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Laissons-nous rêver ! A quoi ressemblerait une destination durable…
Marie Spaey  •  22 novembre 2018  •  Tourisme et loisirs

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Si on veut faire mieux en tant que touriste, et choisir une destination plus durable, où aller ? Comment s’orienter, se faire conseiller ? Des démarches dans ce sens sont-elles réalisées à l’échelle de territoires ? Comment savoir, avant de la choisir, si une destination s’est engagée en matière de durabilité ?

Tout d’abord, essayons d’imaginer ce que pourrait être cette destination idéale !

Je l’imagine comme étant un lieu où je me rends en train. Parce que les trajets en train, j’adore. Je peux soit lire le paysage, soit regarder les livres que je n’ai pas eu le temps de parcourir pendant l’année, soit discuter avec mes proches en face à face, sans me sentir compressée comme dans un vol low-cost. Dans le premier wagon, ma bicyclette attend de rendre service en compagnie de ses nombreuses semblables.

A l’arrivée, ce n’est pas la croix et la bannière en sortant de la gare car une rampe d’accès pour vélos est prévue à côté des escaliers qui relient les quais à la sortie. Je trouve des cafés branchés à côté de la gare, ainsi qu’un point de location de vélos – encore ouvert le soir en période estivale - où des personnes de mon groupe s’empressent d’aller chercher les deux-roues réservés via internet. Nous nous arrêtons devant un plan de la ville où figurent clairement les pistes cyclables en site propre qui nous permettront de nous rendre aux principaux lieux d’intérêt et, pour l’immédiat, vers notre hébergement. Pas de sentiment d’insécurité car, malgré la tombée de la nuit, il y a des cycliste et des piétons dans les rues. Des bus et des trams circulent encore.

Notre hôtel, écolabelisé mais pas plus cher qu’un autre, accueille les vélos et nous y trouvons sans problème suffisamment de place pour garer toutes nos bicyclettes. Le trajet s’est fait sans encombre et, sur les rares tronçons où nous avons côtoyé les voitures, les automobilistes ralentissaient et nous laissaient passer.

Le lendemain, nous nous préparons à partir en excursion mais devons régler un problème de freins. Le réceptionniste de l’hôtel nous renseigne un atelier de réparation, situé à proximité. Il s’agit d’une entreprise d’économie sociale qui met au travail des personnes du quartier, de tous âges et origines. En partageant un café, les gens de l’atelier nous font rire et nous suggèrent une série de petits endroits à ne pas rater et quelques itinéraires bis pour profiter à fond des paysages.

Pour compléter ces conseils, nous passons par l’office du tourisme, qui a mis en place un « Green corner », c’est-à-dire un coin où est recensée toute l’offre durable de la ville : restaurants bio, hôtels et attractions écolabelisés, circuits à pied ou à vélo dans les zones urbaines ou dans la nature, repair-cafés et magasins de seconde main, boutiques de ventes de produits locaux…il y a même un cinéma alternatif où sont projetés des films indépendants. L’hôtesse de l’office nous offre une carte localisant les activités basée sur des savoir-faire locaux et, pour certains, ancestraux : tissage, vannerie, poterie, conserverie, etc. Y sont répertoriés des ateliers de couture et de menuiserie, des promenades dans la ville axées sur des activités artistiques comme la peinture ou la photographie. Elle nous promet que les locaux y participent aussi et que ce sont autant d’occasion de rencontres. Je repère que des visites guidées font découvrir le « petit patrimoine local », c’est-à-dire les petits monuments bâtis (fontaines, chapelles, etc.), ainsi que les histoires locales, le folklore. Je lui dis que cela nous intéresse beaucoup. Elle nous montre quelques livres magnifiquement illustrés où le travail d’inventaire et d’enquête réalisé auprès des habitants est mis à la portée de tous. Des guides qui ne parlent pas des grandes dates de la vie des rois ou des princes, mais des générations qui ont vécu dans ces lieux…

Notre ville de séjour est jalonnée d’espaces verts privés et publics, refuges de biodiversité. Il y a même un lac où les gens viennent se baigner à pied, à vélo, en transport en commun. J’ai beau compter et me frotter les yeux, je vois moins de voitures que de vélos et de piétons. Le gros avantage immédiat, c’est le niveau sonore, tellement atténué par rapport à la plupart des villes touristiques. Comme nous ne sommes pas stressés par les usagers à moteur, nous pédalons en regardant les façades et il faut bien admettre que même les maisons banales ont du cachet quand elles sont bien entretenues, fleuries, ombragées par un arbre, couvertes de vigne vierge. Le patrimoine historique n’est pas le seul à avoir fait l’objet d’une rénovation… Les matériaux utilisés et les discrets panneaux solaires que j’aperçois sur une partie des toitures m’indiquent que les gens qui habitent ici ont une conscience écologique, le sens du bien commun.

Il y a du monde dans les rues, des gens à l’extérieur, une ambiance agréable. Les espaces publics sont entretenus, sans pour autant être manucurés. Il y a beaucoup de poubelles publiques, avec des formes amusantes, et elles ne débordent pas. A chaque fois que nous voulons entrer dans un restaurant, un parc ou une attraction, je remarque que la voie est bien large, de plain-pied : l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite a fait l’objet d’une attention particulière.

Au moment de choisir un restaurant, pas besoin de se disputer car il y a peu de chaînes de fast-food, mais des entrepreneurs accueillants qui vendent des spécialités du coin, à base de produits locaux et de saison : c’est là que nous voulons tous aller !. On nous propose plusieurs menus végétariens, à en perdre la boule. Même le plus accros au bacon de la troupe salive pour le chou romanesco. Les magasins, de façon générale, proposent des produits locaux, différents de ce qu’on peut acheter dans les enseignes internationales. Nous y trouvons toutes sortes d’aliments frais, cultivés à proximité sans pesticides, pour faire nos plats à emporter sur le porte-bagage.

La ville, malgré son charme, n’est pas inondée de touristes en hordes. Sur les bancs, dans les trams, dans les restaurants, les cafés et dans les rues, il y a un mixte intéressant entre touristes et locaux. On n’a pas l’impression d’être « une vache à lait » et que les commerçants sont sympas avec nous juste pour nous soutirer de l’argent. On en profite pour faire des jeux « devine qui est le touriste » et nous vérifions ensuite auprès des gens si nos pronostics étaient vrais. Quelle que soit la réponse, on les invite à nous parler de l’endroit qu’ils aiment le mieux dans la ville.

Retour à la réalité

Cette expérience est tout à fait imaginaire, alors qu’est-ce qui doit être mis en place pour qu’elle devienne une réalité ? La ville décrite pourrait être comparée à la partie visible de l’iceberg, celle que l’on visite quand on est touriste dans une destination durable. Dans les coulisses, il y a de solides bases sociétales : récupération des déchets, de l’énergie, approvisionnement en suivant les circuits courts, agriculture biologique et extensive, aménagements en matière de mobilité durable, gestion différenciée des espaces verts, politique d’accès au logement, attention à la régulation des flux de visiteurs, organisation et promotion des offres touristique… un iceberg qui ressemble fortement à une perle rare !

Les systèmes d’évaluation de la durabilité des destinations

Quelles sont les balises qui vous permettraient de trouver cette perle rare ? Des labels ou certifications de destinations existent-ils ? En voici quelques exemples :

La certification « Biosphère » : en 2011, Barcelone fut la première à recevoir cette certification attribuée par l’Institut du Tourisme Responsable (ITR), un organisme indépendant associé à l’UNESCO, affilié à l’OMT, et membre fondateur du Global Sustainable Tourism Council. L’ITR est soutenu par l’UNEP et par la Commission européenne depuis de sa création suite à la Conférence mondiale du Tourisme Durable de 1995 (voir premier article de la présente Lettre). Le système intègre les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies, son premier objectif étant de promouvoir les principes de la Charte du tourisme durable. Le label est octroyé actuellement à une vingtaine de destinations, localisées essentiellement en Espagne et en Amérique [1]. Pour les autorités publiques et les gestionnaires du tourisme dans la capitale catalane, le fait d’obtenir cette reconnaissance faisait partie d’une stratégie de développement d’un tourisme plus durable visant notamment à trouver un équilibre entre les locations de biens immobiliers aux résidents et celles au bénéfice des touristes. Cette stratégie vise à intégrer le secteur dans la réalité territoriale et à en faire un levier des politiques de conservation du patrimoine [2].

Le titre « Capitale verte de l’Europe » : il est décerné chaque année par la Commission européenne, sur base d’un appel à candidatures, aux villes européennes [3] de plus de 100.000 habitants qui mènent des politiques particulièrement ambitieuses en matière de protection de l’environnement et, plus globalement, de développement durable. Les candidatures sont évaluées en fonction de 12 critères : le climat, les transports, les espaces verts, l’utilisation des sols, la biodiversité, la qualité de l’air, la pollution sonore, la gestion des déchets, l’eau, l’assainissement, le management environnemental et la communication. Parmi les précédents lauréats figurent les villes de Stockholm, Hambourg, Vitoria Gasteiz (Espagne), Copenhague, Bristol, Ljubljana, Essen, Nimègue (Pays-Bas). Le secteur touristique est concerné au premier plan : par exemple Nantes, ville lauréate du prix en 2013, a été sélectionnée parmi dix-huit villes candidates. Elle avait fait valoir dans ce cadre ses 25% d’hôtels écolabellisés [4]. La Commission européenne a également lancé un autre label pour les plus petites villes, « la feuille verte européenne » (European Green Leaf) [5], pour celles qui comptent entre 20.000 et 100.000 habitants et qui souhaitent également valoriser leurs politiques et actions en matière d’environnement. [6]

Le « Global Destination Sustainability Index (GDS-Index)  : il permet aux destinations qui le souhaitent de mesurer et de comparer leurs stratégies, politiques et performances en matière de durabilité, ainsi que de partager des bonnes pratiques avec d’autres destinations dans le monde. Le programme, qui s’adresse essentiellement au secteur du tourisme d’affaires et d’évènements est une initiative de la section scandinave de l’ICCA (International Congress and Convention Association). Quarante destinations sont actuellement comparées et classées en fonction de leurs performances en matière de durabilité, parmi lesquelles Bruxelles, classée en 16e position en 2017. Ce classement s’appuie sur les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies et couvre les performances environnementales, sociales, relatives aux fournisseurs de services (comme les hôtels par exemple) et à celles des gestionnaires de la destination. Sur les 36 indicateurs intégrés à ce classement, 16 sont d’ordre quantitatif (tels que, par exemple, le pourcentage d’hôtels ou de centres de conférence reconnus par un label indépendant), et 20 de type qualitatif (tels que l’existence d’une stratégie en matière de durabilité au niveau des gestionnaires de la destination, par exemple). Les quatre destinations ayant obtenu le meilleur score dans ce cadre sont Göteborg (Suède), Oslo, Copenhague et Reykjavik [7].

Le ETIS (European Tourism Indicators System for Sustainable Destination Management) : il s’agit d’un système d’indicateurs permettant aux destinations touristiques de mesurer leur performance en matière de durabilité. Ce programme propose à la fois un outil de management, de monitoring et d’information pour les pouvoirs publics, entreprises et autres parties prenantes. Ce n’est pas une certification à proprement parler. Le système comprend des outils pratiques orientant les destinations en matière de durabilité. Depuis 2013, année de son lancement, une centaine de destinations ont participé, dont certaines non-européennes. Parmi celles-ci : Le Danube (en Bulgarie), la région de Lazio (près de Rome) et Barcelone. Un concours a aussi été organisé en 2016 dans le cadre de ce programme, au terme duquel dix destinations ont été mises en avant [8].

En conclusion : ça avance !

La durabilité d’une destination est indéniablement à l’ordre du jour ; on peut le constater, au vu du développement de systèmes de label ou de certification qui se développent. Même si les systèmes existant récompensent probablement davantage les efforts que les résultats, ils ont le mérite d’exister et d’identifier les villes qui se mobilisent et acceptent ce regard extérieur qu’impliquent les vérifications.

Pour un gestionnaire de destination, à l’échelle d’une ville, d’une commune ou d’une aire plus large, il convient de s’interroger sur le système qui lui convient le mieux, en fonction de sa taille, de ses caractéristiques sectorielles, de la pertinence des critères, de l’indépendance du label et de la manière dont les vérifications sont effectuées. Il est tout aussi important, à mon sens, de s’interroger sur la façon dont les critères du label ou de la certification pourront être « ressentis » au niveau de l’expérience touristique, afin que les touristes ou clients aient envie de la renouveler. Afin aussi que les « locaux » vivent en harmonie avec la vocation touristique du lieu et que sa durabilité soit une réalité que chacun pourra éprouver au quotidien.

Article paru dans la Lettre des CCATM n°94 "Tourisme. Se reconnecter au territoire" : https://www.iew.be/lettre-des-ccatm-no94-tourisme-se-reconnecter-au-territoire


[2Source : Ecotourisme Magazine, 23/08/2011.

[3Pays, membres de l’UE, pays candidats, Icelande, Liechtenstein, Norvège et Suisse.

[4L’Echo touristique, 29 octobre 2010.



 
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