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La situation est grève... et presque désespérée
La Pastèque  •  18 décembre 2014

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Vous avez vu les images de ces piquets de grève plantés lundi dernier à travers la Belgique ? Quelle tristesse ! Quel désastre !! Quelle honte !!!!
Comment s’accommoder de telles dérives ? La défense du pouvoir d’achat voire des droits acquis ne saurait justifier tout et n’importe quoi : ces comportements inacceptables doivent être condamnés avec la plus grande fermeté !
Vous imaginez la quantité de CO2 que ces dizaines de palettes incendiées et de braseros allumés pour le bien-être des camarades ont émise dans notre atmosphère déjà saturée ? Et que dire de ces moteurs tournant des heures entières à l’arrêt pour offrir aux héros fatigués le refuge d’un habitacle surchauffé ? Ces pratiques ne sont pas seulement inciviques, elles constituent également un affront infligé aux centaines de diplomates qui quelques heures plus tôt, au Sommet des Nations Unies sur Climat tenu à Lima, avaient sacrifié leur sommeil et martyrisé leur bon sens pour accoucher d’un texte feignant de croire encore en un CO2 enfin dompté et un climat relativement préservé. Les pôvres

Ils n’avaient pas la gazette, sur les barricades ? « (…) Mais l’enjeu est peut-être moins d’avoir un accord ambitieux que de mobiliser l’Humanité autour d’un problème qui concerne son bien-être et, à certains endroits, sa survie. Cette Humanité, elle commence au coin de la rue. Ce sont nos gouvernements, nos villes et communes, nos associations, nos écoles, nos entreprises, nos vies quotidiennes. C’est ici qu’il faut redire que se trouve le pouvoir. C’est ici qu’il faut exiger de l’intelligence, du courage et de la responsabilité. C’est ici qu’on peut se relier au monde. Car rien n’est innocent. La moindre décision politique, économique ou financière, le moindre comportement individuel doit aussi s’analyser à la lumière de problèmes plus globaux : le climat, la lutte contre la pauvreté, la solidarité, la préservation de l’environnement. (…) Car on n’y arrivera pas si les uns restent obsédés par les prochaines élections ; si les autres sont rivés sur leurs profits et les diktats de leurs actionnaires ; si pour les autres ne comptent que leur nombril, leur bagnole, leur morceau de viande ou leur écran plasma. (…) » qu’il écrivait le Monsieur dans « Le Soir » [1]. Le pôvre, lui aussi. Il a bien évidemment raison mais il y a longtemps que c’est mal parti et on ne peut pas vraiment dire que c’est en train de changer !

Bon, d’accord, j’exagère un poco. Ce CO2 inutilement généré un jour de grève représente à vrai dire bien peu de chose au regard de celui émis aussi copieusement que quotidiennement par celles et ceux qui s’obstinent à faire de la voiture leur mode de déplacement urbain. Il n’empêche : les traditions syndicales du style « on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs ni de grève sans brûler de pneus » me laissent profondément perplexe sur la nature des changements sociétaux qu’on nous affirme défendre au même titre que « les droits des travailleurs ». Pour être clair, si je soutiens le combat, je nourris de sérieux doutes quant à sa finalité et, plus encore, à l’originalité et l’attractivité de « l’autre monde » censé émerger de la lutte laborieuse… Je rêve de voir ce tout autre chose que certain(e)s appellent de leurs voeux approprié et porté par le mouvement social pour ne pas être un Xème mantra psalmodiés entre initiés.
Réaliser un « tax shift » allégeant la fiscalité sur le travail, garantir le droit à la retraite à 65 ans, taxer les plus-values sur le capital ou préserver l’indexation salariale, c’est bien, c’est nécessaire mais cela ne suffit malheureusement pas à faire un projet de société. Pire, c’est in fine continuer à participer au même jeu, avec les mêmes règles et le même paquet de cartes truquées qu’on se sera contenté de rebattre et redistribuer.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de se contenter de répartir différemment, plus équitablement, les « fruits de la croissance » mais bien de mettre fin à ce mythe à bout de souffle qui réduit l’Humanité à un état de machine à produire et consommer. Il importe de garder à l’esprit le cœur du problème : qu’il enrichisse les patrons ou les travailleurs, le productivisme qui nous gouverne depuis trop longtemps est et reste intrinsèquement suicidaire. Sans renier en rien les combats d’antan, le recours systématique aux symboles et comportements du passé ne me semble malheureusement pas augurer une remise en cause fondamentale de ce modèle et il est à craindre que le « vieux monde » ait encore un bel avenir…


[1Edito de Michel De Meulenaere, « Le Soir » du 15/12/2014