Initiatives citoyennes contre l’aérien : décollage en flèche

Initiatives citoyennes contre l’aérien : décollage en flèche

L’impact climatique du transport aérien et l’absence de mesures publiques permettant d’y remédier s’invitent de plus en plus à l’agenda médiatique. Parallèlement, et c’est peut-être lié, plusieurs initiatives citoyennes voient le jour pour dénoncer cet état de fait et/ou proposer des solutions. Tour d’horizon.

Flygskam (ou flight shaming en anglais), tel est le nom de cette nouvelle tendance née en Suède et que rejoignent un nombre croissant de personnes (surtout des jeunes). Gagné par un sentiment de culpabilité par rapport à leur empreinte climatique, les « flygskamers » choisissent le train en lieu et place de l’avion. Le phénomène affecte surtout les vols intérieurs en Suède (diminution de près de 4% en 2018). Le nombre de passagers de vols internationaux continue, lui, à croître. Dans la foulée de cette initiative, le gouvernement suédois envisage de réhabiliter les trains de nuits[1].

En Angleterre, la campagne Flight Free UK [2] incite les citoyens à se passer de l’avion pendant au moins un an, dans le cadre d’un mouvement collectif qui s’appuie sur une logique de renforcement mutuel, à l’instar d’initiatives telles que la Tournée Minérale, le mois sans viande ou Weight Watchers. Le site internet créé pour cette campagne fait la promotion de destinations de proximité et de moyens de transports moins polluants que l’avion – ce qui n’est pas difficile.  On y trouve notamment le témoignage de citoyens qui expliquent pourquoi ils se sont engagés dans la campagne, ainsi qu’une référence au site d’un autre groupe de citoyens, a free ride[3]. Celui-ci sensibilise, en outre, à la question de l’équité sociale par rapport à l’utilisation de l’aérien comme mode de transport et à la nécessité de taxer de façon socialement juste le kérosène via un système de taxation progressive qui pénalise davantage les personnes qui prennent plus souvent l’avion (Frequent Flyer Levy).

Plus près de chez nous, au départ d’un groupe de jeunes Flamands, la campagne Zomer zonder vliegen[4] a pour objectif de sensibiliser les citoyens à l’impact des voyages en avion et aux alternatives. Le site de cette campagne propose aux participants de marquer sur une carte, via une photo numérique, les destinations auxquelles ils ont accédé par d’autres moyens de transport. Il propose un concours, des liens vers des sites internet permettant de réserver des moyens de transports moins polluants, un blog avec des récits de voyages, etc.

Zomer zonder vliegen participe à Stay Grounded[5], un réseau international de plus de 100 groupes  d’opposition vis-à-vis d’aéroports, des activistes pour une justice climatique, des ONG, des syndicats, des scientifiques, etc. Stay Grounded soutient la mise en place d’alternatives à l’aviation (tels que les trains de nuit) et conteste (avec certaines communautés) des stratégies telles que la compensation d’émissions et les biocarburants. L’objectif de ce groupe est de rassembler les multiples initiatives qui s’érigent contre le développement de l’aérien, de les mettre en réseau, leur permettre d’échanger des expériences, des connaissances et de rechercher des solutions. Né en 2016, dans la foulée d’une conférence au cours de laquelle le secteur aérien (OACI) présentait sa nouvelle politique environnementale, le groupe organise diverses mobilisations et une conférence sur les orientations stratégiques de la lutte contre le développement du secteur, qui se tiendra le 12 juillet à Barcelone.

Ces initiatives interpellent les pouvoirs publics et pour réguler le secteur aérien, notamment via des taxes ou des normes et pour inciter à l’utilisation de moyens de transport alternatifs à l’aérien.

Ainsi, sur le plan européen, une pétition citoyenne circule depuis peu. Son objet : demander à la Commission européenne de proposer aux états membres d’introduire une taxation du kérosène. Le secteur aérien bénéficie d’une exonération de taxe sur le carburant (notamment), contrairement au transport routier et ferroviaire et ce, malgré sa contribution croissante et continue aux émissions de gaz à effet de serre. L’avion est nettement plus polluant qu’une série d’autres moyens de transport, et en particulier que le train qui permet de voyager en Europe sur des distances comparables. Le fait de taxer le kérosène permettrait aux instances publiques de financer le déployement en Europe de modes de déplacement plus durables. Une priorité dans la liste des actions à entreprendre pour le Climat, étant donné que les émissions des transports routier, maritime et aérien ne cessent de croître.

Soutenue par Transport & Environment[6], cette pétition doit recueillir un million de signatures d’ici le 10 mai 2020 pour que les institutions de l’Union européenne soient obligées de la prendre en considération. Alors que la pétition a été lancée il y a un mois, la Belgique (avec près de 3.000 signatures) et l’Allemagne (près de 10.000 signatures) sont les deux pays où les soutiens sont actuellement les plus importants[7].

Enfin, la plateforme européenne Back on Track qui a connu une couverture médiatique importante ces derniers jours, se bat pour la réhabilitation des trains de nuit, comme alternative aux voyages en avion[8].

On le voit, les partisans de l’argument « oui, mais à quoi cela sert que je réduise tout seul mes voyages en avion, si les autres continuent à le faire ? » doivent trouver d’autres raisons de ne pas se remettre en question : il y a désormais des gens qui pensent autrement et qui modifient leurs comportement, et en nombre.

Malgré ses efforts pour verdir son image (https://www.iew.be/des-avions-qui-carburent-aux-dechets-organiques/), le secteur aérien aura de plus en plus de mal à faire face à cette vague croissante de mouvements bien informés, qui ne croient plus aux alternatives technologiques sensées réduire ses émissions tout en continuant sa pleine croissance. Ce que veulent ces citoyens, c’est la remise en cause de ce mode de déplacement qui ne profite au final qu’aux plus nantis de la planète, ainsi que de la culture qui valorise des voyages toujours plus fréquents que l’aérien entretient.

[1] Source : Le Soir, lundi 3 juin 2019.

[2] https://www.flightfree.co.uk/campaign

[3] http://afreeride.org/

[4] https://zomerzondervliegen.be/

[5] https://stay-grounded.org/about/

[6] https://www.transportenvironment.org/news/official-petition-launched-end-%E2%80%98kerosene-tax-haven%E2%80%99

[7] https://eci.ec.europa.eu/008/public/#/initiative

[8] Voir notamment La Libre Belgique, jeudi 6 juin 2019.

Marie Spaey

Tourisme

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