L’Europe dépense 6 milliards €/an pour soutenir les agrocarburants !

L’Europe dépense 6 milliards €/an pour soutenir les agrocarburants !

Une étude de l’Institut International du Développement Durable[[BiofuelsAt Wat Cost? A review of costs and benefits of EU biofuels policies]] révèle que les Etats européens ont dépensé en 2011 quelque 6 milliards d’euros pour soutenir l’industrie des agrocarburants. L’étude, cofinancée par les organisations environnementales Transport & Environnement, Birdlife Europe et le Bureau Européen de l’Environnement, montre également que ce soutien annuel équivaut à l’investissement total dans les infrastructures de production d’agrocarburant entre 2004 et aujourd’hui qui s’élève à environ 6,5 milliards. Enfin, le soutien des Etats compte pour près de la moitié du chiffre d’affaire du secteur des agrocarburants, évalué entre 13 et 16 milliards d’euros en 2011.
Pour les associations environnementales, ces éléments confortent leur plaidoyer en faveur d’un gel du niveau d’utilisation des agrocarburants en Europe.

Un coup d’arrêt à la promotion des agrocarburants apparaît d’autant plus souhaitable que de précédentes recherches ont montré que ceux-ci ne contribuent pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des transports. Pire : si les émissions liées aux changements indirects d’affectation des sols (ILUC) sont prises en compte, la grande majorité de l’agrodiesel présent sur le marché induit des émissions supérieures à celles des carburants fossiles. Sans compter que les agrocarburants favorisent la volatilité des prix alimentaires et l’accaparement de terres dans les pays du Sud.

Le montant de 6 milliards d’euros reprend l’ensemble du soutien annuel à l’industrie des agrocarburants dont les exemptions de taxes (2 milliards), les obligations d’incorporation – et donc de consommation (entre 318 et 736 millions pour l’agroéthanol et entre 3,1 et 4,1 milliards pour l’agrodiesel) ainsi que le financement de recherche et développement (52 millions).

En Belgique, le soutien fiscal prend la forme d’exemptions d’accises sur l’agroéthanol et l’agrodiesel, respectivement pour des montants annuels d’environ 70 et 150 millions d’euros, selon les estimations d’Inter-Environnement Wallonie. En 2010, il y avait dans notre pays en moyenne 6 % d’agroéthanol dans l’essence et 4,5 % d’agrodiesel dans le diesel. A cause du moindre contenu énergétique de ces agrocarburants – qui implique une consommation plus élevée – les obligations d’incorporation induisent un surcoût annuel d’environ 200 millions d’euros pour le consommateur belge.

Noé Lecocq, d’Inter-Environnement Wallonie, déclare : « Nous savions déjà que la politique européenne de promotion des agrocarburants n’aide pas le climat ; cette étude démontre qu’elle n’aide pas non plus notre économie. Les 6 milliards d’euros de soutien de l’Europe aux agrocarburants ne sont pas justifiés, et ce montant risque de doubler si les Etats membres s’accrochent à leur politique de promotion des agrocarburants. Un gel au niveau actuel d’utilisation, comme proposé par la Commission en octobre 2012, ne permettra pas seulement d’économiser du CO2 mais aussi beaucoup d’argent. »

L’étude met par ailleurs en évidence le fait que des normes d’émissions de CO2 plus exigeantes pour les voitures constituent une approche économiquement et environnementalement plus efficace pour réduire les émissions de GES du transport. Soutenir la conversion de l’industrie automobile vers des voitures moins émettrices en CO2 permettrait aussi une diminution des importations de pétrole.

Cet article a été amendé suite à la publication d’un addendum par l’IISD qui corrige certaines estimations antérieures.