Montréal, capitale de l’agriculture urbaine

You are currently viewing Montréal, capitale de l’agriculture urbaine

Depuis quelques années, Montréal s’impose comme la ville la plus active en matière d’agriculture urbaine. Près de 60% des montréalais et montréalaises jardinent et cultivent des plantes comestibles. Du balcon au jardin communautaire en passant par les lieux de travail, tous les espaces sont bons pour planter. Quels sont les clés du succès de cet engouement ? Partons en visite virtuelle…

Il y a quelques semaines la Ville de Montréal a présenté sa Stratégie d’agriculture urbaine 2021 – 2026 dont le but est de guider les efforts de la métropole et de faire de l’agriculture urbaine un des moteurs de sa relance économique verte et inclusive. La rédaction de ce plan stratégique fait suite à une consultation avec les différents experts et acteurs de terrain et à un sondage réalisé auprès du grand public qui ont permis de dégager des constats, des enjeux et des besoins partagés en la matière.

L’objectif de cette stratégie d’agriculture urbaine est de :

  • « Consolider et renforcer les pratiques existantes;
  • Faciliter la mise en place de nouveaux projets, d’initiatives citoyennes et entrepreneuriales;
  • Améliorer la collecte de données pour mieux comprendre la pratique de l’agriculture urbaine montréalaise;
  • Assurer une meilleure gouvernance collaborative;
  • Tisser des liens avec les différents paliers gouvernementaux, créer des partenariats et mener des actions qui auront plus d’impacts. » 1

Cette stratégie s’inscrit dans le Plan climat 2020-2030 de la Ville de Montréal, et dans sa Vision 2030 qui vise à augmenter la résilience de la métropole, accélérer la transition écologique en mettant la biodiversité et les espaces verts au cœur de la prise de décision ou en améliorant les pratiques de la Ville.

L’agriculture urbaine, un succès qui a 45 ans …et qui repose sur la mobilisation citoyenne

L’histoire de l’agriculture urbaine à Montréal commence peu après la crise de 1929 avec l’inauguration du premier jardin communautaire à Lasalle, la mise en place de ruches sur le domaine des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph ainsi que la multiplication des terres dédiées aux potagers. Mais il faudra attendre 1974 pour que la ville crée un nouveau jardin communautaire avec l’aide de l’Office d’embellissement de la Ville et du Jardin botanique, à la demande des habitants, suite à l’incendie d’un quartier entier qui a fait table rase du bâti existant. Le jardin est créé pour leur permettre d’assurer leur sécurité alimentaire.

Peu de temps après, l’administration municipale démarre son Programme municipal des Jardins communautaires. «  Divers groupes de citoyens adressent alors des demandes pour la création de jardins communautaires. Celles-ci proviennent tant de regroupements de quartier que d’organisations communautaires, tels des ateliers d’éducation populaire, ou encore d’organismes chrétiens (…).En 1976, la Ville inaugure cinq nouveaux jardins. En 1981, on en dénombre 43. » 2 Le succès est sensible.

En 2012, La Ville de Montréal est obligée de mener une consultation citoyenne suite à la signature d’une pétition par 29 068 Montréalais demandant une consultation publique sur l’état de l’agriculture. Dans son rapport, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) conclut que « l’ampleur de l’agriculture urbaine à Montréal est sous-estimée, tout comme ses avantages pour la santé, le développement durable, l’intégration sociale et la lutte contre la pauvreté, et qu’il serait temps de consolider et de déployer l’activité afin d’optimiser ses bénéfices pour la collectivité montréalaise. » 3. Suite à cette consultation, des arrondissements assouplissent leur réglementation pour permettre la réalisation de projets innovants. En 2013, un Comité permanent sur l’agriculture urbaine est créé. « Le Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal, adopté en 2015, invite les arrondissements et les villes liées à se doter d’outils réglementaires, qui favorisent et encadrent le développement de cette pratique, tout en évitant ses effets négatifs sur le voisinage »4. En 2021, 120 ha de superficie sont consacrés à l’agriculture urbaine, du jardin individuel à la production commerciale. La graine est désormais bien implantée

2021, une Stratégie ambitieuse, sept objectifs

La stratégie se décline en sept objectifs, eux-mêmes déclinés en plan d’action et embrasse des axes d’intervention transversaux.

