La crise financière ne peut pas occulter l’urgence climatique !

La crise financière ne peut pas occulter l’urgence climatique !

Du 1er au 12 décembre, des milliers de scientifiques, politiciens et associatifs du monde entier seront réunis à Poznan, Pologne, pour la Conférence des Nations Unies sur le Climat. Le rendez-vous est capital. Il doit en effet permettre de dégager les lignes d’un plan de réduction des émissions de CO2 succédant au Protocole de Kyoto, plan dont l’adoption est attendue au sommet de Copenhague, en décembre 2009 (et sans lequel, selon les Nations Unies, « nous foncerons vers l’apocalypse »).
A l’heure où la crise financière internationale monopolise l’attention des décideurs, les organisations environnementales et de développement insistent pour que ladite crise ne serve pas d’alibi à l’inaction en matière climatique. Car les conséquences économiques mais aussi humaines, sociales et environnementales de cette inaction seraient tout simplement catastrophiques.

Poznan.jpg

Même si certains responsables politiques l’évoquent d’ores et déjà avec insistance, l’alibi de la crise financière ne tiendra pas pour justifier une éventuelle pause ou une révision à la baisse des moyens engagés dans la lutte contre les changements climatiques. En effet, une politique de réduction des émissions de CO2 ambitieuse participera de facto à la relance économique en générant plusieurs millions d’emplois nouveaux à l’échelle européenne. Par ailleurs, elle entraînera une diminution des dépenses de santé au sein de l’Union estimée entre 6,5 et 25 milliards d’Euros par an. Il y a donc là matière à s’engager plus énergiquement et non à vouloir se désinvestir.
La crise alimentaire, la crise financière et la crise climatique sont trois défis intimement liés que l’humanité doit affronter en opérant des changements structurels. Les remèdes à la crise climatique ne peuvent attendre la maîtrise de la crise financière. L’unique solution réside dans une approche globale basée sur d’autres modèles de production et de consommation.

Autre discours difficilement recevable : celui des pays riches demandant davantage de « flexibilité », c’est-à-dire de recours au mécanisme leur permettant de satisfaire à leurs obligations de réduction d’émissions en achetant des quotas et/ou en finançant des projets « propres » dans les pays du Sud. A l’heure actuelle, les Etats de l’Union européenne utilisent déjà ce processus pour assurer jusqu’à 65% de leurs obligations. Or, quelque 40% de ces soi-disant « réductions » sont probablement fausses, ce qui signifie qu’on se retrouve in fine avec plus d’émissions chez nous et aucune réduction véritable ailleurs… De nombreuses études démontrent en outre que la contribution de ce mécanisme au développement des pays pauvres est largement surestimée. Tel qu’il fonctionne le système est donc une « porte dérobée» par laquelle les pays industrialisés fuient leurs responsabilités. A Poznan, il conviendra de la fermer et non de l’ouvrir davantage encore.

La crise du climat et son approche actuelle forment un triple scandale :
1) le réchauffement global a été causé à 75% par les riches pays du Nord ;
2) les conséquence de ce phénomène se font (pour l’heure) essentiellement ressentir dans les pays pauvres du Sud, lesquels n’ont pas les moyens de s’y adapter ;
3) l’approche actuelle est non seulement insuffisante pour résoudre la crise climatique mais agrandit en outre le gouffre entre riches et pauvres.

L’unique manière de résoudre la problématique climatique en conjuguant efficacité et équité est de mettre en ½uvre les principes de pollueur-payeur et d’égalité des droits pour tous.
A Poznan, les principes suivants devront être clairement entérinés :

 assumer ses propres responsabilités et, en conséquence, limiter les mécanismes de flexibilité. Ceux-ci ne devraient pouvoir être mis en oeuvre qu’après une réduction des émissions internes d’au moins 30% (seuil recommandé par des études scientifiques) ;

 assurer la qualité des réductions. Les mécanismes actuels comme les MDP (Mécanismes de Développement Propre) n’offrent des garanties suffisantes ni sur le caractère additionnel des réductions ni sur leur contribution au développement durable. Ils doivent être profondément réformés afin que les réductions soient véritables et que les plus pauvres en profitent de manière optimale ;

 clarifier le financement de l’aide aux pays pauvres et augmenter les fonds prévus pour l’adaptation de ceux-ci aux conséquences du réchauffement global;

 diminuer les émissions issues de la déforestation et de la dégradation de la forêt dans les pays en voie de développement. Il importe que Poznan entérine des progrès clairs au sujet de la biodiversité et des droits des personnes indigènes et des communautés locales à défaut de quoi ces deux thématiques risquent d’être noyée dans la globalité des discussions à venir à Copenhague en 2009.

La crise alimentaire, la crise financière et la crise climatique sont trois défis intimement liés que l’humanité doit affronter en opérant des changements structurels. Les remèdes à la crise climatique ne peuvent attendre la maîtrise de la crise financière. L’unique solution réside dans une approche globale basée sur d’autres modèles de production et de consommation.

Les enjeux sont cruciaux et il importe qu’ils soient portés par une volonté politique forte. Malheureusement, l’Union européenne est en train de perdre le leadership qu’elle assurait en la matière. Ainsi, le protectionnisme affirmé de pays comme l’Italie et la Pologne menace l’issue du vote qui doit avoir lieu en décembre sur le « Package Energie/Climat » proposé par la Commission. Pendant que des pays pauvres, historiquement non responsables de la crise climatique, comme le Brésil, l’Indonésie ou l’Afrique du Sud prennent des mesures, l’Europe risque de revenir sur ses promesses… L’abandon ou une révision à la baisse de ce plan enverrait un signal désastreux aux délégations présentes à Poznan. C’est d’autant plus inacceptable que, selon divers sondages d’opinion, près de deux tiers de ses citoyens exigent que l’Union s’implique plus fortement.

Associations signataires : Fédération Inter-Environnement Wallonie, VODO (Vlaams Overleg Duurzame Ontwikkeling), avec WWF, Oxfam Solidarité, Oxfam Magasins du Monde, Bond Beter Leefmilieu, PROTOS, Groenhart, Broederlijk Delen, KWIA.