La Belgique ne pourra jamais se passer du nucléaire…*

La Belgique ne pourra jamais se passer du nucléaire…*

L’Agence Internationale de l’Energie (IEA) vient de rendre public un rapport dans lequel elle « exhorte la Belgique à revoir sa sortie du nucléaire ». Selon l’IEA, l’arrêt des réacteurs aggraverait notre dépendance électrique et le risque de « black-out » lors des pics de consommation. Il compromettrait en outre la réalisation de nos objectifs de réductions de CO2.
Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie et Greenpeace, un nouveau report de la fermeture des centrales préconisé par l’IEA serait un signal désastreux pour les investissements dans les alternatives à l’atome et renforcerait de facto notre dépendance à l’égard de celui-ci.

Ce n’est sans doute pas le fruit du hasard si l’Agence Internationale de l’Energie communique maintenant sur ce rapport datant de… 2009. En effet, le dossier « nucléaire » sera un des plats de résistance au menu du prochain gouvernement et les man½uvres politiques ont d’ores et déjà commencé pour vider de sa substance la loi de sortie progressive du nucléaire votée en 2003. Le Premier Ministre Yves Leterme s’est ainsi prononcé dimanche dernier, lors d’un débat télévisé, en faveur d’un report de l’arrêt des réacteurs programmé d’ici 2025. Un report qui interviendrait après celui des fermetures initialement prévues pour 2015 et qui nous lierait plus que jamais à l’énergie atomique.

La Fédération Inter-Environnement Wallonie et Greenpeace considèrent que toute nouvelle marche arrière sur ce dossier serait rien moins que désastreuse. Les acteurs économiques ont en effet besoin d’un signal clair, d’une ligne politique ferme et intangible avant d’investir massivement dans les alternatives à l’atome. Or, depuis l’adoption de la loi de 2003, nos décideurs entretiennent le doute sur sa mise en ½uvre effective. Malgré ce contexte défavorable, des outils de production capables de palier l’arrêt des premiers réacteurs en 2015 ont été mis en place. Mais les enjeux en vue de 2025 sont sans commune mesure et exigeront des efforts d’un autre ordre. Sachant que l’électricité d’origine atomique bénéficie d’un coût de production particulièrement bas, toutes les centrales étant aujourd’hui amorties, quel investisseur prendra le risque de se confronter à cette concurrence déloyale sans avoir l’assurance que l’avenir lui appartient ?

Reporter une nouvelle fois la sortie progressive du nucléaire, ce serait se mettre en position de la rendre purement et simplement impossible. Sans les investissements massifs dans les alternatives, celles-ci feront en effet défaut et la mise en garde de l’IEA aujourd’hui sans pertinence aura alors toute sa raison d’être… Or, la sortie du nucléaire est plus qu’un choix, c’est une obligation ! Réserves d’uranium limitées ; production peu flexible ne pouvant cohabiter sur le réseau avec de l’électricité de source renouvelable ; émissions non-négligeables de CO2 sur l’ensemble de la filière ; risques d’accidents d’autant plus grands que les centrales sont âgées ; danger de prolifération de l’arme atomique au départ d’installations initialement dédiées au civil ; problème insoluble des déchets… sont autant d’éléments objectifs faisant du nucléaire une énergie du passé.

La Fédération Inter-Environnement Wallonie et Greenpeace appellent donc les instances politiques à rester sourdes aux « exhortations » de l’IEA et à ne pas succomber à la solution de facilité apparente que constituerait le report de la fermeture de nos centrales. Une telle décision équivaudrait à s’enchaîner à l’atome… et à être entraîné dans sa chute.

* … si elle écoute l’Agence Internationale de l’Energie et reporte l’arrêt de ses réacteurs