Les champions (energies renouvelables) de D1, D2 et D3 sont connus…

Les champions (energies renouvelables) de D1, D2 et D3 sont connus…

Organisé par l’Apere (Association pour la promotion des énergies renouvelables) et le Bond Beter Leefmilieu avec le soutien financier des trois régions, le premier Championnat des énergies renouvelables (CER) s’est déroulé du 1er octobre 2011 au 1er mars 2012. Le but de ce championnat est d’encourager les communes belges à développer des politiques énergétiques locales. Il s’agit, pour ces communes, non seulement de mettre en œuvre des actions dans le domaine de l’énergie, mais encore et surtout de s’engager dans des politiques transversales où énergie et développement durables constituent des principes directeurs.

Bilan de la première édition du CER avec Jade Charouk, chargé de projets à l’Apere et coordinateur du Championnat.

IEW : Bonjour Jade! Durant cinq mois, les communes se sont livrées à une compétition acharnée à travers le CER. Peux-tu nous expliquer les grands principes de ce championnat ?

Jade Charouk : Les communes des trois régions du pays, réparties en trois divisions selon le nombre d’habitants, ont participé à un championnat dans lequel elles « s’affrontaient » dans le domaine de l’énergie. Pour gagner des points, quatre types de démarches pouvaient être mis en œuvre par la communes.

Un premier type est de faire un diagnostic des installations renouvelables sur leur territoire ; leur propres installations comme celles des entreprises et particuliers. En fonction de ce bilan et du nombre de MW installés, elles obtiennent des points.

Deuxième type de démarche : faire un inventaire de leurs politiques énergie/climat en remplissant une feuille de route. En fonction de l’état d’avancement de leurs politiques, des points sont attribués. Il faut souligner que ces politiques énergie/climat sont déclinées dans une quinzaine de thématiques « stratégiques » telles l’aménagement du territoire, les bâtiments, l’éducation et la sensibilisation,…et bien sûr l’énergie. Et aussi des thématiques moins directement liées aux énergies renouvelables mais importantes dans une démarche durable comme la mobilité, espaces verts, agriculture durable, achats publics durables, etc.

Troisième voie pour glaner des points : des actions spécifiques proposées par le Championnat. Dans cette première édition, deux actions leur étaient proposées. La 1ère c’était de signer la Charte des Champions dans laquelle les communes s’engageaient à consommer 100% renouvelable. Et là, bingo, sur les 67 communes inscrites 24 ont signé la charte, ce qui constitue un sérieux engagement. En fait, l’idée était de proposer une étape intermédiaire avant l’action n°2 qui est plus un objectif global du projet, celui d’inciter les communes à développer des vraies politiques énergie/climat durables, et spécifiquement de s’engager dans la Convention des Maires , démarche nettement plus lourde et plus contraignante. L’engagement dans cette convention nécessite de réaliser des inventaires d’émissionsde CO2 (qui coûte pas mal d’argent), un plan d’action, un plan de mobilisation, un plan de communication, etc. C’est exigeant sur le plan financier et en ressources humaines. Donc on s’était dit, si une ou deux signent cette convention, ce serait bien. Et au final, 14 communes se sont engagées dans la Convention des Maires, ça nous a un peu scotchés !

Il faut dire qu’il y a une pondération selon le type de mesures. Typiquement, plus de points ont été accordés à la réelle mise en œuvre de politiques locales par rapport aux actions de type « engagement ». Et puis tout ça est multiplié par la quatrième façon de gagner des points, c’est à dire le vote des citoyens. Et c’est grâce à ça que ce sont marquées les différences ! Le coefficient multiplicateur est fonction du pourcentage d’habitants de la commune ayant voté pour elle.

IEW : justement, peux-tu préciser le rôle des citoyens dans cette action ?

Jade Charouk : en lançant le CER, l’idée était, qu’en votant, les citoyens devaient inciter leur commune à participer au Championnat. Si 1% de la population d’une commune votait pour elle via le site web du Championnat, une lettre était envoyée au Collège les invitant à s’inscrire. Mais finalement, on a pas eu besoin de solliciter les communes sur base de ce vote. C’est le Collège qui décidait d’y aller. On a eu un cas ou deux où ce sont les citoyens qui ont poussé la commune à se lancer dans l’aventure. C’est notamment le cas à Nivelles. Mais dans la pondération des résultats obtenus dans les 3 catégories d’actions, le vote a clairement fait la différence. Surtout dans les petites communes en Division 3. J’ai en tête l’exemple de St-Vith où près de la moitié de la population a voté pour la commune.

IEW : les communes ont-elles plutôt bien joué le jeu?

Jade Charouk : oui, on ne s’attendait pas à un tel succès. On n’a pas du faire de relance ! On visait 25 communes et au final 67 ont concouru. 7 en D1 (+ de 50 000 habitants), 34 en D2 (entre 10 000 et 50 000 habitants) et 26 en D3 (- de 10 000 habitants). Elles n’ont pas attendu le vote des citoyens pour s’inscrire. Qui plus est, elles ont elle-mêmes créé le buzz autour du championnat. Ce qui est très intéressant là-dedans c’est de voir que les communes sont devenues la tour de diffusion, ce sont elles qui propageaient l’information. Et certaines ont été très imaginatives au niveau de la communication. Certaines ont fait un « toutes boîtes » distribué à leurs habitants. D’autres étaient présentes sur les marchés. Certaines ont adapté leurs signatures e.mail avec la mention « Votez pour xxx ! »…
Par contre le constat est un peu moins positif pour les grosses communes : peu se sont inscrites, sans doute parce que ce sont des plus grosses machines, elles se sont inscrites tard et elles avaient moins le temps pour mettre en marche leur « armada ».
Ce qui est important de remarquer c’est que ce projet, sous des aspects simples et ludiques, peut donner des résultats concrets sans devoir passer par des lois, des décrets ou des groupes de pression… Finalement je crois que c’est l’ensemble cohérent proposé par le Championnat qui a fait qu’elles ont signé.

IEW : quelles sont les principales actions développées par les communes? Y a-t-il de réels engagements ?

Jade Charouk : le principal engagement est de se lancer dans la Convention des Maires. C’est important car cette convention donne un cadre dans lequel il est possible de développer différents champs d’action. Par champ d’action, il y a 10 à 15 actions que la commune peut mettre en œuvre selon un calendrier… Mais avant de se lancer dans une action particulière, il était important de poser le cadre et au-delà du cadre, il fallait la décision politique qui va instituer le cadre. Donc si on a pas des politiciens là derrière qui montrent ce qu’ils ont dans le ventre, le cadre seul ne sert à rien. Il faut la motivation politique ! Et c’était là le première objectif. Un fois qu’on l’a obtenu cette motivation, on propose le cadre qui peut chapeauter les dizaines d’actions qu’on voudraient voir réalisées. Et parmi ces dizaines d’actions il y en a quelques unes qui seront proposées dans la seconde édition du Championnat.

IEW : justement quel bilan tires-tu de cette première édition et quelles sont les perspectives pour une éventuelle seconde édition ?

Jade Charouk : nous sommes très satisfaits. Les communes ont été très actives. Il est important de considérer que le CER est beaucoup plus large que la question des énergies renouvelables au sens strict. L’intérêt est de s’arrêter sur comment les politiques communales devraient s’orienter, pour aller où et comment y parvenir ? Via la feuille de route, le CER permet parfois de donner une impulsion, d’orienter les politiques locales dans d’autres domaines (Aménagement du territoire, mobilité, éducation et sensibilisation,…). Maintenant que les communes ont leur feuille de route, dans la prochaine édition, on va voir avec elles ce qu’elles veulent en faire, dans quels champs d’action elles veulent progresser. On va aussi jouer sur la complémentarité entre feuille de route et actions ponctuelles. Une des actions phares de la seconde édition sera d’inviter les communes à lancer un système de tiers investisseur local pour financer des projets énergie durable; on veillera à mesurer la progression de l’accès des citoyens à ce mécanisme de financement. Pas mal d’autres idées mais on doit encore y réfléchir. Et si IEW a des propositions,…

IEW : et quand aurait lieu cette seconde édition ?

Jade Charouk : à l’automne de cette année, vers le mois d’octobre ou novembre. Il faut voir si lancer le Championnat juste avant les élections est judicieux ou s’il est préférable d’attendre qu’un nouveau collège se soit formé. De plus, cette seconde édition devrait se dérouler sur une plus longue durée, probablement jusqu’en juin 2013. L’idée est d’articuler le Championnat sur des projets européens qui sont développés sur un plus long terme. Dans cette seconde édition, une action proposée aux communes sera de participer au projet ENGAGE , projet européen qui permet à tout citoyen, commune ou entreprise de s’engager dans des résolutions favorables au développement durable de la ville. Adhérer à ENGAGE fera gagner des points aux communes.

IEW : and the winners are… ? Peux-tu nous dire qui sont les vainqueurs ?

  • Le podium de la D1
    1. Hasselt
    2. Mouscron
    3. Liège
  • Le podium de la D2
    1. Lommel
    2. Herve
    3. Braine-le-Comte
  • Le podium de la D3
    1. Saint-Vith
    2. Villers-le-Bouillet
    3. Attert
    Des « Capitales » ont aussi été élues. Le titre de « Capitale » récompense les communes pour leurs efforts dans un domaine bien précis de l’énergie durable.

Capitale de la biomasse : Attert
Capitale du photovoltaïque : Flobecq
Capitale de l’éolien : Villers-le-Bouillet :
Capitale de l’électricité verte : Villers-le-Bouillet
Capitale de la chaleur renouvelable : Attert
Capitale de l’énergie citoyenne 2012 Eeklo
Capitale de l’engagement durable : Gembloux
Capitale de la sensibilisation : Liège

IEW : hormis l’honneur de figurer au classement, que remportent les lauréats ?

Jade Charouk : les communes gagnantes reçoivent des soutiens pour aller plus loin dans leur politique énergétique comme un diagnostic stratégique pour la mise en place d’un CPE (Contrat de Performance Energétique) au sein d’un bâtiment communal, une formation sur le financement de projets d’efficacité énergétique… Et les citoyens bénéficient aussi de la victoire de leur commune puisqu’un certain nombre d’installations photovoltaïques leur seront accessibles via un mécanisme de tiers-investisseur avantageux.

Très beau succès pour ce premier Championnat des Energies renouvelables qui à l’approche des élections communales, aura le mérite de faire entrer le thème de l’énergie dans la campagne.

Gaëlle Warnant

Économie Circulaire