Moins de pesticides au jardin : Une chance pour la santé, la nature et le porte-feuille !

Moins de pesticides au jardin : Une chance pour la santé, la nature et le porte-feuille !

L’administration fédérale, dans le cadre du Plan de Réduction des Pesticides et des Biocides (PRPB) a pris l’initiative de mettre en place un groupe de travail sur l’usage des pesticides au jardin. Voilà une excellente initiative puisque environ 2700 tonnes de pesticides (sur un total de 8275 tonnes de matière actives mises sur le marché[[Rapport analytique sur l’état de l’environnement wallon 2006-2007]]) sont utilisées par des particuliers. Ce qui est loin d’être négligeable. D’autant que la plupart de ces usages ne sont pas nécessaires. Ils sont facilement substituables par les méthodes alternatives ou par un changement de comportement du jardinier.

Atteintes à la santé et à la biodiversité

Les dangers des pesticides pour la santé sont aujourd’hui reconnus par les scientifiques. Leur toxicité à la fois aiguë et chronique affecte non seulement leurs utilisateurs mais également la population environnante et les groupes à risques (enfants, personnes âgées et hypersensibles…). Les pesticides portent par ailleurs une lourde responsabilité dans la dégradation constante de la qualité des sols et dans l’érosion de la biodiversité qui se poursuit inexorablement – le dernier rapport sur l’état de l’environnement wallon dresse sur ce point un constat particulièrement alarmant. Inscrire une réduction du recours à ces produits dans les jardins n’a donc rien d’une lubie d’écologistes ; il s’agit d’un impératif environnemental mais aussi et surtout d’une nécessité de santé publique.

Une biodiversité malmenée

Par diverses réglementations, la Belgique s’est engagée à agir pour enrayer la disparition des espèces naturelles. Malheureusement, la biodiversité est à ce jour toujours en forte régression[[Plus d’infos sur l’état des lieux des différentes espèces dans le rapport analytique sur l’état de l’environnement wallon 2006-2007. pp. 529-615, et plus particulièrement « FFH5 : Les milieux urbanisés », FFH 20 « Bilan : les espèces en régression ».]]. L’utilisation des pesticides contribue à cette détérioration de la biodiversité via trois mécanismes :

 1)l’élimination directe : les animaux et plantes « indésirables » sont la cible des produits utilisés.

 2)la réduction des ressources alimentaires : l’élimination directe d’animaux et de plantes par les pesticides entraîne nécessairement une diminution du potentiel alimentaire pour la faune (oiseau, chauve-souris, papillons, …)

 3)l’intoxication par bio-accumulation.

Le jardin, ultime refuge

Les jardins (les espaces verts privés, …) constituent souvent la dernière capacité d’accueil de la nature dans les milieux urbanisés. En effet, les terrains bâtis représentaient 5912 km2 en 2006, soit 19.4% du territoire national. Au sein des surfaces d’espaces bâtis, ce sont les espaces d’habitations qui progressent le plus (5.2% d’augmentation par an depuis 2002). Il est crucial que les propriétaires de ces espaces participent eux aussi à la lutte contre la disparition des espèces menacées en réservant une partie de leurs terres à l’accueil de la nature et à la constitution d’un maillage écologique.

Un changement des comportements s’impose

Les enquêtes sur l’utilisation des pesticides montrent que les particuliers sont souvent très mal formés pour une utilisation sans risque des produits. En outre, même lorsqu’il connaît les risques encourus pour sa santé, le jardinier amateur par facilité ou rapidité omet souvent d’appliquer les conseils préconisés sur l’étiquette du produit qu’il va épandre. Pour inverser cette tendance, il convient de dépasser le stade de la sensibilisation et des conseils préventifs. Il est urgent de prendre des mesures pour que le jardinier amateur n’utilise un produit pesticide qu’en dernier recours, seulement pour un usage adéquat et selon les quantités indiquées. Seulement, on reste encore bien loin de cet idéal. En effet, les produits « amateurs » restent trop facilement accessibles, à portée de main dans toutes les grandes surfaces. Beaucoup de jardiniers achètent souvent des produits inadaptés à leur problème réel. Et oui, un acarien n’est pas un champignon. Et puis beaucoup ont oublié les ordres de grandeurs appris à l’école primaire que l’on retrouve sur l’étiquette. Que signifie 3 cl, 5 dl ou 6 m² ?

Un changement des mentalités

Les ONGs plaident par conséquent pour que les autorités s’inspirent de ce qui se fait déjà pour certaines substances chimiques vendues en droguerie ou les médicaments en pharmacie. Est-ce vraiment utopique d’imaginer de lier la vente d’un pesticide sur base d’une prescription ou sur le conseil d’un vendeur ? Ce serait d’ailleurs positif pour l’activité des jardineries qui pourraient axer une partie de leur rémunération sur les conseils fournis aux jardiniers au lieu de la seule quantité de produits vendus. Tout bénéfice pour l’emploi, la santé et la biodiversité.

Plus d’infos sur les alternatives aux pesticides : la position IEW sur la conception différenciée des espaces verts.

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental