Morts “environnementales” : les femmes et les enfants d’abord !

Morts “environnementales” : les femmes et les enfants d’abord !

Représentant 35 millions de morts par an, dont 18 millions de femmes, les maladies non transmissible (MNT) sont devenues la première cause de mortalité évitable à travers le monde, et les handicaps qui en résultent affectent quotidiennement le bien-être de nombreux individus et de travailleurs. Au-delà des facteurs bien connus comme le tabagisme, les substances chimiques toxiques et les rayonnements sont des déterminants importants de ces MNT. Ils ne sont pourtant pas encore suffisamment reconnus par les décideurs politiques. Tel est le constat d’une publication parue cet été et réalisée par plusieurs groupes de la société civile en coopération avec le PNUE.

Cette publication, réalisée conjointement par Women in Europe for Common Future (WECF), l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL), SustainLabour et le réseau international pour l’élimination des Polluants Organiques Persistants (IPEN), propose une mise à jour des connaissances sur la contribution des facteurs environnementaux dans les MNT par le biais de quatre angles d’approche : celui des organisations féminines, du secteur de la santé, des syndicats et des pays en voie de développement.

En guise d’introduction, rappelons que l’OMS a évalué qu’au moins 24% des maladies sont causées par des expositions environnementales qui peuvent être prévenues, et que plus de 33% des maladies chez les enfants en dessous de l’âge de cinq ans sont causées par ces mêmes expositions.

Qu’en retenir ?

D’abord que les femmes sont les premières concernées par les maladies non transmissibles car plus de la moitié des décès qui leur sont attribuables chaque année les concernent, et que l’incidence de ces maladies est en augmentation[[L’OMS estime ainsi qu’un cancer du sein sera détecté chez 1,7 million de femmes en 2020, soit une augmentation de 26% par rapport au niveau actuel]]. L’exposition professionnelle de ces femmes est d’importance : de récentes recherches montrent que les femmes travaillant dans l’industrie du plastique doublent leur risque de développer un cancer du sein, tout comme les femmes impliquées dans la pulvérisation de pesticides. Par ailleurs, l’indispensable réduction de l’exposition de l’enfant in utero place la protection de la femme des expositions environnementales au cœur de toute stratégie de prévention primaire, tout particulièrement dans le cas des perturbateurs endocriniens.

Ensuite, que 350 000 personnes meurent tous les ans d’une intoxication involontaire, deux tiers de ces décès étant enregistrés dans les pays en voie de développement, où ces intoxications sont fortement associées à une exposition excessive et une utilisation inappropriée de substances chimiques. Ces substances chimiques pénètrent dans l’environnement via les processus industriels, les activités minières, la gestion des déchets (y compris les déchets électroniques), et les formes non durables de l’agriculture. La gestion des déchets dans les pays en voie de développement – et, soyons précis, l’actuelle non gestion du recyclage des déchets électroniques qui proviennent pour une bonne part de nos contrées – est particulièrement interpellante. Les personnes amenées à ‘trier ‘ les déchets se voient en effet exposées à un cocktail de fumées toxiques et de substances chimiques dangereuses. Les maladies respiratoires sont nombreuses chez les travailleurs impliqués dans le secteur des déchets électroniques, tant au Bénin, au Ghana, en Côte d’Ivoir qu’au Liberia et au Nigeria. Les teneurs élevées en PCBs et PBDEs mesuées dans le lait maternel au Ghana ont également été liées à des activités informelles de recyclage de déchets électroniques.

Notons également l’importance de l’influence que peut avoir l’environnement professionnel sur la santé des travailleurs. 2,3 million d’hommes et de femmes à travers le monde décèdent tous les ans d’accidents ou de maladies liés au travail. Il s’agit là bien entendu des cas enregistrés . L’exposition aux substances chimiques, dans les secteurs de l’électronique, des textiles, de la construction, de certains services (nettoyage, entretien, coiffeurs, etc.) et de l’agriculture, sont particulièrement pointées du doigt. Mais la nature non spécifique des maladies qu’elles peuvent engendrer complique sérieusement la tâche et explique le faible nombre des maladies professionnelles reprises dans la liste européenne.

Enfin, considérons l’énorme défi que représentent les MNT pour le secteur de la santé. Non seulement parce que celui-ci est situé en première ligne pour lutter contre elles, mais aussi parce qu’elles pèsent lourdement sur les systèmes de soins de santé nationaux. Au vu des nombreux articles et déclarations publiés récemment à ce sujet, les acteurs de la santé sont bien conscients des enjeux que représentent les facteurs environnementaux dans l’émergence des MNT. Une meilleure intégration des aspects liés à la préservation de l’environnement dans les stratégies relatives aux MNT est indispensable, particulièrement en ce qui concerne la réduction de l’exposition involontaire aux substances chimiques (pollution de l’air, de l’eau, de l’alimentation,…).

Que faire ensuite?

Les auteurs de la brochure ne s’arrêtent pas aux constats, ils appellent aussi les autorités publiques à l’action en démontrant pourquoi, comment et dans quels domaines les décideurs et les autorités publiques doivent reconnaître les liens entre les maladies non transmissibles et les pollutions environnementales. Parmi les pistes de travail figurent l’accélération du travail d’identification et de substitution des perturbateurs endocriniens, et des substances chimiques hautement préoccupantes de manière générale, mais aussi le renforcement du droit de savoir des consommateurs et l’application stricte du principe du « pollueur-payeur ».

Les citoyens peuvent également agir : plus de 30 associations viennent de lancer la campagne « Qu’est ce qui vous perturbe ? » plaidant pour un avenir sans perturbateurs endocriniens. Elles invitent les internautes à rappeler aux autorités européennes que c’est leur responsabilité d’assurer aux citoyens des produits exempts de substances dangereuses pour leur santé ! Toutes les informations sur cette campagne sont reprises ici.

Valérie Xhonneux

Anciennement: Santé & Produits chimiques

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