L’Europe inventorie ses pollutions à la vitesse d’un escargot

L’Europe inventorie ses pollutions à la vitesse d’un escargot

Juin 2009 : date limite imposée aux pays membres de l’Union européenne pour rentrer leurs données 2007 relatives aux émissions de polluants dans l’air, l’eau et le sol. Un inventaire intéressant, mais qui présente encore de nombreuses lacunes.

De quoi s’agit-il ? Du E-PRTR, le registre européen des rejets et transferts de polluants. Cette compilation des inventaires nationaux des quantités de polluants rejetés dans notre environnement s’enrichit aujourd’hui de données relatives aux sources diffuses de pollution. Un site propre est dédié à ces polluants « qui sortent de partout » et pour lesquels il est impossible de collecter des rapports en provenance de toutes les sources. Les estimations des quantités émises dans l’air, l’eau ou le sol de 91 polluants seront consultables par les citoyens. Pour l’instant on apprend déjà pas mal de choses, en jouant avec les données accessibles. Elles concernent 23 polluants assez classiques dont les gaz à effet de serre, les COVs, le cadmium et tous les métaux lourds, l’hexachlorobenzène, les dioxines et furanes, les PCB, les particules fines. Les données sont toutefois encore très incomplètes.
Les informations sont présentées par secteur générant la pollution. Pour l’air par exemple, sont identifiés : le transport routier, le transport par voie d’eau, l’aviation, le rail, les activités militaires, l’agriculture, l’utilisation de solvants, la combustion résidentielle, la distribution de gaz, l’asphaltage des routes et des toits.

Quand nos petites pollutions “individuelles” s’additionnent…

Un premier coup d’oeil aux résultats fait apparaître que les 3 secteurs les plus polluants[[C’est-à-dire proportionnellement responsables de l’émission des quantités les plus importantes de polluants pour un nombre le plus important de polluants.]] sont la combustion résidentielle, le transport routier et l’agriculture. Rappelez-vous qu’il s’agit de sources diffuses de pollution, donc de votre chauffage, de votre voiture et de votre alimentation. Bref, de la somme de ces pollutions individuelles que l’on balaie fréquemment d’un « bah, c’est pas ça qui va bousiller la planète ». Pourtant…

92% des rejets diffus de mercure proviennent des chauffages résidentiels. A l’échelle européenne, cela représente 3890 kg de mercure par an, qui se déposent dans les milieux terrestres et aquatiques et s’y transforment en méthylmercure, forme la plus courante mais aussi la plus toxique de mercure organique. Toxicité et bioaccumulation font du méthylmercure un important problème de santé publique. Pour donner un ordre de grandeur, la dose maximale admissible dans l’alimentation est fixée à 1,6 μg/kg.

Les transports (voitures et camions) sont responsables de 65% des émissions d’oxydes d’azote et 26% des COVs, principaux précurseurs de l’ozone. La contribution à la dispersion de métaux lourds dans l’environnement est assez conséquente aussi, notamment par le biais de l’usure des pneus et des garnitures de frein et embrayage.

En matière d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur agricole est à l’origine de 86% et 88% respectivement des quantités de méthane et de N2O émises.

Un outil d’information perfectible

L’objectif de la mise en ligne d’un tel inventaire est clairement de répondre aux prescrits de la convention d’Aahrus : rendre accessible l’information environnementale.
Le principal défaut du système saute au yeux : le délai de mise en ligne est bien trop long. Les données accessibles aujourd’hui datent de 2003. Les données 2007 sont attendues par les autorités pour juin 2009, et devront franchir une étape de validation. Ces délais, ajoutés au fait que les données sont incomplètes rendent l’analyse quelque peu complexe. Par exemple : on dispose des données 2003 pour l’hexachlorobenzène, un fongicide polluant organique persistant totalement interdit en 2004. Les chiffres disent que 99% des émissions proviennent du secteur agricole, essentiellement espagnol (à 95%). Doit-on comprendre que l’Espagne était le derniers pays à l’utiliser ou que d’autres pays n’ont pas rentré leurs chiffres ?

En ce qui concerne les données relatives à l’eau : ne considérer que l’azote et le phosphore comme polluants de l’eau est totalement insuffisant ! Autant donner des ½illères à toute la population. La contamination des eaux souterraines par les pesticides est pourtant un problème majeur de pollution diffuse. L’Europe est-elle dans l’incapacité de produire des données comparables (quand les données existent !) ?

Et le sol ? Rien de disponible à ce jour. Un commentaire fait état du lien existant entre les différents compartiments air-eau et sol : les retombées atmosphériques contaminant les sols sont « comptabilisées » dans le volet air, celles des utilisations de pesticides le seraient via les rejets diffus dans l’eau. On se permet de douter de la chose, aujourd’hui en tout cas.

Les principes sont là, et les choses se mettent en place, mais on a parfois l’impression d’assister à une palpitante course de gastéropodes. Crier le nom de son escargot favori l’a-t-il déjà fait avancer plus vite ?