La cohésion citoyenne « gratte » les motos de compète

La cohésion citoyenne « gratte » les motos de compète

Le circuit de motos vitesse de Dour est un des grands projets prioritaires de la Région wallonne. En témoigne le fait que le dossier a été confié à la Cellule de développement territorial, organisme mis en place par ce Gouvernement pour instruire à vitesse supérieure certaines révisions de plan de secteur considérées comme urgentes par l’autorité régionale. Etat du dossier…

Bref retour sur une déjà longue histoire. La zone industrielle de Dour, dite du plat-Pied et gérée par l’IDEA, n’a jamais connu beaucoup de succès auprès des investisseurs. En 2004, un promoteur, Red 6, s’intéresse à la zone. Red 6 est une société anonyme, où l’on retrouve entre autres Invest Borinage Centre (Région wallonne), Magda (Mestdagh), Gesimpro (Wanty) et la FEBIAC. Elle conçoit le projet d’implanter sur ce site un « technopôle moto », ensemble d’entreprises de pointe centrées sur la technique moto et groupées autour d’une piste vitesse répondant aux normes de la FIM – ce qui permettrait également d’y organiser des Grands Prix. Certes la zone est coincée entre trois villages, Dour, Elouges et Thulin, et on imagine que ce projet n’est guère compatible avec la proximité d’un tel habitat : passe encore que des essais techniques aient lieu en semaine, mais s’il faut subir, le WE, le bruit des motos de loisir ou de course, la vie risque bien d’y devenir intenable.

Très vite pourtant : paillettes des grandes courses et standing des technologies de pointe aidant, l’idée séduit suffisamment le Gouvernement wallon pour que la procédure soit entreprise. On dit le dossier ‘poussé’ au plus haut niveau, par Elio di Rupo himself ; rumeur invérifiable mais qu’accrédite le degré d’urgence conféré au dossier. La première partie de l’étude d’incidences est achevée en juin 2006, la seconde partie en janvier 2007, le dossier est instruit tambour battant et l’enquête publique aujourd’hui se clôture. Que pèse la vie d’un village face à un tel dossier ?

Tels d’irréductibles Gaulois, les habitants n’ont pourtant aucunement l’intention de se laisser faire. Un comité se met en place, « Un circuit ? non merci ! » au sein duquel on se distribue les tâches. La population est dûment informée à toutes les étapes du processus ; contact est pris avec toutes les instances susceptibles d’influer le dossier et avec les autorités locales, un site Web est mis en place. On ne se limite pas aux tracts et aux affichettes. Le rapport socio-économique, plutôt mince à vrai dire, fait-il miroiter les neuf cent emplois créés sur le circuit d’Alès, en France ? Nos gens s’en vont donc voir Alès, et découvrent un ensemble de 10 circuits, des centaines d’emplois certes, mais dont le lien avec le circuit de moto vitesse sont plus que ténus (seules deux entreprises y sont liées, totalisant moins de 10 emplois à elles deux…), enfin un site ceint de collines et bordé, dans les parties où le relief ne fait pas obstacle au bruit, de merlons de 27 mètres de haut pour protéger un voisinage d’ailleurs bien moins fourni qu’à Dour. Voilà donc le mythe économique bien écorné ; la nuisance sonore quant à elle est avérée, et l’idée se renforce que le site de Dour est inapte à accueillir une telle infrastructure.

Mais le comité ne se limite pas à la critique : il faut aussi construire. Une alternative n’est-elle pas possible ? La révision de plan de secteur projetée prévoit le remplacement de la zone industrielle par une zone d’activité mixte tout autour de la zone ; le circuit, pour lequel est créée une zone de loisirs, occupe une position grosso-modo centrale. En ‘effaçant’ simplement la zone de loisirs, et en laissant subsister à cet endroit le plan de secteur actuel, on obtient, au projet de plan de secteur, des zones mixtes pour l’essentiel, et au centre une large parcelle de zone industrielle flanquée d’une zone d’extension d’industrie (aujourd’hui ZACCI : zone d’aménagement communal concerté à caractère industriel), susceptible d’être mise en ½uvre comme zone mixte ou industrielle moyennant l’élaboration d’un rapport urbanistique et environnemental. Voilà une situation qui convient bien mieux aux acteurs de terrain, tant les bourgmestres des communes concernées (Hensies et Dour) que les habitants. Ne dit-on pas que des investisseurs ont été refusés au Plat-Pied parce que leur entreprise relevait de la zone mixte plus que de la zone industrielle existante? Ce sont là des clients tout trouvés pour les zones nouvellement créées de notre hypothèse alternative ; et l’espoir d’emplois nouveaux motive l’autorité locale dans ces zones où le chômage est important1. Et l’artisanat ou la petite industrie conviennent évidemment mieux aux habitants que la perspective du hurlement des motos en plein WE… Enfin, argument de poids, l’alternative permet à la procédure de se poursuivre sans heurts : l’étude d’incidences existante est suffisante, puisque l’alternative consiste à n’inscrire qu’une partie des zones précédemment prévues, dont on peut considérer que les incidences potentielles ont été complètement étudiées ; ceci à condition que la zone soit, comme dans le projet initial, réservée aux entreprises de production, à l’exclusion du commerce de détail, solution qui semble convenir à tout le monde.

L’enquête publique est donc sans appel : le ‘non’ au circuit s’est exprimé 4500 fois par pétition et des lettre individuelles ont été adressées massivement (526 pour la seule commune de Hensies). Les bourgmestres, Carlo di Antonio et Eric Thiébaut, on fait le 17 janvier, en prélude à la première réunion de concertation, une déclaration commune en faveur du plan de secteur alternatif. Face à une salle surchauffée où environ 420 personnes ont clamé leur opposition au circuit, parfois à grand bruit, l’un des promoteurs, Nicola Bevilaqua, a bien tenté d’expliquer que son projet était pourtant fondé économiquement, mais que les études sérieuses n’avaient pas été présentées au public car elles ne peuvent être dévoilées qu’à un cercle restreint de gens avertis : une vision de la gouvernance qui n’a pas enchanté la salle faut-il le dire, pas plus que les maïeurs concernés que le promoteur n’a guère tenu informés de ses intentions. Enfin, des appuis extérieurs sont venus, tel celui de la Ministre de la Santé, Catherine Fonck, qui déclare ne pas vouloir assumer les conséquences sanitaires de la dégradation des conditions de vie que ne manquerait pas d’entraîner le circuit.

Que fera le Gouvernement wallon ? On l’imagine mal affronter des forces désormais aussi unies. Placé au départ dans une situation fort peu favorable (un dossier appuyé au plus haut niveau, dépourvu de faille rédhibitoire sur le plan légal), « Un circuit ? non merci ! » est bien près d’aboutir. Preuve qu’il ne faut jamais désespérer, et qu’avec une bonne organisation, de la détermination et un sens du dialogue, on peut gagner son combat. ; et que, bien mieux encore, on peut créer de la cohésion sociale autour d’une solution nouvelle là où il n’y avait, au départ, que craintes et conflit. C’est peut-être ça, le nouvel esprit wallon tant voulu par le plan Marshall ?

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental