Le Viagra de Montebourg

Le Viagra de Montebourg

Vibrionnesque et tonitruant ministre en charge du « redressement productif » au sein de l’Hexagone, Arnaud Montebourg de la Gôche du Péesse identifiait l’autre matin sur France Inter[[Le 7/9 du mercredi 20 mars 2013]] trois filières pouvant redonner de la vigueur à une industrie française qui bande mou : le nucléaire, l’automobile et l’aéronautique. On trouve là, martelait-il, l’expertise et l’excellence qui ouvriront grandes les portes des marchés émergents et de la création d’emplois. L’éternel hiatus du politique jouant les solutions immédiates contre une vision à long terme s’imposait ainsi une fois de plus dans sa consternante évidence. Car qui peut raisonnablement penser que le nucléaire, l’automobile et l’aéronautique constituent des secteurs d’avenir ? Tous trois portent des tares endogènes qui les condamnent à moyen terme ; miser sur eux, c’est se condamner à la banqueroute. Mais peu importe, semble-t-il, que la voie soit sans issue pour autant qu’elle permette de faire suffisamment illusion avant que la réalité ne heurte le fond du cul-de-sac.

Avec le nucléaire, l’automobile et l’aéronautique, le ministre peut tout au plus espérer un effet Viagra qui redressera momentanément la production mais ne soignera nullement son impuissance chronique. Une fois l’effet de la pilule estompé, l’industrie française – et beaucoup d’autres qui, comme elle, n’auront pas bénéficié d’une thérapie de fond – se retrouvera plus mal en point que jamais. Il ne restera plus alors qu’à la soumettre enfin à une totale remise à plat en assumant la facture économique, sociale et environnementale exorbitante de cette trop tardive lucidité.

Une fois de plus, le problème s’enracine dans l’incapacité de sortir des schémas et modèles existants pour penser et mettre en œuvre autre chose, autrement. Les atouts du passé ont perdu quasiment toute valeur dans la partie qui se joue aujourd’hui mais la majorité s’obstine à les garder en mains plutôt que d’opter pour une nouvelle donne. Nul – et certainement pas moi – ne prétend que les choses soient simples. Sans doute, pour paraphraser Churchill, faudra-t-il passer par « du labeur, des larmes et de la sueur » mais ceux-ci sont plus faciles à supporter quand on en comprend le sens et que l’on entrevoit les beaux lendemains qu’ils préparent. A l’opposé, les brouets indigestes que d’aucuns nous imposent, convaincus que l’usage de vieilles casseroles aura transformé des ingrédients avariés en une bonne soupe, provoquent hauts le cœur et nausée… En attendant pire ?
On pourrait pardonner aux maîtres du jeu de ne pas avoir réussi le changement de paradigme ; on ne les excusera pas de ne pas l’avoir tenté.

Bernie Ecclestone, le Grand Mamamouchi de la Formule 1 qui a depuis longtemps senti le vent tourner et dès lors déplacé progressivement son show de la vieille Europe vers les nouveaux territoires de la prospérité assénait il y a quelques mois que « l’Europe sera le tiers-monde de demain ». Force est en tout cas de constater qu’elle fait beaucoup pour que ce soit le cas…

Allez, à la prochaine. Et d’ici là, restez vigilants car, comme le dit le proverbe : «Quand on se noie, on s’accroche à tout, même au serpent.»

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