Objectif 1 – Continuer à faire valoir les multiples bénéfices de l’agriculture urbaine et périurbaine, augmenter sa visibilité et promouvoir sa pratique auprès de la population

L’agriculture urbaine et périurbaine présente de nombreux bénéfices sur le plan environnemental, économique, socioculturel et sur la santé physique et psychologique des citoyens qui la pratiquent. La Ville de Montréal reconnaît ces bienfaits et s’engage à continuer à jouer un rôle dans le soutien des activités de démonstration, d’apprentissage, d’éducation, de sensibilisation et de la promotion de cette pratique auprès de sa population en s’assurant d’intégrer une analyse différenciée entre les sexes et intersectionnelle (ADS+) dans ces initiatives.

Objectif 2 – Augmenter les espaces dédiés à la production agricole

L’accès à des espaces cultivables est souvent déclaré comme un obstacle au développement de la pratique de l’agriculture urbaine et à l’émergence de nouvelles entreprises. Cet obstacle est autant dû à la contamination et aux coûts élevés des espaces disponibles ainsi que leur la rareté sur le territoire. La réponse à ces enjeux nécessite d’agir sur plusieurs fronts, notamment : la localisation d’espaces propices, le maillage entre les porteurs de projets et les propriétaires ainsi que les modifications réglementaires permettant des usages transitoires du territoire.

  • Constituer un répertoire d’espaces industriels et commerciaux disponibles et propices à l’agriculture urbaine et favoriser leur usage transitoire
  • Mettre à disposition des espaces de production agricole dans les infrastructures et actifs municipaux
  • Soutenir la création d’un pôle en agriculture urbaine Service du développement économique
  • Soutenir un projet pilote de maillage entre les propriétaires et gestionnaires immobiliers et les entrepreneurs

Objectif 3 – Faciliter et accélérer la création d’entreprises et de projets en agriculture urbaine

Bien que l’agriculture urbaine ne puisse remplacer l’agriculture rurale pour nourrir nos citoyens, il demeure important de l’encourager en raison du rôle qu’elle peut jouer pour diminuer l’empreinte écologique et améliorer l’approvisionnement des Montréalaises et Montréalais en produits frais et locaux. De surcroît, dans un contexte de saisonnalité comme celui de Montréal, des aliments consommés sont produits ailleurs et parcourent souvent des milliers de kilomètres avant de se retrouver dans nos assiettes. De plus, son impact en matière de création d’emplois ainsi que sur la chaîne d’approvisionnement en amont (ex. : semenciers, équipementiers, etc.) n’est pas à négliger.

Montréal est un chef de file dans l’émergence d’entreprises d’agriculture urbaine. En effet, ces dernières années, c’est à Montréal qu’on retrouve le plus grand nombre de nouvelles entreprises au Québec. Le territoire montréalais présente un bassin de consommateurs très intéressant. Ceci peut présenter une opportunité pour la mise en marché des produits locaux. Cependant, la place qu’occupent ces derniers reste marginale, ce qui peut s’expliquer par le volume de production moins important et les capacités logistiques des fermes. Les entreprises d’agriculture urbaine, étant souvent basées sur des techniques de production et des modèles d’affaires innovants, rencontrent divers obstacles administratifs. Cette conjoncture est due en partie à la méconnaissance des instances décisionnelles à l’échelle municipale et gouvernementale ainsi qu’à un manque d’accompagnement adapté au secteur. Pour répondre à ces enjeux, la Ville a récemment conclu des ententes de partenariat avec le Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) et la Centrale agricole afin de renforcer l’écosystème économique de l’agriculture urbaine commerciale.

Objectif 4 – Accompagner, former et aider le développement de l’expertise des entreprises incluant celles issues de l’économie sociale

La rentabilité et la pérennité sont des enjeux de taille pour les entreprises d’agriculture urbaine. Ces dernières se spécialisent souvent dans des créneaux en émergence, par exemple les fermes verticales ou la production d’insectes comestibles. Les techniques de production innovantes et la disponibilité de l’information et de l’expertise peuvent constituer de grands défis pour la viabilité économique à moyen et à long terme de ces entreprises urbaines.

  • Créer et renforcer les échanges entre les services centraux et les arrondissements
  • Créer des espaces de partage et de concertation avec les partenaires du milieu
  • Documenter les pratiques d’agriculture urbaine sur le territoire et faire un bilan bisannuel de la Stratégie
  • Soutenir les arrondissements à adopter des plans locaux d’agriculture urbaine
  • Mettre en place un portail web centralisant l’accès à l’ensemble de l’information en lien avec l’agriculture urbaine

Objectif 5 – Favoriser une agriculture urbaine écologique et en harmonie avec la biodiversité

