre compte. A moins d’y adjoindre une bonne dose de pétrole, ça ne brûle pas !

De fait, la contribution énergétique de la fraction organique des déchets incinérés est négligeable, voire négative.
Ainsi, les rendements globaux de l’incinération ne parviennent pas à générer ne fût-ce que 10 % d’économie de CO 2 par rapport aux meilleures technologies fossiles. Et c’est précisément le seuil actuellement retenu par le législateur pour définir les installations qui peuvent recevoir des certificats verts, ensuite vendus aux fournisseurs d’électricité.

Mais plutôt que d’enquêter sur le bénéfice énergétique et environnemental d’une telle proposition, les médias francophones s’en sont quasiment fait l’écho inconditionnel. Ce 16 février, la plupart des médias ont même relayé les avantages avancés par les seuls auteurs de la proposition : « Grâce aux certificats verts, les intercommunales pourraient réduire les coûts de l’incinération, une économie annuelle d’ 1,7 euros par habitant ». Pas un mot sur le coût des certificats verts, in fine supporté par les consommateurs d’électricité. Omettant de mentionner que ce qui serait donc gagné par le producteur de déchets non triés, serait perdu par le consommateur d’électricité, les médias ne se sont pas donné les moyens d’aborder la question symbolique suivante. Est-il vraiment pertinent de financer, ne fût-ce qu’en partie, les coûts de l’incinération des déchets par les consommateurs d’électricité plutôt que par ceux qui ne prennent pas la peine de trier leurs déchets ? Tout autant symbolique, mais sans doute plus essentielle, est la question des raisons de cette omission.

Alain Geerts

Communication & Mobilité