Laisser respirer la terre et les gens

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L’aménagement du territoire ne manque pas de défis, à commencer par celui de l’adaptation face aux intempéries et face aux épisodes d’extrême chaleur, qui deviennent de plus en plus fréquents et graves.

En début de législature, le Gouvernement wallon s’est engagé à freiner l’étalement urbain pour atteindre le Stop Béton recommandé par l’Europe. Les citoyens disent aujourd’hui au gouvernement wallon : « Qu’attendons-nous ? Bétonner la Wallonie, ce n’est pas une fatalité ».

Lors des débats qui ont succédé aux inondations catastrophiques de juillet, on a beaucoup cassé de sucre sur l’habitat construit en zone inondable, et sur l’occupation des fonds de vallées.

Pourtant, en cas d’inondation, pour savoir qui est en faute, il ne faut pas toujours regarder qui est mouillé…

Il faut regarder plus haut : on s’est permis de construire en dur partout, sans réfléchir aux conséquences.

Il est temps d’ouvrir les yeux. Nos ruisseaux, nos rivières, nos fleuves ne viennent pas de nulle part. Ils commencent tout petits, sur les hauteurs de notre pas si plat pays, et sur les hauteurs des pays voisins.

Nos cours d’eau ont été canalisés, redressés, détournés pour drainer des terrains et les rendre constructibles et cultivables. Et artificialiser les cours d’eau comme on le fait depuis des années en Wallonie, supprimer la végétation existante, les anciens arbres, les haies, construire sur les étendues naturelles, cela revient à signer un chèque en blanc pour des crues de plus en plus violentes. Qui blessent en premier lieu les habitants des fonds de vallées.

Aujourd’hui, 10 % du territoire wallon est artificialisé. La première perdante est la biodiversité, la deuxième, c’est la civilisation !

  • Chaque jour, de nouvelles constructions s’éparpillent sur les terrains agricoles et naturels : de nouvelles routes, des zonings commerciaux, des entrepôts de livraison, des bâtiments agricoles énormes pour élever des animaux de manière industrielle, des parkings, des maisons, des immeubles à appartements, des bassins d’orage. L’urbanisation de ces parcelles participe à l’éparpillement urbain, renforce la dépendance à l’automobile. Avec quelles conséquences ?
  • Jusqu’au cœur des villes, la moindre dent creuse, le moindre coin de verdure est convoité, pour construire toujours plus. Des anciens bâtiment sont démolis pour occuper la parcelle de manière plus « rentable ». Au lieu de multiplier les parcs publics ou les agrandir, on les supprime, avec un nouveau parc, ailleurs, en guise de compensation. Avec quelles conséquences ?
  • Partout en Wallonie, le parking et la circulation des automobiles ont pris le dessus sur toutes les autres utilisations de l’espace public. Avec quelles conséquences ?

La nature est notre meilleure alliée pour résister aux changements climatiques, il est grand temps de s’en rendre compte. Quand un projet individuel ou public fait disparaître la nature, nous perdons tous ensemble : chaque perte de paysages et de zones propices au maintien d’une nature vivante, est une perte pour l’ensemble des citoyens.

  •     Fragmentation des habitats naturels de la flore et de la faune
  •     Perte de ressources naturelles et déclin de la biodiversité
  •     Imperméabilisation des sols qui aggrave les inondations
  •     Perturbation du cycle naturel de l’eau
  •     Pollution des cours d’eau
  •     Pollution du sol et du sous-sol

Ça suffit, de gaspiller des terres agricoles et des jardins pour construire toujours plus grand ou plus loin des voisins ! Ça suffit, de pratiquer la table-rase au cœur des quartiers, pour imposer un projet entièrement neuf et les parkings qui vont avec !

Le Gouvernement doit s’attaquer à ces dérives. Il faut mettre un terme aux projets d’urbanisation qui augmentent notre fragilité face aux intempéries et aux températures excessives.

Chaque geste compte, chacun doit jouer sa part. La contrainte ne nous fait pas peur, du moment qu’elle a un sens, c’est à dire une cohérence et une intention.

« Stop béton », pour laisser respirer la terre et les gens.

Stop Béton : Implémenter en Wallonie la stratégie thématique européenne en faveur de la protection des sols. No Net Landtake by 2050.

Stop Béton : Concrétiser, par des mesures d’aménagement du territoire, l’objectif de réduction de l’artificialisation des terres, afin de protéger les espaces non urbanisés, où qu’ils soient.

Stop Béton : Réviser les plans de secteur pour réorganiser la répartition des zones urbanisables.

Stop Béton : Aider les communes à réaliser des inventaires du bâti existant pour optimiser la gestion de l’offre et pour renforcer la protection des sols non artificialisés, notamment les prairies permanentes.

Stop Béton : Réhabiliter les sites industriels et commerciaux usagés. Investir dans un SAR, c’est rendre vie à tout un quartier.

Stop Béton : Encourager fiscalement la rénovation des bâtiments, qu’ils soient habitables, à l’abandon, en bon ou en mauvais état.

Stop Béton : Interdire de construire à la source des cours d’eau, en zone humide et en zone d’épanchement des cours d’eau.

« Sur ma commune, on voit une explosion de nouveaux lotissements et d’appartements. Quand on demande en CCATM si c’est réellement occupé, la commune n’a pas les réponses. Le CoDT a nettement viré vers une valeur indicative. C’est comme s’il n’était plus possible de refuser à un promoteur de développer sur un terrain constructible, même si le projet n’a aucun sens. Sur quoi la Région wallonne se base-t-elle pour dire qu’il faut des nouveaux logements ? Et pourquoi les mettre à cet endroit ? » (témoignage d’une citoyenne lors des Rencontres du Stop Béton organisées par IEW en 2020)

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Hélène Ancion

Aménagement du territoire & Urbanisme