L’Europe augmente ses ambitions de renouvelables et d’efficacité énergétique : la Belgique va devoir mettre les bouchées doubles

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Ce 27 juin, le Conseil européen a adopté deux nouvelles directives qui visent (entre autres) à augmenter l’ambition en termes d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique pour les pays membres de l’Union européenne. Ces directives font partie du paquet européen « Fit for 55 » qui a pour but principal de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 en Europe. Il ne manque plus qu’une étape à la finalisation de ces deux directives avec un accord nécessaire entre le Conseil et le Parlement. 

La directive énergies renouvelables (RED) fixe un nouvel objectif contraignant de 40% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale de l’Union européenne.

Ancienne RED 2018/2001

Part de renouvelables dans la consommation d’énergie = 32%


Objectif belge défini en 2019  = 17,5 % (page 21 PNEC)

Nouvelle RED refonte en juin 2022

40 % en 2030.


Nouvel objectif belge défini pour 2030 = à déterminer au plus tard début 2023

La directive d’efficacité énergétique (EED) fixe un nouvel objectif de réduction de la consommation d’énergie finale au niveau de l’UE de 36% et de 39% pour la consommation d’énergie primaire 1 en 2030.

Ancienne EED 2018/2022/EU

Objectif d’efficacité énergétique pour l’UE de -32,5% par rapport à 2007 pour 2030.


Objectif belge 2030 : 
Énergie finale = 535 TWh 
Énergie primaire = 452 TWh 
(Page 9 PNEC)

Nouvelle EED refonte en juin 2022

Consommation finale d’énergie de -36% par rapport à 2007 pour 2030. Consommation d’énergie primaire de -39% par rapport à 2007 pour 2030


Nouvel objectif belge défini pour 2030 = à définir

Un appel à baisser notre consommation d’énergie beaucoup plus rapidement.

En 2019, la Belgique avait atteint une consommation d’énergie primaire annuelle de 562 TWh. Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci- dessous, la part de renouvelables dans cette consommation s’élevait à ±10% du mix énergétique total (Éolien Solaire + biomasse/Déchet + Hydroélectrique). 

Fig. 1. Source : IEA Belgique. Attention : dans ce graphique, la partie chaleur du nucléaire a été retirée du pourcentage car elle ne rentre pas dans la part d’électricité produite à ce jour.

Cette consommation d’énergie a très légèrement baissé entre 2007 et 2019. Cela est dû au ralentissement économique de 2009, a une relative désindustrialisation et, dans une moindre part, à des améliorations dans l’industrie et les bâtiments. En 2019, l’administration estimait que les mesures en cours allaient « à peine » permettre de maintenir ce « train de sénateur » jusqu’en 2030 (Scénario with existing measures WEM).

Comme on le voit dans le graphique ci-dessous, en imaginant 2 que la Belgique s’aligne sur l’objectif européen décidé ce 27 juin 2022, les consommations d’énergie (que ce soit final ou primaire) devraient alors chuter. Des mesures drastiques supplémentaires devraient dès lors bien évidemment être planifiées en faisant appel à l’efficacité énergétique, mais aussi à la sobriété. Il faudra forcément activer ces deux leviers pour atteindre un tel objectif. 

Si on se base sur l’objectif de la directive efficacité approuvée ce 27 juin, nous devons passer à une consommation d’énergie finale annuelle de 416 TWh en 2019 à 262 TWh en 2030. Source : Eurostat 2022 et PNEC 2019 version finale page 9

Le renouvelable à fond

En outre, nous allons devoir accélérer clairement le développement du renouvelable. En partie, la baisse de la consommation d’énergie facilite l’atteinte d’un objectif renouvelable qui est exprimé en pourcentage de la consommation finale. C’est mathématique : baisser la consommation d’énergie c’est faire d’une pierre deux coups !

Mais il faudra aussi booster la production renouvelable. Les limites de l’hydroélectrique sont sans doute pratiquement atteintes en Belgique. Quant à la biomasse, elle offre sans doute encore un potentiel de croissance durable dans certains domaines, notamment pour le biogaz. Mais selon IEW, en valeur absolue, celle-ci demeure limitée si nous ne voulons pas appauvrir nos sols et nos forêts ou rentrer dans des compétitions non durables avec les productions agricoles vitales.  

C’est surtout l’éolien et le solaire qui vont devoir être développés. Les projets offshores sur la table sont déjà suffisamment ambitieux à condition que le renforcement du réseau de transport (projet boucle du Hainaut et Ventilus notamment) suive. Par contre, il est urgent de débloquer les projets onshore en Wallonie. La nouvelle Pax eolienica va devoir remonter dans l’agenda politique. Il en va de même pour les panneaux photovoltaïques avec, en 2021, un chiffre encore bien trop bas de 1 panneau par habitant en Wallonie. Les installations PV suivent un rythme important en 2022 mais on craint que ce soit en partie dû au « rush » d’avant la fin du « compteur qui tourne à l’envers » prévue fin 2023. Il faut préparer l’après…  

Tout cela devra figurer dans le Plan National Énergie Climat que la Belgique doit rendre en 2023 à la Commission. Les régions et le fédéral sont déjà occupés à travailler sur leurs nouvelles copies.

Nul doute que les décisions européennes de lundi et mardi passés ne leurs laissent plus d’autres choix que de mettre en place de réelles mesures disruptives… Enfin !

Pour plus d’infos sur les décisions au niveau EU : voir les réactions de l’ONG Can Europe et T&E qui proposent une série d’analyses détaillées sur ces décisions européennes. 


  1. Définition énergie primaire est avant perte de transformation. Cette distinction a son importance car les pertes de transformation varient significativement notamment entre les centrales conventionnelles (nucléaire, gaz) et des éoliennes ou du PV ou il n’y a pratiquement pas de perte.  Un switch renouvelable entraîne donc une forte baisse de la consommation d’énergie primaire, mais pas finale… 
  2. En pratique, la commission estime que le potentiel de réduction belge est moindre que la moyenne européenne.

Arthur Fonsny

Climat & Énergie