Les fourberies de Freesponsible/Fébiac

Les fourberies de Freesponsible/Fébiac

Petite analyse de la dernière production en date de l’association Freesponsible/Fébiac qui s’attaque aux Zones de Basses Emissions.

Stijn Blanckaert, Porte-parole de Freesponsible, cette asbl qui assure représenter tous les automobilistes alors qu’elle n’est qu’un outil de lobbying de plus créé de toutes pièces par la FEBIAC, vient de prendre la plume pour descendre à boulet rouge la décision des autorités locales qui ont osé instaurer les Zones de Basses Emissions (LEZ).

Précisons que Monsieur Blanckaert est 100% issu du sérail pro-automobile : il a été à la tête du département fleet chez Citroën Belux et Fleet manager de l’année 2009, puis il a créé différentes sociétés toutes liées à l’automobile, tout en étant journaliste notamment pour autoniews.be et Fleet Europe.

Comme de coutume dans les articles publiés sur le site de Freesponsible, il se place sous l’angle de l’automobiliste grugé, en l’occurrence ici les résidents aux voitures âgées et les propriétaires d’ancêtres qui vivent dans des villes ayant opté pour la délimitation d’une LEZ. Il s’écarte ensuite de ce registre préférentiel pour glisser vers des revendications propres aux constructeurs.

Ainsi, dès le second paragraphe, le Porte parole incrimine les taxes automobiles payées par le citoyen moyen – TMC, taxe de circulation, accises et TVA sur le carburant – dont la FEBIAC souhaiterait voir en partie la disparition à la faveur d’une taxe aux km parcouru, plus favorable à l’industrie.

Invitation à contester les LEZ devant les plus hautes juridictions

Mais il va plus loin : sous prétexte que le citoyen payant ces taxes ne pourra plus, dans certaines circonstances – les LEZ – utiliser sa voiture, il évoque la potentielle illégalité de la mesure et invite à porter plainte en justice : « Légalement, une telle chose est très discutable, et il semble très probable qu’un citoyen qui n’est plus autorisé à utiliser sa voiture dans sa ville pourra contester avec succès cette décision devant les plus hautes juridictions (et non au niveau local) ».

Voilà un appel clair à la guerre contre les autorités locales en instrumentalisant l’automobiliste/citoyen. Si Freeresponsible/Fébiac se permet un tel appel, ce n’est pas comme il le prétend pour défendre l’automobiliste victime de la mesure, mais parce que les autorités locales se permettent de pénaliser là où l’industrie n’accepte que le soutien. Ce qui est le signe d’une intolérance excessive de la part de Freesponsible/Febiac quand on sait que la LEZ est une mesure de compromis qui veille aussi à éviter de froisser l’industrie automobile. En effet, elle organise in fine le renouvellement du parc automobile en planifiant le retrait des véhicules les plus anciens. Mais ce que les LEZ font aussi, c’est toucher excessivement au Diesel au point de demander sa disparition pure et simple à terme. Et ça, l’industrie n’en veut pas.

L’ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobiles), s’inquiète, dans une note très récente, du vieillissement du parc automobile et invite l’Europe à mettre tout en œuvre pour éviter que le rythme de renouvellement du parc automobile ne se ralentisse1. Il est vrai que dans le même temps, elle prie ladite Europe de préserver l’intégrité du marché unique européen en décourageant des interdictions nationales et locales sur des technologies spécifiques qui peuvent produire davantage d’améliorations CO2. Ce qui revient à réclamer, ce qu’elle fait d’ailleurs explicitement, la neutralité technologique et même plus spécifiquement, de ne pas toucher au Diesel. On peut, une fois encore, lire là les exigences égocentriques de l’industrie automobile qui accepte voire réclame l’intervention des autorités publiques, mais uniquement sous la forme d’incitations.

« Il n’y a que les verts et les rouges qui sont pour les LEZ »

Les choses vont plus loin – on peut même dire qu’elles dérapent – quand Freesponsible/Febiac classent les partis politiques en fonction de leur acceptabilité prétendue aux LEZ. « Le Vlaams Belang, par exemple, est depuis toujours fortement opposé aux différentes zones à faibles émissions, mais d’autres partis se sont également prononcés en faveur d’un examen plus approfondi de la question. Ce sont surtout les partis verts et socialistes qui sont en faveur des zones à basses émissions, les libéraux, les démocrates-chrétiens et les nationalistes sont des amateurs plutôt tièdes du principe ».