L’agriculture urbaine écologique, notamment les techniques de permaculture et d’autres modes de production favorisant la biodiversité, est au coeur de cette Stratégie. La multiplicité de jardins et de projets de verdissement est très bénéfique. En effet, ils peuvent agir comme corridors écologiques et participent au maintien de l’équilibre de la biodiversité en ville. La Ville de Montréal et ses partenaires mettront en place plusieurs actions concrètes afin de développer une agriculture urbaine écologique qui répond aux préoccupations environnementales

  • Élaborer un cadre réglementaire permettant de développer une apiculture urbaine en harmonie avec la biodiversité
  • Favoriser la production de compost local, de qualité et faciliter sa distribution
  • Encourager les citoyens à aménager des jardins de biodiversité
  • Encourager les projets d’aménagements comestibles et de mini forêts nourricières
  • Favoriser l’intégration des arbres fruitiers dans les projets de verdissement
  • Adopter des pratiques agricoles favorisant la biodiversité (réflexe pollinisateurs, plantes mellifères)
  • Encadrer l’usage des pesticides sur le territoire montréalais

Objectif 6 – Renforcer le partenariat avec les acteurs du milieu

La multiplicité des initiatives et la diversité des acteurs montréalais nécessitent l’amélioration du cadre de gouvernance sur plusieurs niveaux. Il est important d’encourager les échanges et les collaborations entre les services de la Ville et les arrondissements ainsi que de créer et de renforcer les partenariats à la fois avec les groupes communautaires et les paliers gouvernementaux. Ces partenariats permettront d’éviter le dédoublement des actions, d’assurer un meilleur arrimage et de créer des synergies positives pour propulser l’agriculture urbaine. Plusieurs actions seront mises en place pour y parvenir.

Objectif 7 – Adapter et vulgariser la réglementation

Le déploiement de la pratique de l’agriculture urbaine sur l’ensemble du territoire ne peut se réaliser sans une réglementation facilitante et adaptée à la réalité terrain de chaque arrondissement. Pour se faire, la Ville de Montréal s’engage à mettre en œuvre plusieurs actions.

  • Adapter et bonifier le contenu portant sur l’agriculture urbaine dans les outils municipaux de planification, notamment le plan d’urbanisme et de mobilité, les catégories d’usages dont les usages transitoires et la charte montréalaise des écoquartiers
  • Faciliter l’implantation de projets de serres urbaines à travers un processus d’expérimentation réglementaire
  • Encourager les arrondissements à adopter une réglementation facilitatrice et harmonisée
  • Mettre en place un encadrement à l’intention des arrondissements qui souhaiteraient autoriser la- Soutenir les arrondissements dans les processus de changements réglementaires favorisant les pratiques d’agriculture urbaine » 5

Le point fort de cette Stratégie

  • La démarche participative de la Ville pour construire sa vision en « impliquant les forces vives du milieu pour l’accompagner dans cette démarche»,
  • La transversalité des réponses et l’intégration d’une approche intersectionnelle, indispensable à la transition sociale et économique de nos sociétés,
  • Une volonté affirmée d’allier mouvement citoyen et social, actions à vertu écologique et potentiel économique de l’agriculture urbaine.

Les mouvements citoyens et associatifs ont joué un rôle moteur dans le développement de l’agriculture urbaine montréalaise. Et, même si les édiles ont parfois réagi à la demande populaire plus qu’ils n’ont été leaders en la matière, force est de constater que, désormais, le monde politique s’empare de la question et est bien décidé à soutenir son développement, en augmentant la production agricole sur son territoire et l’agriculture urbaine commerciale.

 « Montréal compte parmi les villes les plus à l’avant-garde de l’agriculture urbaine et est une cheffe de file à l’international, c’est une grande fierté.  À l’heure actuelle, près de 40 entreprises commerciales œuvrent en agriculture urbaine. Nos partenariats stratégiques, comme ceux conclus avec la Centrale agricole et le Laboratoire sur l’agriculture urbaine, démontrent un véritable engouement pour ce secteur économique en forte émergence. Nos partenaires engagés ont contribué à faire de notre métropole un pôle d’innovation important en la matière et nous voulons continuer de travailler avec eux, en assurant le déploiement de leurs initiatives », a déclaré  la mairesse de Montréal, Valérie Plante. 6

Bibliographie


  1. Stratégie d’Agriculture urbaine 2021 – 2026, p.3
  2. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/cultiver-en-ville-le-jardinage-communautaire-montreal
  3. https://www.lejournalinternational.fr/Agriculture-urbaine-a-Montreal-l-avenir-est-sur-les-toits_a259.html
  4. Stratégie d’Agriculture urbaine 2021 – 2026, p. 18
  5. Stratégie d’Agriculture urbaine 2021 – 2026, pp 22 – 33
  6. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=5798,42657625&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=33894