Les produits locaux sont-ils gages de durabilité ?

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Les enseignes de distribution communiquent de plus en plus sur les caractères local et durable de leurs produits, répondant en cela à une demande de plus en plus fréquente des consommateurs. Acheter sa nourriture en fonction de son impact environnemental devient un acte d’engagement pour une société plus durable. Malheureusement, l’origine locale des produits viandeux et laitiers ne garantit en rien que les modes d’élevage et de transformation respectent des critères de durabilité. Au contraire, un certain “local washing” est en train de voir le jour sans que le consommateur n’ait les clés pour faire la différence entre les produits proposés.

Dans ces filières, bien que la proximité du lieu de production par rapport au point de vente soit un minimum respecté, beaucoup d’autres aspects, tels que des critères environnementaux et sociaux, ne vont pas toujours dans le sens d’une meilleure durabilité. Face à ces innombrables slogans lancés par les grandes chaînes de distribution, il est devenu impossible pour le consommateur, pourtant soucieux de ce qu’il achète, de choisir les produits qui répondent à ses attentes.

Pour remédier à ce flou, IEW, Saveurs Paysannes et la FUGEA s’associent à travers un projet de 3 ans, soutenu par la Wallonie. Ce projet a pour but d’objectiver et quantifier les impacts socio-économiques et environnementaux des élevages bovins wallons.

Ce projet répond vise notamment à combler le manque de visibilité de produits réellement locaux et durables. Il se veut bénéfique tant pour l’image de l’agriculture qui s’engage dans cette voie que pour l’information et la sensibilisation du consommateur soucieux de la qualité de ses choix. De plus, cela renforce l’ancrage territorial de cette production wallonne.

Pour arriver à ses fins, le projet utilise un référentiel d’indicateurs environnementaux pertinents pour pouvoir caractériser les produits locaux et durables.

Quatre indicateurs ont retenu notre attention : l’impact sur les changements climatiques via les dégagements de gaz à effet de serre ; la biodiversité qu’une ferme peut promouvoir ou non sur ses terrains ; le bien-être des animaux élevés et, finalement, les impacts socio-économiques au travers des critères de bien-être au travail, de diversification, de prix juste, de pérennité de la ferme et de rentabilité.

Un bilan environnemental global à l’échelle d’une ferme ou d’un produit est complexe et nécessite la prise en compte de multiples facteurs. Dans un souci d’objectivation de certains d’entre eux, il est nécessaire d’entamer une réflexion sur un indicateur environnemental global crédible en Wallonie.

Ce référentiel sera illustré sous forme de “score” par indicateurs et, pour ceux qui le souhaitent,  l’illustration pourra être utilisée sur les emballages ou les différents visuels destinés à la vente. Cette démarcation permettra d’informer les consommateurs des démarches environnementales mises en place à la production tout en garantissant un revenu digne pour l’agriculteur.

On l’aura compris, le projet répond pleinement à un souhait conjoint d’une partie du secteur agricole et de la société civile : faire évoluer les modes de consommation et de production vers des filières locales qui encouragent les techniques favorables à l’environnement, à la protection de la biodiversité ainsi qu’à une meilleure rémunération des agriculteurs.

Cette valorisation vient évidemment en soutien aux éleveurs qui respectent ou ont la volonté d’améliorer leur durabilité mais aussi à tous les autres acteurs (acheteurs et transformateurs) en leur permettant de mieux comprendre ces modèles et d’en tenir compte dans leurs échelles de valeur.

L’enjeu est de taille car au final, la disparition de nos fermes, accélérée par des mauvais choix de consommation, ne favorise qu’un seul acteur : les systèmes agro-industriels surfant sur la vague du local (ou encore du véganisme) en proposant une alimentation « locale » dépendante des OGM, des pesticides, des engrais, du soja et de la déforestation, des monopoles semenciers et du pétrole.

Corentin Roland

Ruralité