Etrange analyse politique quand on sait que les socialistes et les verts sont plus représentés en Wallonie et qu’il n’y existe à ce stade aucune LEZ… Et que le décret wallon qui organise une sortie progressive du diesel a été pris par un gouvernement CDH/MR. Ou quand on sait qu’à Anvers, la mobilité et l’aménagement du territoire sont aux mains de la N-VA…

Renflouer les caisses de la ville sur le dos des automobilistes

On glisse enfin entièrement dans la démagogie quand Freesponsible/Febiac dénonce la difficulté d’objectiver les résultats des LEZ sur la qualité de l’air, mais déclare : « l’effet sur les finances de la ville est très clair ». « En septembre 2018, par exemple, la ZBE d’Anvers avait déjà généré 25,5 millions d’euros d’amendes, un montant qui est probablement encore beaucoup plus élevé depuis le durcissement des règles au début de cette année. Bruxelles et Gand voient également les coffres de la ville sérieusement remplis d’amendes imposées à des citoyens – souvent ignorants et de bonne foi. » Toutes les sanctions financières frappant les automobilistes, célèbres « vaches à lait » de l’Etat, ont été inventées, c’est bien connu, pour renflouer les caisses publiques.

Freesponsible/Febiac omet bien sûr d’évoquer le coût que constitue pour les autorités locales l’implémentation d’une LEZ…

« L’équité sociale réclamerait un moratoire sur les LEZ »

Et le procès d’intention à l’adresse du politique ne s’arrête pas là : « Freesponsible est convaincu que non seulement les motivations des différents conseils municipaux pour mettre en place des Zones à Basses Emissions ne sont pas seulement dictées par un souci de qualité de l’air, mais aussi que la manière actuelle de travailler, sans mesures sociales, est insoutenable et doit être changée de toute urgence. Nous préconisons donc un moratoire sur l’extension du nombre de zones et une révision des conditions dans les zones existantes, avec des mesures correctives pour les principales victimes ».

Quand on sait que les principales victimes de la pollution de l’air et le bruit générés notamment par les voitures sont les personnes les plus pauvres2… Mais d’elles, il est vrai, l’industrie fait peu de cas : elles n’ont souvent pas de voiture.

On en arrive clairement à ce paradoxe que l’industrie automobile ne s’intéresse aux personnes en relative difficulté financière que parce que ça lui offre une opportunité de lobbying auprès des autorités publiques pour qu’elles pallient sa stratégie de vendre toujours plus cher. L’ACEA insiste en effet, dans le Plan cité plus haut pour que les autorités publiques « mettent en place des systèmes d’incitation cohérents (…) » pour « assurer un renouvellement plus rapide du parc automobile » (mesure 7 du plan) et – et cela à toute son importance« afin de s’assurer que les prix plus élevés ne freinent pas le renouvellement du parc automobile ».

Comme le souligne un expert du secteur3, « il est un peu étonnant de voir [l’argument accessibilité] développé par des constructeurs qui – avec la complicité des équipementiers et des autorités européennes – n’ont eu de cesse de monter en gamme et de proposer aux clientèles des véhicules toujours plus lourds, plus hauts, plus longs, plus larges, plus puissants et plus chers ».

« Admettre ses erreurs n’est pas une honte, mais un honneur »

Et Stijn Blanckaert de conclure par un stupéfiant « Admettre ses erreurs n’est pas une honte, mais un honneur ».

Cinq ans après les tricheries qui ont conduit au Dieselgate, on attend toujours, de la part des industriels de l’automobile, à la fois une reconnaissance de leurs erreurs, mais aussi, au minimum, des excuses pour les milliers de victimes que ces tricheries organisées ont engendrées. Que cela n’ait pas été fait est, précisément, une honte.

On ajoutera qu’en écrivant des pamphlets comme celui qu’elle vient de commettre, Freesponsible/Febiac est, à la limite, irrespectueuse pour les automobilistes que soi-disant elle représente : s’il en est qui la suivent dans ces procès d’intention manipulatoires à l’égard des autorités publiques, il en est encore plus qui sont conscients que l’automobile est un problème pour l’avenir du climat et pour la sauvegarde de la santé publique et qui, tout en ayant une voiture, s’organisent pour la combiner de manière rationnelle avec des modes plus durables. Ceux-là ne doivent pas apprécier d’être ainsi instrumentalisés par une industrie aux pratiques interpellantes.

Quand Carlos Tavares, le patron de PSA, lors d’une interview dans un quotidien français, dit que depuis le Dieselgate, « nous sommes tous considérés comme des gangsters », on aurait tendance, à la lecture de la prose de Freesponsible/Fébiac, à lui rétorquer, les constructeurs ne font rien pour qu’il en soit autrement…


  1. Voir une réflexion sur la gestion du vieillissement du parc automobile dans cette nIEWs : Le vieillissement du parc automobile est-il un problème ?
  2. Voir par exemple : Les pauvres sont les premières victimes de la pollution & La pollution de l’air, encore plus « grave » pour les plus pauvres
  3. Bernard Jullien, Le problème de cohérence de l’ACEA, chronique parue dans autoactu.com, consulté le 11/02/2020. Monsieur Jullien est Maître de Conférence à l’Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire “Distribution & Services Automobiles” du Groupe Essca.

Alain Geerts

Communication & Mobilité

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