L’industrie se propose d’investir dans le nucléaire. Info ou intox?

Dans une interview publiée par le quotidien “De Tijd” de ce jour, Thomas Leysen, président d’Agoria (Fédération de l’industrie technologique) envisage la possibilité de voir les industriels belges investir dans la construction d’un nouveau réacteur nucléaire afin de se garantir un approvisionnement énergétique à prix compétitif.Pour Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace et le Bond Beter Leefmilieu, cette déclaration relève plus de l’intox que de l’info. En effet, le nucléaire est tout sauf une énergie bon marché et exige des investissements tels qu’il est impossible d’envisager la construction d’une installation nouvelle sans le soutien des pouvoirs publics. Selon les associations environnementales, cette sortie vise avant toute chose à polluer le débat en matière d’approvisionnement énergétique de notre pays alors que le Ministre Verwilgen s’apprête à rendre public son Rapport “Energie 2030”, document destiné à éclairer les choix stratégiques pour notre avenir énergétique.

«La construction d’un nouveau réacteur nucléaire est impensable sans le soutien des pouvoirs publics», constate Mikaël Angé, d’Inter-Environnement Wallonie. «D’ailleurs, M.Leysen ne l’ignore visiblement pas puisqu’il ne mentionne qu’une «participation» éventuelle de l’industrie à un tel projet et évite soigneusement de proposer que celle-ci assume l’entièreté de la charge.» «L’industrie fait par ailleurs allusion à la construction d’un nouveau réacteur nucléaire en Finlande. L’exemple est plus que mal choisi» constate pour sa part Jean-François Fauconnier, de Greenpeace.

«Ce projet, auquel les gros consommateurs d’électricité ont en partie contribué, laisse en effet pour le moins perplexe en matière de financement. Moyennant un mécanisme extrêmement complexe, ce sont effectivement les contribuables … français qui vont en réalité mettre la main au portefeuille pour que l’industrie papetière finlandaise, principale bénéficiaire du projet, jouisse d’une électricité à moindre prix! Les avantages sont donc pour l’industrie et les coûts pour la collectvité. Est-ce le modèle économique prôné par Monsieur Leysen ?» Ce projet finlandais qui se voulait exemplaire accumule par ailleurs les déboires et voit les retards s’alourdir de mois en mois. Près de deux années après le début du chantier, on estime que la construction du réacteur sera terminée trois ans plus tard que prévu. «Un constat douloureux pour un projet donné en exemple par une industrie nucléaire qui espère y voir le signe d’un regain d’intérêt pour l’atome» note Mikaël Angé. «Les surcoûts sont estimés à 2 milliards d’euros, pour un coût de construction initialement fixé à 3,2 milliards… Les Finlandais ont d’ailleurs gelé leurs paiements à Areva, responsable du projet.»
Par-delà cette dimension économique, les associations environnementales rappellent que:

 le nucléaire n’est pas une énergie propre et les émissions de gaz à effet de serre générées tout au long de sa filière vont à l’encontre de la lutte contre le réchauffement global;

 les ressources en uranium sont limitées et ne permettent donc pas de présenter le nucléaire comme une énergie d’avenir garante de notre indépendance énergétique;

 le problème des déchets reste à ce jour sans solution et fait peser une lourde hypothèque sur les générations futures.

Enfin, on peut se demander sur quel emplacement pourrait se concrétiser un tel projet. Les capacités de refroidissement de centrales par les cours d’eau sont en effet entièrement exploitées dans notre pays et seul un refroidissement au moyen d’eau de mer, en établissant ce réacteur sur la Côte, semble physiquement envisageable. On doute toutefois que l’idée récolte beaucoup de soutien auprès des autorités locales… Par ailleurs, il convient également de tenir compte du fait qu’une telle unité ne pourra voir le jour qu’à une distance acceptable de lieux d’habitation. Selon les autorités, une centrale nucléaire doit en effet être située à une distance minimale de 30 km de toute agglomération (une consigne qui n’est d’ailleurs par respectée par les centrales de Doel et Tihange…) Cela réduit encore singulièrement les implanatations possibles…

En conséquence, Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace et le Bond Beter Leefmilieu invitent Agoria et l’ensemble du monde industriel à cesser de s’accrocher à des mythes usés et à investir sans plus attendre dans le développement de solutions propres, durables et économiquement rentables.

Contacts:

 Mikaël Angé, Inter-Environnement Walloine: 0496.128.022

 Jean-François Fauconnier, Greenpeace: 0496.161.587

 Pierre Titeux, Attaché de presse : 081.255.284 – 0479.497.656